Il n’y a pas qu’Alexeï Navalny dans l’opposition russe!

Il n’y a pas qu’Alexeï Navalny dans l’opposition russe!

L’article original a été publié sur le site du “Le Temps” et repris avec l’autorisation aimable de son auteur

Alexeï Navalny s’est imposé comme une figure emblématique de l’opposition en Russie. Il n’est pourtant pas le seul à critiquer le pouvoir, ni le plus qualifié pour apporter le changement, estime Olivier Védrine, rédacteur en chef du «Russian Monitor»

L’opposition russe a récemment marqué des points lors des élections pour les conseils municipaux, plusieurs arrondissements de Moscou ayant échappé au contrôle du parti au pouvoir. A six mois des élections présidentielles, une nouvelle figure se dresse contre le Kremlin: celle de Dmitri Goudkov. En Russie, il y a des dizaines de groupes et factions d’opposition. De nombreux segments de la société manifestent contre le Kremlin: les étudiants et les jeunes travailleurs sont les plus visibles, mais aussi les camionneurs, les ONG, les anciens combattants, les retraités, les services publics du secteur de la santé et de l’éducation… L’opposition russe travaille désormais pour s’opposer plus efficacement au régime de Vladimir Poutine.

Les politiques européens doivent comprendre qu’Alexeï Navalny n’est pas le seul adversaire de Poutine. Certains pensent qu’il n’est pas l’homme capable de changer la Russie, et qu’il pourrait même se transformer en un Poutine 2.0. Navalny est en effet connu comme ancien nationaliste radical, co-organisateur des prétendues «Marches russes» – mouvement néonazi contre les immigrés. Un des plus importants partis politiques libéraux russes (comprendre: un parti très à droite) avait même expulsé Navalny de ses rangs pour ses opinions trop nationalistes.

Navalny et Strelkov

Sa lutte contre la corruption, au début de sa carrière de blogueur, a commencé par des accusations dont certaines se sont avérées par la suite inexactes ou pures spéculations. Sa messagerie électronique, piratée par des acteurs pro-gouvernementaux, a révélé que certaines de ses attaques publiques étaient sponsorisées (par exemple l’histoire de harcèlement médiatique coordonné d’un des oligarques russes, Oleg Deripaska). Les faits présentés par Navalny dans ses enquêtes ne résistent souvent pas aux vérifications d’usage. En mai 2017, il a dû revenir sur sa vidéo concernant la structure de propriété des réseaux de télévision russes.

Navalny a surtout saboté activement les candidatures électorales de tout concurrent potentiel (comme lors de la campagne parlementaire du parti politique russe RPR-Parnas en 2016). Pour gagner, l’opposition russe doit être unie. Le plus frappant a été le débat entre Navalny et son adversaire Igor Guirkine (Strelkov), infâme commandant de la guérilla qui a mené l’invasion russe en Ukraine en 2014, accusé de milliers de morts civiles et d’avoir couvert la tragédie du MH17.

Or, Navalny a non seulement refusé de désigner ce colonel du FSB comme criminel de guerre, ce qu’il est, mais lui a parlé avec complaisance de son avenir politique, y compris comme membre du parlement russe. Ce fut un choc pour plusieurs de ses partisans, mais les médias l’ont ignoré afin de ne pas troubler l’image soigneusement travaillée du guerrier anti-corruption pro-occidental.

Les alternatives

S’il est élu, Alexeï Navalny n’empêchera pas la politique internationale menée par le Kremlin de se poursuivre: il continuera la politique de Poutine. Il a déjà dit qu’il maintiendrait l’occupation illégale de la Crimée. Sans véritable programme, il n’agit pas pour changer le système politique russe, mais pour le diriger dans le sens de son intérêt. Existe-t-il une alternative ou devons-nous simplement renoncer à l’idée de cette Russie de Poutine agressive et hostile?

Il y a plusieurs personnalités dans l’opposition russe, comme l’oligarque exilé Mikhail Khodorkovsky, le champion d’échecs Garry Kasparov, l’ancien premier ministre Mikhail Kasianov, les anciens députés Ilya Ponomarev et Dmitry Goudkov, le militant de gauche Sergei Udaltsov, le maire d’Ekaterinbourg Evgeniy Roizman, Mark Galperin, Vyacheslav Maltsev et bien d’autres. Les politiques occidentaux doivent prendre en considération toutes ces personnalités de l’opposition russe. Un changement politique en Russie aidera de nouveaux dirigeants à apparaître, sans lien avec l’ancien système.

Trois options

Soutenir la diversité, soutenir le libre choix des Russes au lieu de remplacer un leader par un autre, c’est la voie d’une véritable démocratie dans le pays. La Russie a trois options de changement politique: une mauvaise (quelqu’un de l’entourage de Poutine qui continuerait sa stratégie et sa politique), une très mauvaise (quelqu’un d’ultranationaliste que le régime de Poutine a créé avec la guerre dans l’Ukraine orientale) et une plus raisonnable (quelqu’un venant de l’opposition de la rue qui appelle à la normalisation avec l’Occident). Pour soutenir la bonne option, l’Occident doit soutenir les bonnes personnes!

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