L’histoire de Volodymyr Jemtchougov, un Ukrainien libéré de la prison des séparatistes

L’histoire de Volodymyr Jemtchougov, un Ukrainien libéré de la prison des séparatistes
le 27 septembre 2016.

Le 17 septembre 2016 près de la ville de Chtchastya dans la région de Lougansk le gouvernement ukrainien et les chefs des séparatistes de la République auto-proclamée de Lougansk ont procédé à un échange de prisonniers «deux contre quatre». Les séparatistes ont libéré deux citoyens ukrainiens : Youriy Souproun, membre de la mission de l’ONU dans le Donbass, et Volodymyr Jemtchougov, originaire de Krasny Loutch dans la région de Lougansk.

Volodymyr Jemtchougov n’est pas un militaire. Cet ancien mineur a été capturé par les séparatistes après avoir sauté sur une mine lors de son voyage dans le Donbass. Suite à cet accident, Volodymyr Jemtchougov a perdu les deux bras, il a été touché aux yeux et plusieurs éclats d’obus l’ont atteint. Les séparatistes l’ont accusé de préparer des attentats et ont refusé de l’échanger malgré son état de santé. Volodymyr a été amputé de ses deux bras jusqu’au coude, une partie de l’estomac lui a été rétirée et il a pratiquement perdu la vue. Pour le moment, les médecins ne savent pas s’ils pourront lui restituer la vue.

Après son retour, Volodymyr Jemtchougov a donné une interview à l’édition Facty. L’UCMC a traduit en français une version courte de cette interview.

Les traces russes dans la vie de Volodymyr

Volodymyr Jemtchougov est né à Krasny Loutch dans la région de Lougansk. Dans sa jeunesse, il a travaillé dans les mines et plus tard il a quitté l’Ukraine avec sa femme pour s’installer en Géorgie. En 2008, ils ont vécu la guerre de Géorgie déclenchée par la Russie. Quand il est revenu voir sa mère en 2014, Krasny Loutch avait déjà été prise par les séparatistes. «J’ai compris que je ne pouvais plus rentrer en Géorgie comme si de rien n’était. J’ai emmené ma femme et ma mère en Géorgie et je suis revenu dans la région de Lougansk».

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Le détachement de partisans

Sans en informer sa femme, Volodymyr a rejoint un détachement de partisans. Il a aussi aidé les habitants locaux: il les faisait sortir du territoire occupé, et apportait des produits alimentaires et des médicaments à ceux qui ne pouvaient pas partir.

Lors de l’une de ces missions, Volodymyr a sauté sur une mine aux alentours de l’aéroport de Lougansk. Après avoir repris conscience, il s’est rendu compte qu’il avait perdu la vue et était en train de se vider de tout son sang. Plus tard, il a entendu un bruit de voitures. Volodymyr savait qu’il se trouvait près de la route par laquelle les camions militaires transportaient des obus à Lougansk en provenance de Russie et il a rampé vers cette route en s’orientant vers le bruit. Il voulait éviter la captivité et se mettre en travers de la route pour se faire écraser par un camion.

Cependant, son plan n’a pas marché : les voitures l’ont évité et quelques instants plus tard les séparatistes sont venus le chercher. Volodymyr s’est réveillé à l’hôpital. Il n’avait plus de bras….. 

À lhôpital des séparatistes : les interrogatoires et le comportement du personnel médical

Volodymyr a subi plusieurs opérations. Il n’a pas retrouvé la vue, mais il comprenait qu’il était dans une chambre d’hôpital sous surveillance permanente. Les combattants pro-russes se sont rendus compte qu’il n’était pas un simple habitant local et l’interrogeaient constamment. Ils le soignaient, car ils avaient besoin de lui.

Les interrogatoires étaient permanents, la pression psychologique aussi. Volodymyr était sous narcose, le corps brûlé et plein d’éclats d’obus. Tandis que les séparatistes lui mettaient le canon d’une arme à la tempe, ils discutaient entre eux de l’endroit où ils allaient enterrer son corps. La plupart du temps, il était interrogé par un homme et une femme. La femme venait du «minisère de la sécurité d’État de la République de Lougansk». «Une fois, elle a mis le pistolet sur ma tempe, j’ai commencé à prier à haute voix et à dire adieu à mes proches. Alors, elle a dit: «Je ne peux pas tirer. Attendons qu’il s’endorme pour le tuer». Et cela s’est répété 5-6 fois dans la nuit».

Les séparatistes essaient de briser Volodymyr en parlant de sa famille, en menaçant de les trouver, de les emmener et de les torturer jusqu’à ce qu’ils parlent. Ensuite, ils essaient de le convaincre que «personne ne voudra d’un handicapé», que sa femme et l’Ukraine le rejettent.

Avec le temps, les services spéciaux russes sont intervenus dans cette affaire. Ils ne se sont pas présentés, mais leurs questions et leur accent les ont trahis, même s’ils voulaient se faire passer pour la «milice populaire de Lougansk». Ils ont décidé qu’ils avaient capturé un agent spécial. À la télé de la République, Volodymyr était présenté comme un «espion international». Une fois qu’ils ont compris qu’ils n’arriveraient pas à briser Volodymyr, les séparatistes ont commencé à lui injecter une sorte de «sérum de vérité». «J’étais conscient et je comprenais que je ne devais pas parler…Mais je parlais et n’arrivais pas à me contrôler. Alors j’ai eu peur de trahir mon détachement…donc, j’ai décidé d’en finir. J’ai rongé les tubes de goutte-à-goutte et j’ai soufflé dedans pour que l’air pénètre dans mes veines et entraîne la mort. Mais on m’a empêché de le faire».

Le responsable de l’hôpital lui a fait comprendre qu’on ne le laisserait pas mourir, car s’il lui arrivait quelque chose, les médecins seraient punis. La plupart des médecins ont bien traité Volodymyr, alors il a arrêté ses tentatives de suicide. Cependant, il y a eu des médecins qui l’ont maltraité. À titre d’exemple, les infirmières dans le centre de brûlés étaient ivres le soir et venaient s’amuser dans la chambre de Volodymyr : elles le bousculaient, l’insultaient et l’humiliaient. Les membres du «service de sécurité» ne les arrêtaient pas, ils regardaient tout cela en rigolant.

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La procédure pénale et la cellule d’isolement

Avant le réveillon, un homme est venu voir Volodymyr et lui a dit qu’il était son avocat. La République auto-proclamée de Lougansk a ouvert une poursuite pénale contre Jemtchougov et lui a fourni un avocat afin de créer une apparence de justice. Cependant, c’est grâce à cet avocat que Volodymyr a pu pour la première fois joindre sa femme par Skype. Il ne pouvait pas la voir, mais a entendu sa voix. Et il a su que durant tout ce temps, elle s’était battue pour sa libération et continuait à se battre.

À la fin du mois de mai, Volodymyr a été transféré dans une cellule d’isolement. Pour la première fois depuis huit mois, il a pu respirer l’air frais lors d’une promenade. On l’a enfermé dans une unité médicale d’une prison de Lougansk dans une cellule prévue pour trois personnes. Ses voisins de cellule devaient prendre soin de lui. C’étaient des criminels du plus bas niveau de la société.

L’échange

Cet échange aurait dû avoir lieu plus tôt. Mais les séparatistes ont gardé Volodymyr et ont menti à Iryna Gerachtchenko, Commissaire du président ukrainien pour l’échange des prisonniers, en disant que Volodymyr avait déjà été renvoyé chez lui.

«Durant tout ce temps, j’attendais d’être échangé, mais cela n’arrivait pas. Quand le 16 septembre dans la soirée, on m’a lavé, rasé et donné des vêtements propres, j’ai pensé que c’était une nouvelle provocation des séparatistes. Je pensais qu’ils voulaient encore se moquer de moi. J’étais sûr que j’allais être transféré dans une autre cellule d’isolement».

Volodymyr n’a pas vu la procédure d’échange, il a juste écouté. Une femme s’est approchée, elle a dit son nom : «Iryna». Volodymyr n’avait jamais entendu la voix d’Iryna Gerachtchenko et n’a pas compris que c’était elle. Même au moment où des gens ont commencé à le féliciter pour sa libération, Volodymyr pensait que c’était un spectacle des séparatistes. Il n’y a cru que quand il a entendu la voix de son épouse.

Lors de l’échange, Graham Phillips, propagandiste pro-russe et soi-disant journaliste, a essayé de provoquer Volodymyr Jemtchougov, en l’insultant et en criant: «Qui est-ce qui t’a transformé en zombie? Tu n’es qu’un zombie! Qui voudra de toi, sans tes bras?», répétait Phillips. «Mon pays voudra de moi. L’Ukraine n’abandonne pas les siens», a répondu Volodymyr.

Maintenant, Volodymyr Jemtchougov doit être opéré d’une hernie, subir une opération des yeux et des oreilles, et, bien sûr il a besoin de prothèses. «Aujourd’hui, je veux surtout croire que la vie continue. Et que aussi dur que cela soit, je réussirai à retrouver une vie normale».


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Stanyslav Klych, professeur ukrainien, jugé illégalement en Tchétchénie a besoin d’une expertise psychologique indépendante. «Son état psychologique est critique, de plus en plus pénible. Nous ne savons jamais dans quel état il viendra à son énième audience », a déclaré Maryna Doubrovina, avocat de Stanyslav.

Le prisonnier le plus secret du Kremlin. Lui n’a pas commencé une grève de la faim, des lauréats du Prix Nobel n’ont pas signé de lettres ouvertes demandant sa libération et pas un parti politique n’a fait de lui sa tête de liste électorale. Et il ressemble beaucoup aux autres ukrainiens emprisonnés en Russie. Il s’appelle Valentin Vygivsky.

photo: racurs.uapravda.com.ua

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