{"id":345000,"date":"2025-10-02T15:45:10","date_gmt":"2025-10-02T12:45:10","guid":{"rendered":"https:\/\/uacrisis.org\/?p=345000"},"modified":"2025-10-02T15:45:14","modified_gmt":"2025-10-02T12:45:14","slug":"ukraine-en-flammes-88","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-88","title":{"rendered":"Guerre et litt\u00e9rature &#8211; entretien avec David di Nota"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p><em>Comment la litt\u00e9rature ukrainienne qui s\u2019\u00e9crit dans les tranch\u00e9es explique-t-elle la r\u00e9sistance&nbsp; du peuple?&nbsp; Pourquoi la connaissance du terrain est-elle si importante pour la compr\u00e9hension de la guerre? Nous en discutons avec David di Nota, \u00e9crivain, docteur en science politique. Depuis la grande invasion russe David passe la moiti\u00e9 de son temps en Ukraine, il est auteur d\u2019un nombre d&#8217;interviews des \u00e9crivains ukrainiens engag\u00e9s sur le front.&nbsp;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tu es \u00e9crivain fran\u00e7ais et tu es actuellement en <a href=\"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/tag\/ukrayina-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Ukraine<\/a>, o\u00f9 tu viens de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re. Le dernier voyage que nous avons effectu\u00e9, c\u2019\u00e9tait \u00e0 Zaporizhzhya. Nous venons de rentrer et c\u2019\u00e9tait un voyage particulier, parce que nous avons transport\u00e9 une voiture pour la livrer aux militaires ukrainiens. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas une voiture comme les autres : elle appartenait \u00e0 notre ami commun, Jonathan Delporte, qui \u00e9tait volontaire fran\u00e7ais et avait combattu pour l\u2019Ukraine en 2022, 2023 et 2024. Il est malheureusement d\u00e9c\u00e9d\u00e9 durant l\u2019\u00e9t\u00e9 2025 dans un accident de voiture en Corse.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Jonathan \u00e9tait quelqu\u2019un d\u2019important pour toi. Il a jou\u00e9 un r\u00f4le dans ta d\u00e9cision de consacrer beaucoup de temps \u00e0 l\u2019Ukraine.&nbsp;<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>C\u2019est tr\u00e8s bien que tu commences par Jonathan, d\u2019abord parce que \u00e7a permet de rendre hommage \u00e0 ce formidable soldat qu\u2019il \u00e9tait, un vrai amoureux de la libert\u00e9, au sens le plus concret du terme. Mais c\u2019est aussi tr\u00e8s pertinent parce que cela correspond exactement \u00e0 mon approche du conflit.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas une approche philosophique, au sens o\u00f9 je ne me pose pas de grandes questions g\u00e9opolitiques, m\u00eame si \u00e9videmment elles existent. C\u2019est surtout parce que je veux voir comment les choses se passent sur le terrain. Je veux \u00eatre \u00e0 hauteur d\u2019homme, si je puis dire. Je veux voir la libert\u00e9 \u2014 c\u2019est un mot, mais derri\u00e8re ce mot, il y a des hommes. Des hommes qui sont en premi\u00e8re ligne. Et mon but, en \u00e9tant en Ukraine, c\u2019est de les rencontrer, de les \u00e9couter, de recueillir leurs t\u00e9moignages.<\/p>\n\n\n\n<p>Surtout s\u2019ils sont \u00e9crivains, puisque, comme tu sais, j\u2019ai commenc\u00e9 par un reportage sur les \u00e9crivains en premi\u00e8re ligne: la jeune g\u00e9n\u00e9ration brillantissime d\u2019\u00e9crivains ukrainiens qui se bat pour l\u2019Ukraine.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a cette phrase de Hemingway qui m\u2019a toujours beaucoup plu : <em>\u201cWhen in trouble, ask the infantry.\u201d<\/em> L\u2019id\u00e9e, c\u2019est toujours qu\u2019il faut partir de la base, et pour moi ce terme a un sens tr\u00e8s noble. Rencontrer Jonathan \u00e9tait fondamental, parce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 m\u2019expliquer comment on se bat en premi\u00e8re ligne dans le Donbas. On sait, toi et moi, qu\u2019il s\u2019est battu dans des endroits impossibles. \u00c0 Kherson notamment, c\u00f4t\u00e9 russe, dans des op\u00e9rations extr\u00eamement dangereuses et p\u00e9rilleuses.<\/p>\n\n\n\n<p>Son t\u00e9moignage m\u2019a imm\u00e9diatement mis le pied \u00e0 l\u2019\u00e9trier et m\u2019a permis de comprendre tactiquement comment la d\u00e9fense de la libert\u00e9 s\u2019op\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>C\u2019\u00e9tait important pour toi de rencontrer, de conna\u00eetre les hommes et les femmes de cette g\u00e9n\u00e9ration qui se battent sur la ligne du front. Mais quand tu es venu pour la premi\u00e8re fois en Ukraine, tu ne connaissais pas vraiment le pays. Quelles \u00e9taient tes premi\u00e8res impressions\u202f? Est-ce que tu \u00e9tais surpris\u202f? Est-ce que tu pensais que ce que tu voyais \u00e9tait exotique\u202f?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Je me suis senti chez moi tr\u00e8s, tr\u00e8s rapidement. Je me souviens de cette \u00e9preuve, cette \u00e9preuve \u00ab\u202fth\u00e9orique\u202f\u00bb de prendre le m\u00e9tro, de trouver ses directions, de s\u2019orienter, avec parfois des passages un peu compliqu\u00e9s dans les tunnels, etc. Et je me souviens de la joie de me rendre compte que je pouvais m\u2019orienter tout seul.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais aussi du sentiment beaucoup plus g\u00e9n\u00e9ral d\u2019\u00eatre bien en Ukraine. Le paradoxe, c\u2019est que c\u2019est un pays en guerre, dans lequel se passent des choses horribles, et pourtant je rentre d\u2019Ukraine \u00e0 chaque fois compl\u00e8tement revigor\u00e9, avec un immense espoir, parce que rencontrer les Ukrainiens est une exp\u00e9rience \u2014 je crois que tous les Fran\u00e7ais d\u2019Ukraine le savent \u2014, une exp\u00e9rience exceptionnelle. Et c\u2019est simplement au niveau de l\u2019humanit\u00e9 que \u00e7a se situe en r\u00e9alit\u00e9. L\u2019accueil est extraordinaire. La premi\u00e8re force de l\u2019Ukraine, ce sont les Ukrainiens.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la mentalit\u00e9 ukrainienne. C\u2019est une mentalit\u00e9 qui ne souffre pas du complexe de sup\u00e9riorit\u00e9 comme son voisin, son ennemi. Et \u00e7a se voit tout de suite. Il y a un accueil extr\u00eamement chaleureux et fort, qui fait que tr\u00e8s rapidement, on prend ses marques.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bout du deuxi\u00e8me s\u00e9jour, de mes deuxi\u00e8mes investigations, j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s heureux de retrouver ma Kyiv, et ensuite, en allant dans toutes les villes, je ne me suis jamais senti \u00e9tranger. En r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est tr\u00e8s \u00e9trange, mais c\u2019est comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Tu es \u00e9crivain, \u00e9videmment, tu comprends la force des mots, la force des textes, la force de la po\u00e9sie. Et l\u00e0, tu d\u00e9couvres pour toi cette po\u00e9sie qui n\u2019est pas toujours traduite, parce qu\u2019il s\u2019agit parfois de po\u00e8mes qui viennent d\u2019\u00eatre \u00e9crits, c\u2019est-\u00e0-dire que c\u2019est maintenant qu\u2019on a ce baume de la po\u00e9sie.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Si je te demandais ton avis g\u00e9n\u00e9ral : pourquoi, qu\u2019est-ce que pour toi cette nouvelle litt\u00e9rature ukrainienne qui na\u00eet dans les tranch\u00e9es, dans les voitures d\u2019\u00e9vacuation, durant les voyages de volontaires, ou m\u00eame en arri\u00e8re, mais justement dans cette angoisse des alertes a\u00e9riennes permanentes et des bombardements quotidiens\u2026 qu\u2019est-ce que c\u2019est pour toi, cette litt\u00e9rature ?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>On dit toujours que l\u2019on pourra d\u00e9crire cette guerre dans 10 ans, ou bien apr\u00e8s sa fin, qu\u2019on souhaite tous. Mais en r\u00e9alit\u00e9, la premi\u00e8re surprise, c\u2019est de me rendre compte qu\u2019il y a d\u00e9j\u00e0 des chefs-d\u2019\u0153uvre. Il y a d\u00e9j\u00e0 des textes exceptionnellement forts, beaux, importants.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne peux pas ne pas citer quelqu\u2019un que je consid\u00e8re un peu comme un fr\u00e8re maintenant, Rudy, que j\u2019ai rencontr\u00e9 \u00e0 Kramatorsk. Il est l\u2019auteur d\u2019un po\u00e8me qui s\u2019appelle <em>La Position<\/em>, qui est un pur chef-d\u2019\u0153uvre, la restitution de l\u2019exp\u00e9rience des tranch\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Et donc, le premier souci que j\u2019avais en rencontrant ces \u00e9crivains, c\u2019est de comprendre comment on t\u00e9moigne d\u2019une telle violence : une violence non voulue par des hommes qui ne veulent pas faire la guerre, qui ne sont pas des psychopathes, qui n\u2019ont aucun plaisir \u00e0 tuer, et qui sont forc\u00e9s par les circonstances historiques et politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une \u00e9preuve transversale en ce sens. Tous les \u00e9crivains que j\u2019ai rencontr\u00e9s d\u00e9testent la guerre. C\u2019est vraiment une guerre sans l\u2019aimer, et en m\u00eame temps, ils ont le courage exceptionnel de la faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils n\u2019ont pas fui, ils ne se sont pas invent\u00e9 des excuses, ils sont en premi\u00e8re ligne. Donc d\u00e9j\u00e0, il y a quelque chose du point de vue humain qui est absolument remarquable, qui est une le\u00e7on d\u2019humilit\u00e9 pour nous tous, parce qu\u2019il n\u2019y a rien qui se mesure \u00e0 ce courage-l\u00e0, je pense.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, il y a cette joie de fr\u00e9quenter des textes d\u2019une profondeur tr\u00e8s forte. Le deuxi\u00e8me point commun, peut-\u00eatre, c\u2019est qu\u2019ils ont tous absolument conscience de l\u2019enjeu. Ils connaissent tr\u00e8s bien l\u2019enjeu philosophique, politique, g\u00e9opolitique de cette guerre, mais simplement, ce sont des \u00e9crivains.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc ils ont cette force extraordinaire de s\u2019arr\u00eater sur des d\u00e9tails. C\u2019est \u00e7a la grande force de la litt\u00e9rature : le sens des d\u00e9tails, mais aussi le sens des paradoxes, des paradoxes humains, des paradoxes sociaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce que \u00e7a veut dire de rentrer du front et d\u2019avoir ce genre de question : combien de Russes as-tu tu\u00e9 alors que tu n\u2019avais pas envie de tuer\u202f? Ce sont des situations humaines tr\u00e8s singuli\u00e8res, qui parfois les perturbent, et que j\u2019essaie de recueillir et de comprendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Parce que je me dis que comprendre cette guerre, c\u2019est surtout comprendre ces moments-l\u00e0, ces moments humains. M\u00eame si, bien s\u00fbr, il faut un portrait g\u00e9n\u00e9ral, des portraits g\u00e9opolitiques, comprendre ces enjeux-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agit pas de les mettre de c\u00f4t\u00e9, mais en tout cas, je voulais vraiment essayer de restituer cette guerre \u00e0 hauteur d\u2019homme. C\u2019est-\u00e0-dire voir comment elle est, comment la vie se d\u00e9roule concr\u00e8tement.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Il y a ce jeune po\u00e8te, Arthur Dron, que tu as interview\u00e9. C\u2019est un jeune po\u00e8te qui a fait ses d\u00e9buts litt\u00e9raires justement pendant la grande invasion, puisque son premier recueil litt\u00e9raire est paru il y a \u00e0 peine un an. Arthur Dron avait vingt et un ans au d\u00e9but de la grande invasion, il \u00e9tait \u00e9tudiant.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Il a intitul\u00e9 son deuxi\u00e8me livre, son essai\u202f: <\/strong><strong><em>Hemingway n\u2019a rien compris<\/em><\/strong><strong>. Pourquoi Arthur consid\u00e8re-t-il que Hemingway n\u2019a rien compris\u202f? Et comment cette guerre, qui est \u00e9videmment diff\u00e9rente de celle qu\u2019Hemingway a connue, s\u2019accorde-t-elle avec cette id\u00e9e\u202f?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s belle rencontre avec Arthur, qui pour nous est associ\u00e9 \u00e0 Rimbaud. Arthur Dron est certainement un immense \u00e9crivain, malgr\u00e9 son \u00e2ge\u202f; c\u2019est un po\u00e8te exceptionnel qui a aussi une vraie r\u00e9flexion.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est vrai que c\u2019est une question int\u00e9ressante\u202f: parfois, je pose cette question aux \u00e9crivains qui se battent et je leur demande\u202f: est-ce qu\u2019il y a des auteurs qui vous servent de r\u00e9f\u00e9rence pour tenir\u202f? Et la r\u00e9ponse que j\u2019ai re\u00e7ue est non, parce que dans cette guerre, il y a des points absolument communs, mais il y a aussi des choses irr\u00e9ductiblement singuli\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>On se bat dans une guerre qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 racont\u00e9e ni v\u00e9cue auparavant. Il suffit de penser aux drones, par exemple. Leur pr\u00e9sence aujourd\u2019hui implique \u00e9videmment un stress et une angoisse permanente pour les soldats sur le terrain et dans les tranch\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>La mort vient du ciel dans un rapport un peu ludique, un peu pervers, puisqu\u2019on sait ce qui se passe \u00e0 Kherson, dans les \u00ab\u202fsafaris humains\u202f\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a donc quelque chose que Hemingway n\u2019a \u00e9videmment jamais racont\u00e9, et c\u2019est cela qu\u2019il faut essayer de comprendre\u202f: la singularit\u00e9 de cette guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ponse qui m\u2019est apport\u00e9e, et c\u2019est pour cela que c\u2019est coh\u00e9rent avec ce que dit Arthur, est\u202f: Hemingway n\u2019a rien compris. En tout cas, il n\u2019a rien compris de cette dimension qui est propre \u00e0 cette guerre, et il est du devoir des \u00e9crivains ukrainiens de la restituer.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a quelque chose d\u2019unique, quelque chose d\u2019absolument singulier, quelque chose d\u2019irr\u00e9ductible dans cette guerre russo-ukrainienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est quelque chose aussi qu\u2019il faut comprendre au niveau humain\u202f: la litt\u00e9rature a peut-\u00eatre une limite. On peut s\u2019inspirer de tr\u00e8s grands \u00e9crivains et, par exemple, certains \u00e9voquent Kipling, qui \u00e9tait d\u2019ailleurs une r\u00e9f\u00e9rence pour Hemingway. Mais il y a un moment donn\u00e9 o\u00f9 \u00e7a s\u2019arr\u00eate, parce que le v\u00e9cu est tellement fort et unique qu\u2019il faut presque inventer \u00e0 partir du n\u00e9ant ses propres mots, sa propre histoire, ses propres po\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Quand j\u2019ai lu cet essai d\u2019Arthur Dron dans son livre <\/strong><strong><em>Hemingway n\u2019a rien compris<\/em><\/strong><strong>, il y a une chose qui est dite tr\u00e8s clairement\u202f: en Ukraine, dans cette guerre, on ne peut pas \u00eatre pacifiste.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Pourquoi\u202f? Parce que c\u2019est une guerre qu\u2019on n\u2019a jamais voulu faire, mais on n\u2019a pas le choix. C\u2019est une guerre de d\u00e9fense, o\u00f9 l\u2019ennemi cherche \u00e0 exterminer l\u2019Ukraine en tant que telle\u202f: les civils, les militaires, nos villes, etc.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Face \u00e0 cela, tout ce qu\u2019on connaissait de la litt\u00e9rature anti-guerre, celle \u00e9crite dans les tranch\u00e9es des guerres imp\u00e9riales, perd son sens. Dron parle aussi de Remarque, par exemple\u202f; on ne peut pas, quand on est Ukrainien, se placer simplement dans la position \u00ab\u202fcontre la guerre\u202f\u00bb. On est \u00e9videmment contre la guerre, parce que son d\u00e9but est absolument ill\u00e9gitime, c\u2019est une guerre d\u2019agression. Mais \u00e0 la fois, on ne peut pas \u00eatre contre la guerre, parce que cette guerre signifie d\u00e9fense, survie, d\u00e9fense de tout ce qui nous est fondamental\u202f: notre vie, nos villes, nos villages, nos hommes, nos femmes, nos enfants, etc.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Est-ce que tu as l\u2019impression de vivre cette guerre existentielle\u202f? C\u2019est peut-\u00eatre un mot un peu fort, mais c\u2019est l\u2019expression utilis\u00e9e pour d\u00e9crire cette guerre. Ressens-tu cette dimension\u202f: une guerre existentielle, ou plut\u00f4t un peuple qui n\u2019a pas le choix que de se battre\u202f?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Absolument. Tu sais, ce n\u2019est pas pour citer un de mes livres, mais c\u2019est un probl\u00e8me qui m\u2019est apparu comme d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s ancien.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9crit un livre qui s\u2019appelait <em>J\u2019ai \u00e9pous\u00e9 un casque bleu<\/em>. Pour moi, ce titre ironique r\u00e9sume toute l\u2019Europe. Mon probl\u00e8me en tant qu\u2019Europ\u00e9en, ce n\u2019est pas une guerre ukrainienne\u202f: c\u2019est une guerre europ\u00e9enne. Nous nous sommes d\u00e9shabitu\u00e9s \u00e0 cette v\u00e9rit\u00e9 fondamentale\u202f: les valeurs se d\u00e9fendent, et elles se d\u00e9fendent par la force, que je distingue de la violence.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous faisons, nous Europ\u00e9ens, une distinction entre la force et la violence\u202f; c\u2019est justement la diff\u00e9rence entre l\u00e9gitimit\u00e9 et ill\u00e9gitimit\u00e9. Cette question m\u2019obs\u00e9dait d\u00e9j\u00e0 il y a 15 ans. J\u2019ai fait mon doctorat sur la guerre de Bosnie\u202f: il y avait d\u00e9j\u00e0 des enjeux, et j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s frapp\u00e9 par le pacifisme europ\u00e9en id\u00e9ologique, cette id\u00e9e que les guerres \u00e9taient derri\u00e8re nous et que quiconque voulait investir dans le militaire cherchait forc\u00e9ment la guerre, voulait \u00eatre \u00ab\u202fen guerre\u202f\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette id\u00e9e m\u2019a toujours paru compl\u00e8tement erron\u00e9e. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, j\u2019en avais fait une com\u00e9die. Aujourd\u2019hui, je n\u2019en ferais pas une com\u00e9die, parce que c\u2019est une vraie trag\u00e9die. En tant qu\u2019Europ\u00e9en, je sentais qu\u2019il y avait une faille dans le dispositif philosophique\u202f: l\u2019incapacit\u00e9 de regarder la guerre en face. Je pense que le d\u00e9ni est un processus \u00e0 la fois id\u00e9ologique, civilisationnel, mais aussi purement psychologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9mocraties, c\u2019est leur grande faiblesse, ne font la guerre que lorsqu\u2019elles sont v\u00e9ritablement accul\u00e9es, voire quand il est trop tard. Et nous, Fran\u00e7ais en Ukraine, nous avons une conscience tr\u00e8s aigu\u00eb que l\u2019Ukraine est notre bouclier d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9videmment, nous luttons contre tous les mensonges du Kremlin, comme l\u2019id\u00e9e que ce sont les Ukrainiens qui ont oblig\u00e9 les Russes \u00e0 envahir leur pays. Ce sont des inepties. Il suffit de regarder la r\u00e9alit\u00e9 pour se rendre compte de qui a envahi qui. Malgr\u00e9 cela, on assiste \u00e0 des renversements de propagande spectaculaires en Europe. On est donc oblig\u00e9s de revenir \u00e0 cette v\u00e9rit\u00e9 fondamentale.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon p\u00e8re \u00e9tait officier, donc j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s sensibilis\u00e9 \u00e0 la question militaire et \u00e0 cette v\u00e9rit\u00e9 gaullienne\u202f: le fil de l\u2019\u00e9p\u00e9e est l\u2019axe du monde. Il n\u2019y a pas de r\u00e9publique au sens antique, pas de d\u00e9fense des valeurs, pas d\u2019\u00c9tat de droit sans une arm\u00e9e tr\u00e8s forte et puissante.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai toujours consid\u00e9r\u00e9 la puissance comme un \u00e9l\u00e9ment \u00e0 \u00e9tudier, \u00e0 conserver \u00e0 l\u2019esprit et \u00e0 raconter, de fa\u00e7on concr\u00e8te, m\u00eame litt\u00e9raire. J\u2019ai toujours senti cette faille chez nous, Europ\u00e9ens, et le fait que la guerre se soit d\u00e9clench\u00e9e de cette mani\u00e8re, et qu\u2019elle se d\u00e9roule ainsi, est pour moi tr\u00e8s important\u202f; c\u2019est un souci tr\u00e8s ancien, si l\u2019on consid\u00e8re ma posture d\u2019\u00e9crivain.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>En tant qu\u2019\u00e9crivain europ\u00e9en, tu as consacr\u00e9 ta th\u00e8se \u00e0 des questions s\u00e9curitaires et notamment li\u00e9es \u00e0 l\u2019OTAN. Tu fais donc cet hybride heureux entre un \u00e9crivain, une sensibilit\u00e9, on va dire, artistique, et la connaissance des questions militaires et s\u00e9curitaires. C\u2019est absolument<\/strong> ce qui te pr\u00e9disposait \u00e0 \u00eatre en Ukraine et, en quelque sorte, \u00e0 te sentir ukrainien.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quand nous sommes aujourd\u2019hui en Ukraine, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 la quatri\u00e8me ann\u00e9e de la grande guerre. Je ne compte m\u00eame pas ce qui s\u2019est pass\u00e9 avant, c\u2019est\u2011\u00e0\u2011dire depuis 2014 \u2014 la Crim\u00e9e, le Donbas &#8211; des formes de guerre plus hybrides ; aujourd\u2019hui c\u2019est une guerre plus acharn\u00e9e. Souvent, on constate une sorte de &#8211; je ne dirais pas fatigue des engagements, ni fatigue des int\u00e9r\u00eats, mais &#8211; la banalisation des souffrances. En 2022, \u00e9videmment, il y a eu le grand choc pour les Europ\u00e9ens de voir une guerre \u00e9clater au milieu de l\u2019Europe. Maintenant, cela devient un peu banal: \u00abune guerre en Ukraine\u00bb, \u00abil y a toujours des bombardements\u00bb, \u00abil y a encore des morts\u00bb, etc.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Penses\u2011tu qu\u2019il y a, chez une partie des Europ\u00e9ens, une tendance \u00e0 se dire: \u00abBon, consacrons\u2011les, ces pauvres Ukrainiens, de toute fa\u00e7on ils ont toujours \u00e9t\u00e9 russes \u00bb \u2014 cette logique o\u00f9 la victime est soup\u00e7onn\u00e9e, o\u00f9 l\u2019on b\u00e2tit un mur entre ces pauvres Ukrainiens d\u00e9j\u00e0 condamn\u00e9s et nous\u2011m\u00eames ? Sens\u2011tu que la r\u00e9flexion europ\u00e9enne va dans cette direction quand on parle de la guerre russe en Ukraine ?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Je crois qu\u2019il existe bien un horizon d\u2019attente qui correspond au d\u00e9ni. On ne peut pas d\u00e9crire cette guerre sans d\u00e9crire en m\u00eame temps cette configuration psychologique europ\u00e9enne qui voudrait en faire une affaire exclusivement russe. \u00c7a passe par un certain nombre de mensonges historiques fondamentaux. Par exemple &#8211; et je l\u2019ai encore entendu la semaine derni\u00e8re sur une radio de grande audience &#8211; entendre que \u00ab la Crim\u00e9e a toujours \u00e9t\u00e9 russe \u00bb. Il suffit d\u2019\u00e9tudier l\u2019histoire : c\u2019est comme si on disait que l\u2019histoire de la France commence sous Louis XVI et qu\u2019on faisait commencer l\u2019histoire de la Crim\u00e9e \u00e0 son annexion.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces mensonges historiques sont extr\u00eamement importants. L\u00e0, la r\u00e9flexion de Hannah Arendt nous guide: la violence est presque toujours coupl\u00e9e au mensonge. Ce n\u2019est pas pour rien que Poutine a \u00e9crit un livre d\u2019histoire, en historien du dimanche, avant d\u2019envahir ce pays.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Il y a donc un certain nombre de combats pour lesquels je ne me sens pas tr\u00e8s bien dispos\u00e9, parce que je ne suis pas historien &#8211; je n\u2019ai pas les comp\u00e9tences d\u2019un historien &#8211; mais je vois bien que tout se joue souvent sur ces mensonges historiques. Ce qui me choque, c\u2019est qu\u2019on parle de cette guerre sans venir, sans essayer de la voir sur place. J\u2019aimerais beaucoup aller du c\u00f4t\u00e9 russe, mais comme tu le sais, les journalistes c\u00f4t\u00e9 russe se font tuer tout de suite.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc c&#8217;est quand m\u00eame un probl\u00e8me quand on veut \u00e9crire. Mais cette facult\u00e9 qu&#8217;ont les Europ\u00e9ens de juger cette guerre sans venir sur place ou sans essayer de d\u00e9passer le stade du clic sur internet, personnellement me choque. \u00c7a me choque d&#8217;un point de vue \u00e9thique, mais \u00e7a me choque aussi parce qu&#8217;il s\u2019instaure un d\u00e9calage \u00e9norme entre ce que vivent les Ukrainiens, la fa\u00e7on dont ils se battent et, parfois, la tr\u00e8s grande simplicit\u00e9 de leur positionnement, et l&#8217;extraordinaire complexification, voire le complotisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Si tu vas sur internet, tu as des explications les plus farfelues sur la guerre d&#8217;Ukraine, et donc tu es oblig\u00e9 de traverser cette esp\u00e8ce de rideau de mensonge pour arriver \u00e0 des v\u00e9rit\u00e9s premi\u00e8res. \u00c7a, c\u2019est une vraie \u00e9preuve, et c&#8217;est une \u00e9preuve qu&#8217;on ressent surtout quand on n\u2019y est pas paradoxalement, puisque tu l\u2019as tr\u00e8s justement dit. Je partage mon temps et parfois je reviens. Donc c&#8217;est toujours tr\u00e8s difficile de passer d&#8217;un monde \u00e0 un autre, d&#8217;un monde en paix qui s\u2019illusionne sur l&#8217;absence de guerre, et puis apr\u00e8s tu es directement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et ce qui est tr\u00e8s frappant, c&#8217;est justement que dans ce passage d&#8217;un monde \u00e0 l&#8217;autre, c&#8217;est la part du d\u00e9ni. On est toujours pris, beaucoup plus que par la propagande. La propagande ne marche que parce que les gens ont envie de ne pas voir, parce que les gens n&#8217;ont pas envie de prendre la responsabilit\u00e9, ou de simplement penser que si\u2026 tous les raisonnements qu&#8217;ils tiennent sur les Ukrainiens voleraient en \u00e9clat si eux-m\u00eames \u00e9taient envahis.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc on a des raisonnements qui ne valent que pour les autres, mais qui ne vaudraient jamais pour soi. Donc c\u2019est ce que j&#8217;appelle la mauvaise foi. Et donc on trouve que c&#8217;est normal que l&#8217;Ukraine c\u00e8de des territoires. Mais par contre, on ne le ferait jamais soi-m\u00eame, dans son pays. Si on demandait \u00e0 un Fran\u00e7ais : \u00ab Alors, quel territoire vous seriez pr\u00eat \u00e0 donner \u00e0 la Russie si vous \u00e9tiez envahi ? \u00bb Alors l\u00e0\u2026 Et pareil pour les \u00c9tats-Unis, bien entendu. Si on demandait \u00e0 Trump : \u00abQuel territoire des \u00c9tats-Unis seriez-vous pr\u00eat \u00e0 conc\u00e9der pour avoir la paix, la fameuse paix ? \u00bb \u00c9videmment, \u00e7a serait non.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc c&#8217;est vraiment cette mauvaise foi extraordinaire. Un raisonnement, pour \u00eatre valide, il faut qu&#8217;il soit applicable dans tous les cas. Sinon, c&#8217;est juste quelque chose qui rel\u00e8ve du double standard, de la partialit\u00e9 compl\u00e8te. Et bon, il faut traverser ces deux univers-l\u00e0 pour voir plus clair.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens qu&#8217;on avait une conversation sur la possibilit\u00e9 de perdre cette guerre et que l\u2019Europe sombre dans l\u2019oubli. Et je te parlais de cette phrase fabuleuse de Kundera, dans <em>La Plaisanterie<\/em>. Je ne sais pas si je vais la citer exactement, mais l\u2019id\u00e9e est que le r\u00f4le de la compensation sera jou\u00e9 par l\u2019oubli, que tous les torts seront oubli\u00e9s. Ce n\u2019est pas exactement la citation, mais en tout cas l\u2019id\u00e9e est que tous les crimes commis finissent par \u00eatre effac\u00e9s dans l\u2019oubli.<\/p>\n\n\n\n<p>Et dans <em>La Plaisanterie<\/em>, il y a d\u00e9j\u00e0 toute une r\u00e9flexion sur le sovi\u00e9tisme \u2014 ce qui est naturel pour un \u00e9crivain tch\u00e8que \u2014 et sur le r\u00f4le de l\u2019oubli. C\u2019est quand m\u00eame une hantise pour nous tous : perdre cette guerre, la voir passer par pertes et profits, et nous retrouver avec le m\u00eame degr\u00e9 de d\u00e9ni, le m\u00eame degr\u00e9 de mensonge.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s tout, m\u00eame l\u2019Holodomor, ce g\u00e9nocide gigantesque, a fait l\u2019objet d\u2019un d\u00e9ni fondamental pendant des ann\u00e9es, des d\u00e9cennies. Et il y a quelque chose d\u2019encore plus spectaculaire. Tu disais que cette guerre n\u2019est pas la n\u00f4tre. C\u2019est \u00e9videmment un argument qu\u2019on entend beaucoup en Europe, et je dirais m\u00eame que c\u2019est presque la phrase fondamentale du d\u00e9ni : \u00ab Cette guerre n\u2019est pas la n\u00f4tre. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9, en relisant Albert Camus et ses \u00e9ditoriaux dans <em>Combat<\/em>, de voir que jusqu\u2019en juillet 1944, il devait convaincre les Fran\u00e7ais que la guerre contre le nazisme \u00e9tait bien la leur. Cet argument a donc une longue histoire, une vieille histoire. Et on peut m\u00eame se demander si ce ne sont pas toujours les m\u00eames arguments qui reviennent face \u00e0 la barbarie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce parall\u00e8le m\u2019a vraiment marqu\u00e9, parce qu\u2019il montre que cet argument a au moins l\u2019\u00e2ge du nazisme. Voil\u00e0 cette esp\u00e8ce d\u2019aveuglement : accepter qu\u2019il y a la guerre, mais penser que \u00e7a ne nous concerne pas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quand on regarde l\u2019histoire ukrainienne, on retrouve beaucoup d\u2019amn\u00e9sie. On en a parl\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, toi et moi. Cette amn\u00e9sie ne concerne pas seulement les autres, elle nous concerne aussi, nous, les Ukrainiens.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u2019est un peuple qui a connu plusieurs bouleversements totaux au fil des si\u00e8cles, qui s\u2019est battu pour avoir un \u00c9tat. Il nous arrive souvent de r\u00e9pondre \u00e0 la question des journalistes. Par exemple, tout r\u00e9cemment, le 24 ao\u00fbt 2025, j\u2019ai r\u00e9pondu \u00e0 une journaliste qui disait : \u00ab Votre \u00c9tat est tellement jeune, il n\u2019a que 34 ans\u2026 \u00bb Oui, l\u2019\u00c9tat moderne a 34 ans aujourd\u2019hui, mais il ne faut pas oublier qu\u2019il y a eu plusieurs formes d\u2019\u00c9tat sur ce territoire auparavant.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un \u00c9tat au Moyen-\u00c2ge, puis une sorte d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9poque cosaque. Et il y a cent ans, ici \u00e0 Kyiv, entre 1917 et 1921, dans une p\u00e9riode tout \u00e0 fait tourment\u00e9e, il y avait aussi l\u2019ind\u00e9pendance, il y avait un \u00c9tat, une R\u00e9publique. Elle a \u00e9t\u00e9 balay\u00e9e, massacr\u00e9e, \u00e9cras\u00e9e, mais elle existait. C\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019histoire de l\u2019Ukraine est marqu\u00e9e par une esp\u00e8ce de passage incessant. Et ce n\u2019est pas par hasard que l\u2019hymne ukrainien dit: \u00abL\u2019Ukraine n\u2019est pas encore morte\u00bb. Cela veut dire que l\u2019Ukraine conna\u00eet toujours ce cycle de la mort et de la renaissance.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et dans ce cercle permanent de la mort et de la renaissance, il y a toujours une place pour l\u2019amn\u00e9sie, parce que les g\u00e9n\u00e9rations oublient les souffrances travers\u00e9es. Timothy Snyder appelle ces terres <\/strong><strong><em>les Bloodlands<\/em><\/strong><strong>, les terres de sang. Tout cela est fondamental, parce qu\u2019on oublie trop souvent, et le travail de m\u00e9moire, de retour \u00e0 soi, de rejet du d\u00e9ni est aussi n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h4><strong>D\u2019o\u00f9 la question fondamentale : nous sommes \u00e0 un point de l\u2019histoire o\u00f9 rien n\u2019est garanti. Nous ne sommes pas s\u00fbrs de gagner cette guerre. Et pourtant, toi, tu es convaincu que, malgr\u00e9 tout, l\u2019Ukraine a aujourd\u2019hui une chance historique de rester debout, de ne pas oublier. Pourquoi es-tu tellement convaincu ?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Je suis convaincu parce que je vis parmi les Ukrainiens, parce que je vois la fa\u00e7on dont ils se battent et surtout la fa\u00e7on dont ils aiment leur d\u00e9mocratie. C\u2019est un amour tr\u00e8s concret, li\u00e9 \u00e0 des enjeux pr\u00e9cis. Je les trouve extraordinairement intelligents.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, pense aux derni\u00e8res manifestations lorsque l\u2019ind\u00e9pendance des agences anticorruption a \u00e9t\u00e9 remise en cause. Les Ukrainiens sont massivement descendus dans la rue, sans pour autant critiquer Zelensky, sans rompre le pacte d\u00e9mocratique qui est le leur. Cela m\u2019a frapp\u00e9, parce que je crois que nous avons tellement \u00e0 apprendre du g\u00e9nie d\u00e9mocratique ukrainien. La vieille Europe, si je puis dire &#8211; la France, l\u2019Espagne, l\u2019Italie, m\u00eame l\u2019Angleterre d\u2019une certaine mani\u00e8re &#8211; a tellement \u00e0 apprendre de ce g\u00e9nie d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n<p>Et je ne parle m\u00eame pas du courage, ni du courage militaire, ni des comp\u00e9tences strat\u00e9giques d\u2019une arm\u00e9e qui se bat parfois \u00e0 un contre trois, un contre cinq, et qui tient toujours. Cela suppose une qualit\u00e9 tactique exceptionnelle. Je pense que c\u2019est la meilleure arm\u00e9e d\u2019Europe, et c\u2019est quelque chose dont il faut prendre la mesure.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense la m\u00eame chose du g\u00e9nie d\u00e9mocratique ukrainien, que je suis bien incapable de trouver en Russie. Et cela, d\u2019une certaine mani\u00e8re, te remplit de confiance. M\u00eame si c\u2019est une trag\u00e9die, la libert\u00e9 va malheureusement souvent avec la trag\u00e9die. Mais c\u2019est aussi une forme de foi, inspir\u00e9e par la fr\u00e9quentation des soldats, et par la certitude toute simple que toutes les autocraties s\u2019effondrent, t\u00f4t ou tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Il en ira de Poutine comme du stalinisme, je n\u2019ai aucun doute l\u00e0-dessus. La seule question, et c\u2019est celle que nous partageons toujours avec les soldats, c\u2019est : combien de morts avant cela ? Est-ce que nous verrons cet effondrement de notre vivant ? Voil\u00e0 l\u2019interrogation.<\/p>\n\n\n\n<p>Car Poutine, lui, se donne encore beaucoup d\u2019ann\u00e9es au pouvoir. Il se voit tr\u00e8s bien rester des d\u00e9cennies. Mais il y a tout de m\u00eame cette extraordinaire le\u00e7on de l\u2019Europe : tous les despotismes finissent par tomber. Les d\u00e9mocraties, elles, ont leur propre faiblesse, \u00e0 commencer par le fait qu\u2019elles ne font la guerre que lorsqu\u2019elles sont le dos au mur. Elles ne savent jamais anticiper leurs ennemis.<\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9mocraties ne peuvent jamais aller de l\u2019avant, parce que sinon on les accuse d\u2019\u00eatre va-t-en-guerre. Mais les despotismes ont \u00e9videmment leur propre faiblesse interne, et je suis persuad\u00e9 qu\u2019il en ira de ce despotisme-l\u00e0 comme de l\u2019Union sovi\u00e9tique elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Il y a aussi cette absence de vision d\u2019avenir, typique de la Russie. On peut dire ce qu\u2019on veut, parler de la politique revancharde de Moscou, mais tout cela regarde vers le pass\u00e9. C\u2019est une vision h\u00e9t\u00e9roclite, faite de fragments du pass\u00e9 : Pierre le Grand, Staline, peu importe. Quand on \u00e9coute Poutine, quand on regarde Lavrov, par exemple, qui se d\u00e9place en Alaska avec un t-shirt affichant un slogan du pays qui n\u2019existe plus depuis quarante ans, qu\u2019est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu\u2019il n\u2019est pas capable d\u2019imaginer quelque chose de nouveau, d\u2019int\u00e9ressant, de s\u00e9duisant, autre qu\u2019une version recycl\u00e9e du pass\u00e9. Cette absence d\u2019imagination est frappante.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Il est \u00e9vident qu\u2019il y a un vide id\u00e9ologique du c\u00f4t\u00e9 russe. C\u2019est \u00e0 la fois un retour \u00e0 l\u2019imp\u00e9rialisme, une nostalgie de l\u2019URSS, un m\u00e9lange de choses formant une sorte d\u2019objet non identifi\u00e9. Mais si l\u2019on revient \u00e0 l\u2019essentiel, ce sont toujours des r\u00e9gimes o\u00f9 la libert\u00e9 d\u2019expression n\u2019existe pas, o\u00f9 l\u2019on n\u2019a pas le droit de critiquer sa propre guerre. C\u2019est tr\u00e8s ironique, quand les Europ\u00e9ens regardent Poutine comme une sorte de vrai pacifiste, alors que tous les autres seraient des va-t-en-guerre. Il ne ferait que \u00ab d\u00e9fendre son pays \u00bb. Mais en r\u00e9alit\u00e9, ceux qui sont v\u00e9ritablement pacifistes, anti-guerre en Russie, sont pers\u00e9cut\u00e9s. C\u2019est une h\u00e9r\u00e9sie totale.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces r\u00e9gimes-l\u00e0, et le r\u00e9gime de Poutine en particulier, rompent avec toutes les libert\u00e9s fondamentales de l\u2019\u00c9tat de droit : libert\u00e9 de la presse, ind\u00e9pendance de la justice, s\u00e9paration des pouvoirs, etc. M\u00eame si cet objet est un peu flou, on comprend bien qu\u2019il s\u2019agit toujours d\u2019un combat fondamental entre les d\u00e9mocraties, l\u2019\u00c9tat de droit \u2014 tels que ces concepts se sont construits au fil des si\u00e8cles, dans la douleur, en Europe \u2014 et des r\u00e9gimes autoritaires qui ont pour ennemi d\u00e9clar\u00e9 l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a l\u00e0 un combat civilisationnel, \u00e9vident et politique. Toutes les autocraties actuelles se solidarisent, se tiennent par la main, \u00e9changent des soldats, des compagnies, des bataillons, des armes, et d\u00e9signent comme ennemi unique ce qu\u2019elles appellent \u00abl\u2019Occident \u00bb, parfois plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00ab l\u2019Europe \u00bb. Et ce n\u2019est pas un hasard.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>En m\u00eame temps, la d\u00e9mocratie est tr\u00e8s menac\u00e9e. Si l\u2019on regarde simplement les chiffres: la population des pays vivant sous des r\u00e9gimes non d\u00e9mocratiques &#8211; la Chine, la Russie, l\u2019Iran, la Cor\u00e9e du Nord\u2026 On a quand m\u00eame l\u2019impression que les r\u00e9publiques europ\u00e9ennes &#8211; sans parler des \u00c9tats-Unis \u2014 sont assi\u00e9g\u00e9es, en quelque sorte, par cette foule de r\u00e9gimes qui sont devenus bien plus puissants qu\u2019il y a quelques d\u00e9cennies. C\u2019est cette fragilit\u00e9 qui ressort aussi.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Mais tout cela recoupe ce qu\u2019on a dit auparavant. Quand je dis qu\u2019on peut \u00eatre fier d\u2019avoir des ennemis, c\u2019est parce que, de toute fa\u00e7on, il y aura toujours des ennemis : la libert\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9, irritent un grand nombre de r\u00e9gimes imp\u00e9rialistes, de thanatocraties &#8211; ou plut\u00f4t de thanatocrates &#8211; et aussi des nihilistes ou des relativistes pour qui la d\u00e9mocratie n\u2019est qu\u2019un mot.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est quelque chose de r\u00e9voltant, quand on a la chance de pouvoir critiquer la guerre sans finir en prison. Par exemple, vous pouvez critiquer Macron et sa politique sans \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9 ; on ne peut pas faire la m\u00eame chose en Russie. Cela devrait suffire pour poser une nuance tr\u00e8s significative.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute d\u00e9mocratie, toute r\u00e9publique, aura toujours des ennemis. C\u2019est l\u00e0 que je critique le pacifisme europ\u00e9en de ma g\u00e9n\u00e9ration : il ne faut pas imaginer un monde sans ennemis. Notre devoir, c\u2019est de faire en sorte qu\u2019il existe une distinction entre la violence et la force, que la force soit mise au service de la libert\u00e9 et non pas au service d\u2019un gang, d\u2019oligarques ou d\u2019une folie religieuse. Il faut tenir cette distinction ; c\u2019est notre devoir en tant que r\u00e9publicains.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e que ce soit choquant d\u2019avoir des ennemis me semble critiquable. Les ennemis doivent s\u2019affaiblir avec le temps, et nous devons rester forts et solidaires face \u00e0 eux.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Tu es \u00e9crivain, \u00e9videmment tu as commenc\u00e9 \u00e0 parler avec des \u00e9crivains ukrainiens. Il ne fait aucun doute que, t\u00f4t ou tard, tu \u00e9criras sur l\u2019Ukraine. As-tu un projet en cours ? Si tu \u00e9crivais sur l\u2019Ukraine, ce serait quoi ?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. \u00c7a prend du temps, parce que la guerre est une chose tellement \u00e9norme, complexe et multidimensionnelle. Quand on va en Ukraine, on n\u2019a pas une conscience d\u2019op\u00e9ra : on ne conna\u00eet pas la multiplicit\u00e9 des th\u00e9\u00e2tres. On ne peut pas \u00eatre partout \u00e0 la fois ; on ne sait pas ce que signifie perdre un village plut\u00f4t qu\u2019un autre. On ne peut faire que des coupes. On peut faire un travail d\u2019investigation tr\u00e8s local, qui peut n\u00e9anmoins avoir une port\u00e9e plus large.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce que j\u2019ai mis du temps \u00e0 comprendre : o\u00f9 faut-il \u00eatre pour saisir cette guerre, m\u00eame si je sais que ma perception restera limit\u00e9e g\u00e9ographiquement, socialement, etc. Y a-t-il des situations \u00e0 la fois humaines et tactiques qui permettent de restituer la guerre dans son ensemble ? C\u2019\u00e9tait ma pr\u00e9occupation.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai toujours eu deux approches : une approche strictement humaine, pour comprendre comment la guerre est v\u00e9cue par les soldats en premi\u00e8re ligne ; et une approche tactique. On dit souvent que la v\u00e9rit\u00e9 est la premi\u00e8re victime de la guerre, mais je ne suis pas d\u2019accord. Il existe une v\u00e9rit\u00e9 tactique : si tu perds un village \u00e0 cause d\u2019une erreur tactique, cette erreur peut \u00eatre reconnue tant par celui qui a perdu que par celui qui a gagn\u00e9. Il y a une v\u00e9rit\u00e9 du tactique.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est quelque chose qui me pr\u00e9occupe beaucoup : comprendre comment les soldats se battent, parce que, finalement, c\u2019est ainsi qu\u2019on d\u00e9fend la libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc il y a un enjeu tactique que j\u2019essaie de restituer, et c\u2019est pour \u00e7a que j\u2019ai beaucoup d\u2019entretiens avec les soldats eux-m\u00eames. Quand je suis \u00e0 Soumy, je leur demande : \u00abMais alors, comment avez-vous tenu la ville ?\u00bb Et c\u2019est l\u00e0 que tout devient tr\u00e8s concret. C\u2019est parce qu\u2019il y a cette for\u00eat, parce que s\u2019ils arrivent jusque-l\u00e0, on a d\u00fb miner cette partie, et parfois ce sont des choses tellement mat\u00e9rielles que, pour moi, c\u2019est du ressort total de la litt\u00e9rature. C\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9crivain de d\u00e9crire ces d\u00e9tails, avec toujours la conscience que de cette bataille d\u00e9pendra si Soumy sera prise ou non, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 la fois une approche humaine, parce que je veux comprendre le v\u00e9cu des soldats, et en m\u00eame temps une approche tr\u00e8s tactique pour comprendre comment les gens se battent. Donc ce serait un livre sur comment cette guerre se d\u00e9roule du point de vue technique.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>C\u2019est rare de rencontrer un \u00e9crivain qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 cela, non pas \u00e0 ce qui se passe dans l\u2019\u00e2me des soldats et leurs convictions, mais \u00e0 cette technologie de combat.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Pourtant, si tu parles avec des soldats, les deux aspects se rejoignent tr\u00e8s vite. Je dois beaucoup \u00e0 un \u00e9crivain ukrainien, Yevhen Lir, qui est droniste \u00e0 Soumy et qui m\u2019a expliqu\u00e9 l\u2019enjeu tactique de la bataille \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 j\u2019y \u00e9tais. C\u2019est un \u00e9crivain extraordinairement courageux et dou\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu per\u00e7ois les deux choses simultan\u00e9ment : il te raconte ce qu\u2019il a v\u00e9cu, tu es en contact avec de l\u2019\u00e9motion pure parce que ce n\u2019est pas indiff\u00e9rent de risquer sa vie toutes les heures, et en m\u00eame temps il le fait pour d\u00e9fendre la partie du territoire dont il a la charge avec ses camarades. Les deux se rejoignent. \u00c7a para\u00eet un peu abstrait th\u00e9oriquement, mais en pratique, c\u2019est tout \u00e0 fait uni. C\u2019est l\u2019exp\u00e9rience m\u00eame du soldat : il a une mission, il est en charge d\u2019une t\u00e2che au sein d\u2019un groupe tactique. Lorsqu\u2019il m\u2019explique comment il fait cette chose, je comprends \u00e0 la fois son v\u00e9cu et l\u2019enjeu extraordinairement important qui est le sien.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui m\u2019int\u00e9resse, c\u2019est de partir du concept de libert\u00e9, tr\u00e8s abstrait, pour voir comment il s\u2019incarne de mani\u00e8re concr\u00e8te et mat\u00e9rielle dans des zones locales tr\u00e8s pr\u00e9cises.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 un titre provisoire pour ton prochain livre: \u00abComment l\u2019Ukraine a-t-elle gagn\u00e9 la guerre?\u00bb. Merci beaucoup pour cet entretien et pour ce que tu fais pour l\u2019Ukraine: en parlant \u00e0 nos soldats, \u00e0 nos po\u00e8tes et \u00e9crivains, en les traduisant et en les faisant d\u00e9couvrir au public francophone et anglophone. C\u2019est important pour que ce combat ne soit pas invisible.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment la litt\u00e9rature ukrainienne qui s\u2019\u00e9crit dans les tranch\u00e9es explique-t-elle la r\u00e9sistance&nbsp; du peuple?&nbsp; Pourquoi la connaissance du terrain est-elle si importante pour la compr\u00e9hension de la guerre? Nous en discutons avec David di Nota, \u00e9crivain, docteur en science politique. Depuis la grande invasion russe David passe la moiti\u00e9 de son temps en Ukraine, il [&hellip;] <a class=\"g1-link g1-link-more\" href=\"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-88\">Plus<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":345001,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"video","meta":[],"categories":[5871,625,5889],"tags":[34904,32703,32785,33044,7352,33081],"section":[744],"form":[31959],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v17.4 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Guerre et litt\u00e9rature - entretien avec David di Nota | UACRISIS.ORG<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=IBIRR2LitmU Comment la litt\u00e9rature ukrainienne qui s\u2019\u00e9crit dans les tranch\u00e9es explique-t-elle la r\u00e9sistance&nbsp; du | Uacrisis.org\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-88\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Guerre et litt\u00e9rature - entretien avec David di Nota | UACRISIS.ORG\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=IBIRR2LitmU Comment la litt\u00e9rature ukrainienne qui s\u2019\u00e9crit dans les tranch\u00e9es explique-t-elle la r\u00e9sistance&nbsp; du | Uacrisis.org\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-88\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Uacrisis.org\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/uacrisis\/\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2025-10-02T12:45:10+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2025-10-02T12:45:14+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/uacrisis.org\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/88.png\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1280\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"720\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:creator\" content=\"@uacrisis\" \/>\n<meta name=\"twitter:site\" content=\"@uacrisis\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"\u0414\u043c\u0438\u0442\u0440\u043e \u0412\u0430\u0441\u0438\u043b\u044c\u0454\u0432\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture est.\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"25 minutes\" \/>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Guerre et litt\u00e9rature - entretien avec David di Nota | UACRISIS.ORG","description":"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=IBIRR2LitmU Comment la litt\u00e9rature ukrainienne qui s\u2019\u00e9crit dans les tranch\u00e9es explique-t-elle la r\u00e9sistance&nbsp; du | Uacrisis.org","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-88","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Guerre et litt\u00e9rature - entretien avec David di Nota | UACRISIS.ORG","og_description":"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=IBIRR2LitmU Comment la litt\u00e9rature ukrainienne qui s\u2019\u00e9crit dans les tranch\u00e9es explique-t-elle la r\u00e9sistance&nbsp; du | Uacrisis.org","og_url":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-88","og_site_name":"Uacrisis.org","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/uacrisis\/","article_published_time":"2025-10-02T12:45:10+00:00","article_modified_time":"2025-10-02T12:45:14+00:00","og_image":[{"width":1280,"height":720,"url":"https:\/\/uacrisis.org\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/88.png","type":"image\/png"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_creator":"@uacrisis","twitter_site":"@uacrisis","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"\u0414\u043c\u0438\u0442\u0440\u043e \u0412\u0430\u0441\u0438\u043b\u044c\u0454\u0432","Dur\u00e9e de lecture est.":"25 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Organization","@id":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/#organization","name":"Ukraine crisis media center","url":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/","sameAs":["https:\/\/www.facebook.com\/uacrisis\/","http:\/\/youtube.com\/UACrisisMediaCenter","https:\/\/twitter.com\/uacrisis"],"logo":{"@type":"ImageObject","@id":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/#logo","inLanguage":"fr-FR","url":"https:\/\/uacrisis.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/header_logo-1.png","contentUrl":"https:\/\/uacrisis.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/header_logo-1.png","width":250,"height":90,"caption":"Ukraine crisis media center"},"image":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/#logo"}},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/#website","url":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/","name":"Uacrisis.org","description":"Ukraine crisis media center","publisher":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/#organization"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/?s={search_term_string}"},"query-input":"required name=search_term_string"}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"ImageObject","@id":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-88#primaryimage","inLanguage":"fr-FR","url":"https:\/\/uacrisis.org\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/88.png","contentUrl":"https:\/\/uacrisis.org\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/88.png","width":1280,"height":720},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-88#webpage","url":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-88","name":"Guerre et litt\u00e9rature - entretien avec David di Nota | UACRISIS.ORG","isPartOf":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-88#primaryimage"},"datePublished":"2025-10-02T12:45:10+00:00","dateModified":"2025-10-02T12:45:14+00:00","description":"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=IBIRR2LitmU Comment la litt\u00e9rature ukrainienne qui s\u2019\u00e9crit dans les tranch\u00e9es explique-t-elle la r\u00e9sistance&nbsp; du | Uacrisis.org","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-88#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-88"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-88#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"\u0413\u043b\u0430\u0432\u043d\u0430\u044f \u0441\u0442\u0440\u0430\u043d\u0438\u0446\u0430","item":"https:\/\/uacrisis.org\/fr"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Guerre et litt\u00e9rature &#8211; entretien avec David di Nota"}]},{"@type":"Article","@id":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-88#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-88#webpage"},"author":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/#\/schema\/person\/1a3a3a8e26023caf8adb4e015be5b695"},"headline":"Guerre et litt\u00e9rature &#8211; entretien avec David di Nota","datePublished":"2025-10-02T12:45:10+00:00","dateModified":"2025-10-02T12:45:14+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-88#webpage"},"wordCount":6495,"publisher":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/#organization"},"image":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-88#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/uacrisis.org\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/88.png","keywords":["culture","\u00eatre r\u00e9silient","guerre","UCMC","Ukraine","Ukraine en flammes"],"articleSection":["Culture","la s\u00e9curit\u00e9","La soci\u00e9t\u00e9"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/#\/schema\/person\/1a3a3a8e26023caf8adb4e015be5b695","name":"\u0414\u043c\u0438\u0442\u0440\u043e \u0412\u0430\u0441\u0438\u043b\u044c\u0454\u0432"}]}},"wps_subtitle":"","amp_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/345000"}],"collection":[{"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=345000"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/345000\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":345007,"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/345000\/revisions\/345007"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/345001"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=345000"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=345000"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=345000"},{"taxonomy":"section","embeddable":true,"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/section?post=345000"},{"taxonomy":"form","embeddable":true,"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/form?post=345000"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}