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32 ans après Tchornobyl: 10 faits à savoir

32 ans après Tchornobyl: 10 faits à savoir
Kiev, le 28 avril 2018.

Le 26 avril, l’Ukraine commémore la catastrophe de Tchornobyl qui s’est produite il y a 32 ans. Cette catastrophe est devenue la plus grande tragédie écologique d’envergure mondiale. L’UCMC a rassemblé 10 faits concernant cette catastrophe, qui peuvent surprendre.

Les principaux chiffres à propos de Tchornobyl qui méritent d’être connus

Selon diverses données, de 600 à 800 000 personnes venues de toute l’URSS ont participé à la liquidation des conséquences de la catastrophe à la centrale nucléaire de Tchornobyl. Dans les premiers jours de l’accident, 31 personnes sont mortes. De 4 000 à 10 000 personnes sont mortes des conséquences de l’explosion. Plus de 70 000 sont devenus invalides. Au total, 1,9 million de personnes en Ukraine et 8,4 millions de personnes en Biélorussie, en Russie, en Ukraine et dans d’autres pays, en particulier en Europe, se sont retrouvées exposées aux rayonnements radioactifs dus à l’explosion de Tchornobyl. En outre, 47 500 habitants de Pripyat ont été évacués. Maintenant, dans la zone d’exclusion, vivent environ 140 personnes, appelés habitants autonomes.

La catastrophe de Tchornobyl: 7 ème niveau de danger, 30 km de zone d’exclusion

La catastrophe de Tchornobyl a été si importante qu’elle a été classée au niveau 7 sur l’échelle internationale des événements nucléaires (INES) – les événements de Tchornobyl sont devenus une catastrophe locale avec des conséquences mondiales. D’ailleurs, le 7 ème niveau de danger a également été attribué à l’accident de la centrale nucléaire japonaise «Fukushima-1», survenu en 2011 à la suite d’un tremblement de terre. Actuellement, une zone de 30 kilomètres autour du réacteur reste décrétée «interdite à l’habitation», mais des options concernant sa réduction sont déjà discutées.

Eviter le pire scénario: comment on a pu prévenir une seconde explosion à Tchornobyl

Le 1er mai 1986, la zone active du réacteur qui avait explosé était encore en train de fondre. Le noyau contenait 185 tonnes de combustible nucléaire et la réaction nucléaire se poursuivait à un rythme effroyable.

Sous cette matière nucléaire se trouvait un réservoir contenant cinq millions de gallons d’eau. La seule chose qui séparait le cœur du réacteur en train de fondre de l’eau était une dalle de béton épaisse, mais la zone active a lentement brûlé cette plaque. Si le cœur du réacteur touchait l’eau, cela aurait causé une explosion de vapeur massive et polluée par la radiation. Le résultat aurait pu être la contamination radioactive d’une grande partie de l’Europe et causer tellement de morts que la première explosion de Tchornobyl aurait ressemblé à un incident mineur. Une telle explosion aurait pu détruire Kyiv, contaminer le système d’approvisionnement en eau utilisé par 30 millions d’habitants et rendre le nord de l’Ukraine impropre à la vie pour plus d’un siècle. Il a été décidé que trois personnes en aqualung traverseraient les chambres inondées du quatrième réacteur. Quand ils ont atteint l’eau, ils ont pu trouver la paire de vannes d’arrêt et les ouvrir, de sorte que l’eau s’écoule complètement avant que la zone active du réacteur ne soit en contact avec elle.

Trois personnes se sont portées volontaires: Olexiy Ananenko, un ingénieur principal, Valery Bespalov, un ingénieur intermédiaire et Boris Baranov, un chef de service. Ils ont volontairement proposé leur aide, sachant que plonger dans une piscine radioactive sous un réacteur en fusion serait probablement la dernière chose qu’ils feraient dans leur vie. Après une longue recherche, les plongeurs ont ouvert les vannes. La piscine a commencé à se vider rapidement et le jour suivant les cinq millions de gallons d’eau radioactive se sont écoulés du quatrième réacteur. Au moment où le noyau radioactif qui fondait au-dessus de la piscine atteignait le réservoir, il n’y avait plus d’eau à l’intérieur. La deuxième explosion a ainsi été évitée. Au cours des jours suivants les trois sauveteurs ont commencé à présenter les symptômes inéluctables montrant qu’ils étaient atteints sans erreur possible du syndrome aigu d’irradiation. Quelques semaines plus tard, tous les trois sont morts. Ils ont été enterrés dans des cercueils de plomb avec des couvercles scellés. Même privé de vie, leur corps restait à jamais infiltré par les radiations.

Le projet «Sarcophage»

La construction du «Sarcophage » moderne sous la forme d’une arche posé au-dessus du réacteur détruit de la centrale nucléaire de Tchornobyl a commencé en 2012. L’édifice fait 257 mètres de large, 150 m de long et 108 m de haut. Son poids est de 29 000 tonnes. La construction a été terminée le 29 novembre 2016 et ce grand bâtiment en forme de dôme, connu des experts comme le Nouveau Safe Confinement, a recouvert le vieux « Sarcophage» de Tchornobyl pour les 100 prochaines années, afin de sécuriser le quatrième réacteur, l’équipement radioactif, les résidus de déchets nucléaires et la poussière. A l’heure actuelle l’effet du nouveau «Sarcophage» est évident: selon le témoignage des employés de la station, le niveau de rayonnement près du réacteur est tel aujourd’hui que les personnes peuvent rester 10 heures près de lui sans dépasser la dose de rayonnement quotidienne admissible.

Des routes idéales dans la zone d’exclusion

Les routes dans la zone d’exclusion sont idéalement égales, sans un seul nid-de-poule – et cela contraste beaucoup avec les routes dans l’ensemble de l’Ukraine. Un enduit d’asphalte homogène les recouvre afin que ne soient pas renversés les déchets radioactifs transportés dans des camions pour la recherche ou le stockage. La vitesse maximale des camions de déchets est de 40 km / h.

Les «Revenants» : un rayonnement invisible

Après l’expulsion forcée, certains des anciens habitants du territoire voisin du réacteur ont commencé à revenir. Maintenant dans la zone d’aliénation vivent jusqu’à 150 personnes. Au fil du temps, les habitants du Tchornobyl ont l’habitude de ne pas penser aux radiations. La plupart des gens ont commencé à croire que, même s’il y a un danger, cela ne les affectera pas personnellement. Françoise Zonabend (Zonabend 2007) décrit une stratégie similaire que les gens, qui vivent près d’une usine de traitement de déchets nucléaires en France, utilisent pour interagir avec le risque d’exposition aux rayonnements et la contamination. Les sondages d’opinion montrent que plus les habitants vivent près d’une usine nucléaire, moins ils ont peur de vivre une catastrophe similaire à celle de Tchornobyl.

Par conséquent, le danger radioactif perturbe moins les habitants de Tchornobyl que le fait de quitter leur région d’origine. Habituellement, ils sont prêts à admettre que la zone n’a aucun rayonnement. Étonnamment, il y a peu de maladies oncologiques parmi les «Revenants», en particulier par rapport aux «liquidateurs» de l’accident en 1986-1987: cela peut indiquer que les petites expositions sur une longue période sont moins dangereuses qu’une forte irradiation sur une courte période.

Réduction de la taille de la Zone et création d’une réserve

La question de la possibilité de réduire la zone d’exclusion est envisagée de temps en temps. Dans le cadre d’un programme approuvé par le Parlement, Tchornobyl devrait être complètement éliminé avant 2065, le combustible sera extrait et déplacé vers un stockage à long terme, les réacteurs seront conservés et lorsque les niveaux de radioactivité auront diminué, ils seront démontés et le territoire sera nettoyé. Les limites de la zone sont assez floues, même s’il existe une frontière officielle qui définit une zone de 30 km autour du réacteur. Ces limites sont floues car, immédiatement après l’accident, elles ont été déterminées de façon arbitraire parce que certaines parties à l’extérieur étaient plus contaminées que les territoires situés à l’intérieur même de la zone. Depuis ces dernières années, on entend de plus en plus de propositions pour une utilisation rationnelle des zones plus ou moins sûres, telles que la création de la réserve de la biosphère de Polésie. Dans la zone d’exclusion, il y a environ 400 espèces d’animaux, d’oiseaux et de poissons, dont 60 répertoriés dans le Livre Rouge de l’Ukraine. De même pour la flore: sur les 1 200 espèces présentes sur le territoire de la zone, 20 sont rares. La cigogne noire très rare et le raton laveur inhabituel sur ce territoire y vivent désormais.


Le groupe culte Pink Floyd a présenté en 2014 un clip pour la chanson «Marooned», tourné dans la ville fantôme de Pripyat. Il a été visionné plus de 20 millions de fois sur la chaîne du groupe.


Une centrale solaire à Tchornobyl

Dans la zone d’exclusion de Tchornobyl, on prévoit de lancer la première centrale solaire. Il est prévu qu’elle sera en mesure de couvrir les besoins en électricité d’un village ukrainien moyen, soit environ 2 000 foyers. Sa puissance sera de 1 mégawatt. La station sera située à seulement cent mètres du nouveau sarcophage du quatrième réacteur de la centrale nucléaire de Tchornobyl. Sa superficie sera d’environ 1,6 hectare, soit deux terrains de football, et un million d’euros sera alloué pour la construction.

Le gouvernement a mis à la disposition des investisseurs potentiels les informations pertinentes et en mars 2017 l’Agence nationale de l’Ukraine pour la zone d’exclusion a ouvert un concours pour les entreprises qui ont décidé de construire des installations d’énergie solaire dans la zone de Tchornobyl. Des demandes de terrains pour la construction et l’exploitation d’établissements de production d’énergie solaire dans la zone ont été déposées par plus de 50 sociétés du Danemark, des États-Unis, de Chine, d’Allemagne, de France, d’Ukraine et de Biélorussie. Mais seule la société privée «Solar Tchornobyl», travaillant en consortium avec la société ukrainienne Rodina et la société allemande Enerparc AG, est parvenue au stade final du concours. C’est elle qui a remporté le concours et a commencé la construction en octobre 2017. La société a investi environ un million d’euros dans ce projet. La station a été construite dans un délai d’un mois et aurait dû être mise en service fin 2017. Cependant, depuis plus de six mois elle ne peut pas être mise en marche en raison de retards bureaucratiques.


L’histoire de Tchornobyl est entrée dans le court métrage du chanteur de rock pop écossais Paolo Nutini. Le clip a été filmé pour la chanson «Iron Sky». Les vidéos ont été vues plus de 2 millions de fois


Un «Deuxième Tchornobyl» à la mine Yunkom dans la République auto-proclamée de Donetsk est-il possible?

Dans la prétendue République populaire de Donetsk, on a arrêté de pomper l’eau de la mine «Yuniy Kommounar», plus communément connue sous le nom de «Yunkom». Les séparatistes ont choisi une option moins chère et plus simple pour conserver la mine en se référant aux conclusions des scientifiques russes. Au contraire, les experts ukrainiens estiment que l’inondation de la mine en parallèle avec le même processus dans d’autres mines peut provoquer une catastrophe écologique: un «second Tchornobyl». Dans cette mine, à une profondeur de 903 mètres, légèrement supérieure à la dernière couche de production minière, se trouve quelque chose qui rend ce lieu dangereux pour de nombreuses années: une cavité contenant des substances radioactives. Pour plus d’informations sur ce danger écologique voir le projet spécial Hromadske.

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