«10-12 personnes à la fois me battaient. Ils me frappaient à coups de pieds»

«10-12 personnes à la fois me battaient. Ils me frappaient à coups de pieds»

«Meduza» publie la lettre que Ildar Dadine, opposant russe mis en prison pour avoir protesté contre l’agression russe en Ukraine, a écrit à sa femme Anastasia Zotova. Dans cette lettre il parle des tortures qu’il subit dans la colonie IK-7 de Segueja (ville de la république de Carélie, en Russie). Ildar Dadine est la première personne à avoir été condamnée en vertu de « violation répétée de l’ordre établi ou organisation de réunions, de rassemblements” (212.1 du Code criminel). L’UCMC a traduit sa lette en français.

Anastasia! Si tu décides de publier et de diffuser cette information, essaie de le faire le plus largement possible. Cela augmentera mes chances de rester en vie. Saches que c’est toute une mafia qui agit dans la colonie IK-7 et cette mafia comprend toute l’administration de cet établissement: le major des services de l’Intérieur Sergey Kossiev, directeur de la colonie, et la plupart des employés y compris les médecins.

Dès que je suis arrivé dans cette colonie le 10 septembre 2016, on m’a saisi pratiquement toutes mes affaires, puis on y a ajouté deux lames de rasoir qu’on a «trouvées» par la suite. Il s’agit d’une pratique répandue, on l’utilise afin d’avoir un prétexte pour mettre les nouveaux arrivés au mitard pour qu’ils comprennent immédiatement dans quel enfer ils se trouvent. Ils m’ont envoyé en cellule d’isolement sans respecter le règlement, et ont saisi toutes mes affaires, y compris le savon, la brosse à dents, le dentifrice et même le papier de toilette. En guise de réponse, j’ai commencé une grève de la faim.

Le 11 septembre 2016, Sergey Kossiev est venu me voir accompagné de trois gardiens. Ils ont commencé à me battre. Ce jour-là, on m’a passé à tabac 4 fois, 10-2 personnes me frappaient avec les pieds. Au bout de la troisième fois, ils m’ont mis la tête dans le trou des toilettes qui se trouvaient dans la cellule.

Le 12 septembre 2016, ils sont revenus, m’ont menotté et m’ont suspendu par les menottes. Une telle suspension provoque une douleur terrible dans les poignets, tord les coudes et on ressent une douleur insupportable dans le dos. Pendant une demi heure, je suis resté suspendu. Ensuite, ils ont baissé mon slip et m’ont dit qu’ils allaient amener un autre prisonnier qui me violerait si je refusais d’arrêter ma grève de la faim. Ensuite ils m’ont emmené dans le bureau de Kossiev et là il m’a dit : «Nous ne t’avons pas assez battu. Si je l’ordonne à mes employés, ils font te frapper encore plus fort. Si tu essaies de te plaindre, ils vont te tuer et t’enterrer derrière la clôture». Ils continuaient à me battre régulièrement, plusieurs fois par jour. Les passages à tabac réguliers, l’intimidation, l’humiliation, l’insulte, les conditions intolérables de détention, cela arrivait à tout le monde.

Je te demande de publier cette lettre, car c’est un vrai blocus d’information qui règne dans cette colonie et je ne vois aucun autre moyen de le rompre. Je ne demande pas de me sortir d’ici et de m’envoyer dans une autre colonie: j’ai vu plusieurs fois comment on frappait d’autres prisonniers, donc ma consience ne me permet pas de m’enfuir. Je veux rester et me battre pour aider les autres. Je n’ai pas peur de la mort, j’ai juste peur de ne plus supporter ces tortures et d’être brisé.

Si le «Comité contre les tortures» n’est pas encore supprimé en Russie, je leur demande d’aider à garantir le droit à la vie et à la sécurité pour moi et les autres prisonniers. Je demande de rendre publique l’information selon laquelle le major Kossiev a menacé de me tuer si j’essaie de me plaindre. Je serais content si tu me trouves un avocat qui pourrait rester en permanence à Segueja et me fournir une assistance juridique.

Le temps joue contre moi. Les enregistrements des caméras auraient prouvé les tortures et les passages à tabac, mais il y a de moins à moins de chances qu’ils aient été sauvegardés. S’ils recommencent à me frapper, à me torturer et me violer, je ne tiendrais pas une semaine. Si jamais je meurs soudainement, ils vont certainement dire que c’ést un suicide, un accident, un coup de feu lors d’une tentative d’évasion ou une bagarre avec un autre prisonnier, mais ce ne sera qu’un mensonge, un assassinat planifié par l’administration dans le but d’éliminer le témoin et la victime des tortures.

Je t’aime et j’espère te revoir. Ton Ildar.

photo:YouTube

 

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