Les 11 incarnations de Taras Chevtchenko

Les 11 incarnations de Taras Chevtchenko

Le 9 mars, l’Ukraine célèbre le 203e anniversaire de la naissance de Taras Chevtchenko, le poète-héros ukrainien, l’artiste auquel son importance et ses multiples talents permettent de rivaliser sur la scène internationale avec Goethe, Dante, Cervantes, Byron ou Victor Hugo.

L’UCMC propose de présenter les différents destins que Chevtchenko a dû assumer au cours de sa courte vie.

Le Kobzar. Il ne s’agit pas seulement de l’œuvre la plus célèbre de Chevtchenko. A son époque, le Kobzar, un barde qui se déplaçait de village en village pour chanter les exploits des héros passés de l’Ukraine, représentait une vision du monde et un style de vie consciemment choisi. A la manière des troubadours du Moyen-Age, voix du peuple et de la justice, ils propageaient la vérité, quelle que soit la volonté du pouvoir laïque ou clérical 

Le serf. Taras Chevtchenko est née dans une famille de serfs ukrainiens. Ce fait a conditionné sa vie dès sa naissance et durant les 26 années suivantes.

A 9 ans, il a perdu sa mère, son père est décédé deux ans plus tard. Taras Chevtchenko est devenu la propriété de Pavlo Engelgardt, un propriétaire foncier qui a hérité de son père la famille Chevtchenko et tout le village. Tout d’abord, Taras Chevtchenko a fait partie des gens de maison d’Engelgardt. Plus tard, il a voyagé avec son maître à Vilnius et à St-Petersbourg. Et c’est là que son maître l’a inscrit aux cours de Vasyl Chyryaev, un peintre à la mode.

L’enfant de trois cultures. Grâce à l’époque et aux conditions dans lesquelles il vivait, Taras Chevtchenko s’est trouvé au centre d’un carrefour culturel: la culture ukrainienne, qui l’a bercé, la culture occidentale, qu’il a découverte lors de ses voyages, et la culture de St-Petersbourg, au sein de laquelle il a fini ses études, l’ont façonné.

 

Une simple marchandise. En 1831, Pavlo Engelgard, conscient des talents de son serf et voulant en faire son peintre–décorateur personnel, l’a envoyé suivre des études de peinture à St-Petersbourg. C’est dans cette ville que Chevtchenko s’est immergé dans l’environnement culturel le plus important de son époque : le poète Vassily Joukovsky, les peintres  Karl Bryullov, Alex Venetsianov, tous ces artistes ont découvert et apprécié les talents du jeune peintre et ont tout fait pour qu’il retrouve sa liberté. Bryullov a peint le portrait de Joukovsky et l’a vendu aux enchères pour libérer Taras Chevtchenko.

Le soldat. En 1846, Chevtchenko est devenu membre de la Fraternité sécrète Saint-Cyrille-et-Méthode. Un an plus tard, il insulte le tsar Nikolas I, dans son poème « Le Rêve » où il le traite de «mon ourson». Il est alors envoyé comme simple soldat au fin fond de la Russie avec interdiction d’écrire et de dessiner. Cependant, ses officiers avait un comportement humain avec lui: c’est lors de cet exil que Chevtchenko a écrit la plupart de ses romans.

Le dandy. Le plus souvent, Taras Chevtchenko est représenté comme un homme moustachu portant une tenue ukrainienne traditionnelle. Les chercheurs ne cautionnent pas tous cette image. Il semblerait que, lors de son séjour à St-Petersbourg, Taras Chevtchenko gagnait assez bien sa vie et avait la possibilité de s’habiller à la mode.

Le révolutionnaire. Chevtchenko est arrivé au moment où l’Ukraine avait besoin d’une révolution: psychologique, culturelle et populaire. Il devient une figure de l’idéologie révolutionnaire, en apportant à la société des idées nouvelles, basées sur des principes démocratiques. Dans un de ses poèmes les plus connus «Le Testament », Taras Chevtchenko fait allusion à la Révolution française et à l’hymne français, «La Marseillaise»: «Qu’un sang impur abreuve nos sillons» – «Arrosez votre liberté du sang de l’ennemi».

Le mécène. Si l’on se réfère à la liste des affaires appartenant à Taras Chevtchenko, rédigée après sa mort, il ne possédait que 143 roubles. Cependant, peu de temps auparavant, il avait offert à Marko Vovtchok, une jeune écrivaine qu’il admirait, une montre en or de 500 roubles, sans qu’elle sache qui lui avait fait ce cadeau, mais de manière à ce qu’elle pense que cette montre lui a été offerte par la communauté ukrainienne de St-Pétersbourg.

L’artiste. La plupart des Ukrainiens considèrent Taras Chevtchenko surtout comme un poète. Cependant, le mot artiste le décrit beaucoup mieux, car il montre toutes les facettes de Chevtchenko : poète, romancier, peintre, sculpteur, musicien, philosophe, acteur. L’autre mot qui le caractérise est celui de «combattant », car Chevtchenko savait utiliser des mots mis en rimes pour dissimuler ses armes.

Le bolchevik. Telle est l’image du poète créée par la propagande soviétique pour atteindre plusieurs objectifs. Tout d’abord, diminuer la force de sa parole et le véritable sens de ses appels : la lutte pour l’Ukraine libre. Ensuite, renforcer l’idéologie soviétiques et détourner ses textes : en particulier l’anti-religion qui lui a été attribuée par la propagande et la lutte contre le tsarisme (en dépit  des idées communes, Chevtchenko et le gouvernement soviétique n’avaient pas les mêmes objectifs) et la création d’une image de villageois typique en habits traditionnels ukrainiens, avec des moustaches , un fils de paysan et un représentant du peuple, un prolétaire avant l’heure, cette image était simple et compréhensible pour tout le monde.

Le symbole. Plus qu’un poète, un artiste ou un homme, un prophète! Le flambeau éternel des idées et de l’identité de l’Ukraine, de sa liberté et de son indépendance.

 

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