{"id":346911,"date":"2025-10-30T14:29:16","date_gmt":"2025-10-30T12:29:16","guid":{"rendered":"https:\/\/uacrisis.org\/?p=346911"},"modified":"2025-10-30T14:33:38","modified_gmt":"2025-10-30T12:33:38","slug":"ukraine-en-flammes-90","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-90","title":{"rendered":"L\u2019amour en temps de guerre &#8211; entretien avec Maryna Kumeda"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p><em>Quelle est la place de l\u2019amour pendant la guerre? Comment la guerre change-t-elle les relations entre les sexes? Quelle place \u00e0 la solitude dans un monde qui bascule?&nbsp; Nous en discutons avec&nbsp; <a href=\"https:\/\/ua.linkedin.com\/in\/marynakumeda\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Maryna Kumeda<\/a>, \u00e9crivaine, auteure de \u201c<a href=\"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-face-a-la-guerre-36\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Journal d\u2019une ukrainienne<\/a>\u201d (2023). Son deuxi\u00e8me livre \u201cL\u2019Amour en temps de guerre\u201d sort en novembre 2025, aux \u00e9ditions de l\u2019Aube.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Marina, tu es \u00e9crivaine et journaliste. Aujourd&#8217;hui, tu sors ton deuxi\u00e8me livre en fran\u00e7ais sur l&#8217;amour. Ma premi\u00e8re question\u202f: pourquoi l&#8217;amour\u202f?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Pourquoi l&#8217;amour\u202f? Parce que la premi\u00e8re fois que je suis retourn\u00e9e \u00e0 Kyiv en avril 2023 pour mon projet de film documentaire, je cherchais l&#8217;angle sous lequel je pouvais raconter la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis all\u00e9e un peu partout, participer \u00e0 un iftar du Ramadan qui se terminait \u00e0 Kyiv, dans des lieux culturels \u00e0 Sumy, \u00e0 Kyiv, et sur des applications de rencontre. Puis je parlais avec des amis de leur vie. Alors \u00e9videmment, tout le monde racontait son 24 f\u00e9vrier. C&#8217;\u00e9tait encore tr\u00e8s frais, on va dire, et on sentait le besoin de le raconter. Mais on parlait aussi beaucoup de la vie et notamment de la recherche de l&#8217;amour.<\/p>\n\n\n\n<p>Moi aussi je suis all\u00e9e sur des sites de rencontre pour regarder un peu comment \u00e7a se passe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Il faut dire que tu es c\u00e9libataire, que tu \u00e9tais mari\u00e9e, divorc\u00e9e en France, et tu es venue en Ukraine d\u00e9j\u00e0 comme c\u00e9libataire. Donc tu avais tout int\u00e9r\u00eat d&#8217;aller dans les sites de rencontre.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Tout \u00e0 fait. Donc il y avait aussi cette curiosit\u00e9\u202f: qu&#8217;est-ce qu&#8217;un homme ukrainien, que je n&#8217;ai pas fr\u00e9quent\u00e9 en tant que femme depuis 17 ans\u202f? Et aussi comment \u00e7a se passe en Ukraine\u202f? \u00c0 l&#8217;\u00e9poque, j&#8217;ai vu un film de Pasolini sur l&#8217;Italie post-guerre qui explorait aussi cette question d&#8217;amour dans les ann\u00e9es 1950 en Italie. Et je me posais la question si ce n&#8217;\u00e9tait pas un angle sur lequel raconter la guerre, sous cet angle plus humain.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce th\u00e8me n&#8217;est pas entr\u00e9 directement dans le film. En revanche, \u00e7a a donn\u00e9 lieu \u00e0 toute une s\u00e9rie d&#8217;histoires que malgr\u00e9 moi j&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 un peu consigner, \u00e0 recueillir. Les histoires ont commenc\u00e9 \u00e0 venir \u00e0 moi. Des papiers journalistiques o\u00f9 j&#8217;accompagnais d&#8217;autres ou que j&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire moi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis \u00e0 un moment, je r\u00e9fl\u00e9chissais \u00e0 un autre projet du livre. J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 prise en r\u00e9sidence litt\u00e9raire \u00e0 Kharkiv. Puis j&#8217;ai partag\u00e9 avec mon \u00e9diteur fran\u00e7ais les deux projets, celui sur l&#8217;amour et un autre. Et il a dit\u202f: &#8220;Mais en fait, allons-y. L&#8217;amour en temps de guerre, c&#8217;est un projet merveilleux et l\u00e0-dedans, vous pourrez peut-\u00eatre aussi raconter d&#8217;autres choses&#8221; qui a \u00e9t\u00e9 pl\u00e9biscit\u00e9 par l&#8217;\u00e9diteur.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Kharkiv, rappelons \u00e0 nos lecteurs, c&#8217;est une ville \u00e0 40 km de la fronti\u00e8re russe, une ville qui souffre \u00e9videmment de bombardements tr\u00e8s fr\u00e9quents par des missiles mais r\u00e9cemment aussi par des drones russes. Et donc c&#8217;est une ville o\u00f9 il y a cette r\u00e9sidence litt\u00e9raire du mus\u00e9e litt\u00e9raire qui est une communaut\u00e9 absolument incroyable, mais c&#8217;est une vie tr\u00e8s p\u00e9rilleuse. \u00catre en r\u00e9sidence litt\u00e9raire sous les bombes, ce n&#8217;est d\u00e9j\u00e0 pas banal.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Et puis c&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;on peut facilement imaginer cette intensit\u00e9 de la vie de Kharkiv qui t&#8217;a fait penser \u00e0 l&#8217;amour.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>En fait, quand on parle de la guerre, la guerre, \u00e7a veut dire tout de suite la mort, \u00e7a veut dire tout de suite la disparition, \u00e7a veut dire tout de suite la trag\u00e9die. C&#8217;est \u00e7a la r\u00e9alit\u00e9, la mati\u00e8re m\u00eame de la guerre. \u00c9videmment, il y a un paradoxe dans le titre m\u00eame, L&#8217;amour pendant la guerre.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Si on te demandait comme \u00e7a de raconter la diff\u00e9rence fondamentale entre l&#8217;amour avant la guerre, l&#8217;amour sans guerre, l&#8217;amour en paix et l&#8217;amour en guerre, est-ce qu&#8217;il y a quelque chose de diff\u00e9rent\u202f?&nbsp;<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Il y a peut-\u00eatre d&#8217;autres choses qui ressortent souvent de la bouche des personnes qui m&#8217;ont racont\u00e9 leurs histoires mais je pense qu\u2019il distinguent surtout ce temps tr\u00e8s, tr\u00e8s sp\u00e9cial,&nbsp; la densit\u00e9 du temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps,&nbsp; il est tr\u00e8s dense, il est d\u00e9coup\u00e9 au couteau. Il passe tr\u00e8s vite et, comme disait l\u2019illustrateur du livre, l\u2019artiste Konstantin Zorkine, le temps est ancr\u00e9 dans le pr\u00e9sent puisque il n\u2019y a pas de futur. On ne peut pas envisager le futur. \u00c0 partir de l\u00e0, on perd aussi le lien avec le pass\u00e9, et tout \u00e7a rompt toute la construction.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est revenu \u00e0 plusieurs reprises de la part des personnes que j\u2019interviewais\u202f: \u00e7a pr\u00e9cipite parfois beaucoup les d\u00e9cisions. \u00c7a nous pousse parfois \u00e0 faire des choses qui prendraient des ann\u00e9es, des semaines, des mois dans une vie normale, puisque l\u2019on vit avec cette sensation de peut-\u00eatre ne pas se r\u00e9veiller demain matin. Alors \u00e0 quoi bon attendre\u202f?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais tout en se pr\u00e9cipitant dans ces d\u00e9cisions de vie, ces d\u00e9cisions un peu cruciales, significatives, \u00e7a nous ram\u00e8ne aussi \u00e0 ce qui est le plus important en ce temps qui, du coup, n\u2019a pas de pass\u00e9, n\u2019a pas d\u2019avenir, mais qui nous ram\u00e8ne \u00e0 nous-m\u00eames peut-\u00eatre aussi. Je citais une journaliste, une \u00e9crivaine, qui disait que la guerre en Ukraine, c\u2019est aussi le retour \u00e0 soi-m\u00eame, enfin le chemin vers soi-m\u00eame autant que possible. C\u2019est peut-\u00eatre \u00e7a aussi qu\u2019on voit beaucoup dans ces t\u00e9moignages.<\/p>\n\n\n\n<p>Si aujourd\u2019hui je dois d\u00e9cider\u202f: faire une proposition \u00e0 cette femme ou pas, utiliser ses embryons faits en FIV avec un mari qui est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 au front ou pas\u2026 Je reviens \u00e0 ce qui est le plus important pour moi, ce qu\u2019il a toujours \u00e9t\u00e9, et je prends cette d\u00e9cision beaucoup plus vite, en m\u2019appuyant vraiment sur ce qui est le plus profond.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>La guerre, c\u2019est donc comme un pr\u00e9sent \u00e9ternel. C\u2019est aujourd\u2019hui ou peut-\u00eatre jamais. Je me rappelle un \u00e9pisode dans ton livre, que les militaires pendant la guerre ont le droit de se marier en une journ\u00e9e.&nbsp;<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>M\u00eame en 2 heures, il peut se pr\u00e9senter dans un centre d\u2019enregistrement civil, d\u00e9poser la demande et \u00eatre mari\u00e9 dans les 2 heures qui viennent.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a cette histoire de mariage qui \u00e9tait organis\u00e9e en 2 jours. Il y a cette femme militaire et cet homme qui est aussi militaire, ils ne sont pas dans la m\u00eame brigade, ni dans la m\u00eame ville, ni dans le m\u00eame secteur du front. Ils se croisent et apr\u00e8s ils ont 2 jours pour acheter la robe de mariage, penser \u00e0 ceci, \u00e0 cela, organiser d\u00e9j\u00e0 cette esp\u00e8ce de f\u00eate, et puis signer les papiers pour devenir mari et femme.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela d\u00e9montre cette intensit\u00e9 de temps, donc c\u2019est le pr\u00e9sent \u00e9ternel parce que justement c\u2019est l\u00e0 que se retrouvent la mort et l\u2019amour. En pr\u00e9sence de la mort imminente, qui peut \u00eatre vraiment tr\u00e8s rapide, l\u2019amour devient plus actif et plus impatient. Peut-\u00eatre c\u2019est dans cet amour qu\u2019on cherche un peu cette transcendance, la vie \u00e9ternelle, comme disait un de ses interview\u00e9s, et c\u2019est ce qu\u2019on recherche peut-\u00eatre encore plus en \u00e9tant confront\u00e9 \u00e0 la mort quotidiennement.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est malheureusement aussi ce qui est le plus difficile \u00e0 trouver quand on est un soldat sur la ligne de front, entour\u00e9 principalement d\u2019hommes dans ces villes et villages qui longent la ligne de front.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Et l\u00e0, expliquons \u00e0 nos lecteurs que le livre est compos\u00e9 de la sorte: proposer au lecteur une multitude d\u2019histoires personnelles. On comprend tout de suite, d\u00e8s la premi\u00e8re page, que derri\u00e8re tout cela, il y a des dizaines, peut-\u00eatre des centaines d\u2019heures de conversation.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Ce n\u2019est pas un r\u00e9cit personnel, ce n\u2019est pas un r\u00e9cit bas\u00e9 uniquement sur ce que tu as entendu dans ton cercle, mais c\u2019est le fruit de voyages, tout \u00e0 fait, sur les lignes du front mais aussi \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays, partout. Tu organises des interviews avec des gens ordinaires, des citoyens qui te parlent de l\u2019amour. Donc ils sont combien\u202f?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai pas fait de calculs, mais on peut dire quelques dizaines. M\u00eame plus, je pense qu\u2019il y a peut-\u00eatre une quarantaine d\u2019histoires qui font partie du livre de mani\u00e8re plus ou moins d\u00e9velopp\u00e9e. Certains, je ne fais que les citer. Au total, je pense avoir recueilli une soixantaine d\u2019entretiens et \u00e9videmment certaines \u00e9taient des entrevues de 20 minutes avec un soldat qui \u00e9tait entre deux missions et qui voulait absolument me raconter son histoire, et puis d\u2019autres, ce sont des discussions autour d\u2019un verre, un, deux ou trois, avec des amis, le lendemain du jour de l\u2019An, o\u00f9 ils me partageaient leur histoire \u00e0 travers les fronti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Et effectivement, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s inspir\u00e9e depuis de nombreuses ann\u00e9es par le travail de Svetlana Aleksievich et la mani\u00e8re dont elle donne la parole aux gens. Alors, elle est beaucoup moins pr\u00e9sente dans ce livre \u00e9videmment que moi. La partie principale pour ce livre, c\u2019est d\u2019avoir ce fil conducteur\u202f: moi qui me d\u00e9place dans le pays, qui le d\u00e9couvre en quelque sorte et qui d\u00e9couvre la mani\u00e8re dont on s\u2019aime aussi en temps de guerre, avec quand m\u00eame quelques personnes.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis surtout, dans le livre, il y a aussi des personnes qui me sont proches, et je pense que c\u2019est aussi cette complicit\u00e9 qui a fait qu\u2019on m\u2019a racont\u00e9 ces histoires. Je pense notamment \u00e0 cet ami d\u2019enfance qui raconte ses recherches, ses interrogations sur l\u2019amour, alors qu\u2019il est p\u00e8re de famille avec deux enfants.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>On voit en fait la diversit\u00e9, toute la diversit\u00e9 de ph\u00e9nom\u00e8nes, puisque dans ce livre on trouve des jeunes \u2014 pas parce qu\u2019on imagine facilement des adolescents, des jeunes gens \u2014 mais en fait, dans ton livre, on voit une multitude d\u2019histoires\u202f: des jeunes, des tr\u00e8s \u00e2g\u00e9s, des plus vieux, moins vieux, mais tout \u00e2ge confondu. On trouve des couples h\u00e9t\u00e9rosexuels, mais on trouve tout aussi bien des histoires homosexuelles, hommes et femmes.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019au final, on a une esp\u00e8ce de tableau, je ne dirais pas exhaustif \u2014 aucun livre ne peut \u00eatre exhaustif \u2014 mais un tableau assez complet et tr\u00e8s diversifi\u00e9 de ce ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019amour pendant la guerre. Il n\u2019y a pas de vision unique, et ce qui \u00e9tonne le lecteur, c\u2019est que quand on dit \u201cguerre et amour\u201d, on pense tout de suite \u00e0 une version plus homog\u00e8ne de l\u2019amour.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Et dans ce qu\u2019on d\u00e9couvre dans ton livre, c\u2019est que tu te laisses guider par la r\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame, un peu tr\u00e8s diverse, peut-\u00eatre trop diverse et pas du tout id\u00e9ologique.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Effectivement, je ne cherchais pas \u00e0 \u00eatre exhaustive, m\u00eame si c\u2019\u00e9tait important pour moi d\u2019avoir aussi entendu les histoires des jeunes, comment on s\u2019aime aujourd\u2019hui quand on a 18 ans. Il y a cette histoire d\u2019un couple qui s\u2019est rencontr\u00e9 suite \u00e0 un accident de route et qui annonce leur mariage presque comme un jeu, presque comme un d\u00e9fi. \u201cAllez, tu veux qu\u2019on se marie\u202f?\u201d \u201cBah oui, pourquoi pas\u202f?\u201d Et puis ils s\u2019offrent des jouets d\u2019enfants. Enfin, c\u2019est en tout cas comme \u00e7a que je l\u2019aper\u00e7ois.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis ce couple se d\u00e9place dans la banlieue d\u2019Izyum de plus loin, d\u2019un village qui est aujourd\u2019hui occup\u00e9, et qui, d\u2019un coup, quand on leur pose la question sur l\u2019amour, se souvient de leur rencontre il y a 45 ans et redevient un peu ces enfants-l\u00e0. Ils racontent\u202f: \u201cOn s\u2019est rencontr\u00e9, un mariage, ce n\u2019\u00e9tait pas le n\u00f4tre.\u201d Et puis on sait ce que l\u2019autre pense, parfois il n\u2019a m\u00eame pas besoin de le dire.<\/p>\n\n\n\n<p>On retrouve aussi ce c\u00f4t\u00e9 enfants en eux. Il y a aussi quelques histoires tristes, m\u00eame beaucoup. Il y a des histoires de deuil, notamment la derni\u00e8re, et c\u2019est une personne qui vit ce deuil depuis un an.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a une histoire de renaissance aussi, en quelque sorte, o\u00f9 cette femme a d\u00e9cid\u00e9 de faire une FIV au moment o\u00f9 son mari venait d\u2019\u00eatre tu\u00e9 au front. Elle l\u2019a fait alors m\u00eame en contournant quelques r\u00e8gles administratives.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais comme elle le dit, c\u2019est ce qui m\u2019a maintenue en vie et c\u2019est pour moi l\u2019expression ultime de mon amour et de notre amour. Puisque c\u2019est lui, il a tant voulu cet enfant, il a tout fait pendant quelques ann\u00e9es pour qu\u2019on puisse avoir cet enfant. Et effectivement, j\u2019ai rencontr\u00e9 cet enfant, cet enfant a les yeux de son p\u00e8re quand on regarde les photos.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont des histoires tr\u00e8s, tr\u00e8s tristes, tr\u00e8s tragiques, mais il y a tellement d\u2019amour quand ces personnes les racontent que pour moi, finalement, ce sont des histoires qui apportent un espoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense aussi \u00e0 cet homme, un policier \u00e0 Slovyansk, un grand gaillard tatou\u00e9, impressionnant, qui me dit qu\u2019il a envoy\u00e9 sa femme et ses deux enfants \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Et c\u2019\u00e9tait \u00e0 son initiative, parce qu\u2019il n\u2019avait pas envie de se retrouver sans enfants. Alors sa femme a fini par trouver un homme en Pologne. Il l\u2019a perdue. \u00c7a s\u2019est pass\u00e9 \u00e0 l\u2019amiable, leur s\u00e9paration. Et puis il dit\u202f: &#8220;Je ne regrette pas d\u2019avoir perdu ma femme, parce que la vie de mes enfants est plus importante&#8221;, et de la m\u00eame mani\u00e8re, j\u2019y trouve aussi, j\u2019entends dans ses mots, beaucoup d\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>C\u2019est tr\u00e8s touchant cette histoire. En lisant ce livre, il y a toujours cette question\u202f: comment\u202f? Parce que c\u2019est un livre documentaire. C\u2019est un livre o\u00f9 rien n\u2019est invent\u00e9, rien n\u2019est imagin\u00e9. Tout est le fruit de la documentation, de la conversation avec des gens r\u00e9els, qui pour la plupart ne parlent pas de l\u2019amour tous les jours, parce que ce ne sont pas des professionnels de l\u2019amour. Ce sont des gens qui ont tout un tas de professions diff\u00e9rentes.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Comment tu les abordes\u202f? Comment proposes-tu\u202f: &#8220;Voil\u00e0, je vous propose une interview sur l\u2019amour\u202f?&#8221; Comment faire en sorte que la personne raconte des choses importantes, profondes, significatives?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Je dirais m\u00eame que j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 interroger des gens dont ce n\u2019est pas le m\u00e9tier de parler ou de raconter des histoires, puisque l\u2019on en parle d\u2019une autre mani\u00e8re. M\u00eame s\u2019il y a deux journalistes, il y a&nbsp; un artiste. \u00c7a se passait de mani\u00e8re tr\u00e8s diff\u00e9rente d\u2019une interview \u00e0 l\u2019autre. Lors de mon voyage pr\u00e8s de la ligne de front, j\u2019annon\u00e7ais que je venais \u00e0 la recherche d\u2019histoire d\u2019amour, de solitude ou de s\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pr\u00e9cisais bien \u201camour sous l\u2019angle de la s\u00e9paration\u201d, puisque quand tu annonces le th\u00e8me de l\u2019amour, \u00e7a attriste aussi beaucoup les gens. Beaucoup ressentent plus la solitude au quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les faire vraiment parler d&#8217;amour, il faut passer par quelques \u00e9tapes. Par exemple, on \u00e9tait \u00e0 Kramatorsk il y a un an et demi pour un papier journalistique sur les pratiques sexuelles des militaires au front. Je me souviens d\u2019une association qui travaille avec des travailleuses du sexe, qui nous disait\u202f: &#8220;Ce n\u2019est pas d\u2019actualit\u00e9, il y a des choses bien plus importantes&#8221;.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, c\u2019est tout le contraire que je n\u2019arr\u00eatais pas d\u2019entendre de la part des militaires, des habitants et m\u00eame d\u2019une autre association qui a finalement accept\u00e9 de nous parler et qui disait\u202f: &#8220;Mais au contraire&#8221;, comme disait ce militaire, qui est public et en parle ouvertement, &#8220;nous sommes des gens ordinaires, simplement qui faisons quelque chose d\u2019assez extraordinaire aux yeux de la population, puisque l\u2019on risque notre vie.&#8221;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette h\u00e9ro\u00efsation du militaire fait penser qu\u2019un militaire n\u2019aurait pas le droit non plus au plaisir, \u00e0 l\u2019amour, \u00e0 la luxure etc.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La recherche d\u2019histoires d\u2019amour ou de solitude recueillait un tr\u00e8s bon accueil, et je trouvais tr\u00e8s facilement des histoires. On continuait \u00e0 m\u2019\u00e9crire, et certaines personnes avec qui on n\u2019avait pas eu le temps de se voir sur la ligne de front me contactaient des semaines apr\u00e8s en disant\u202f: &#8220;Je suis de passage \u00e0 Kyiv, est-ce qu\u2019on peut se voir\u202f? J\u2019ai une histoire \u00e0 raconter&#8221;.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est-\u00e0-dire que c\u2019est un sujet vivant, qui int\u00e9resse les gens, si on le pr\u00e9sente bien. Un sujet sur l\u2019amour, parce que ce n\u2019est pas donn\u00e9 \u00e0 chacun d\u2019avoir une histoire \u00e0 raconter. Par contre, si tu poses la question &#8220;solitude pendant la guerre&#8221;, il y a \u00e9videmment un paradoxe, parce que la guerre, \u00e7a veut dire que tu es toujours dans un collectif. Si tu es encadr\u00e9, \u00e7a veut dire que tu es toujours avec quelqu\u2019un, jamais seul.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a toujours ce manque d\u2019espace priv\u00e9, parce que toujours avec les autres, mais ce sont des personnes de ton sexe pour la plupart\u202f: les hommes avec les hommes, parfois les femmes, mais c\u2019est quand m\u00eame s\u00e9par\u00e9. Donc \u00e7a peut \u00eatre difficile, \u00e7a donne \u00e0 la fois le manque de solitude, le manque d\u2019espace priv\u00e9, mais \u00e0 la fois beaucoup de solitude, parce que soit ce sont des relations derri\u00e8re, soit il n\u2019y a pas de relation.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu as par exemple l\u2019\u00e2ge de pouvoir faire des rencontres, mais tu ne peux pas, parce que tu es dans les tranch\u00e9es. Tu peux le faire seulement en permission, mais les femmes te voient comme militaire.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Tu parles beaucoup de ce ph\u00e9nom\u00e8ne dans ton livre. Pourquoi les femmes \u00e0 l\u2019arri\u00e8re ne veulent-elles pas toujours, en tout cas, voir des militaires ou \u00eatre ensemble avec des militaires\u202f?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Le sentiment de solitude et le besoin de ce contact sur un autre sujet que le militaire, ou de parler \u00e0 une femme ou \u00e0 une autre personne qui peut t\u2019\u00e9couter et te comprendre, revient plusieurs fois. Ihor, qui est homosexuel et que je connais depuis un an et que j\u2019ai interview\u00e9e, me le disait\u202f: &#8220;Je ne peux pas en parler \u00e0 ma famille, je ne peux pas en parler dans mon unit\u00e9, mais parfois c\u2019est plus facile d\u2019en parler \u00e0 un inconnu&#8221;.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame histoire avec Ruslan, qui me raconte ses suspicions de la tromperie de sa femme, et il est tr\u00e8s content de juste partager un caf\u00e9 avec quelqu\u2019un. Il me montre ses ustensiles de p\u00eache, qui est son activit\u00e9 pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, et il me dit qu\u2019il ne cherche absolument rien sur des sites de rencontre.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis beaucoup d\u2019hommes se plaignent de la mani\u00e8re dont on les traite quand ils sont militaires sur ces m\u00eames applications de rencontre, puisqu\u2019ils peuvent voir des sollicitations pour un peu d\u2019argent, et puis ils en donnent aussi. Plusieurs m\u2019ont racont\u00e9 comment, sur ces applications, ils c\u00e8dent assez rapidement \u00e0 des demandes d\u2019argent. Ils font des virements, puis sur la ligne de front, beaucoup ont des bonus li\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9sence sur le point z\u00e9ro, ce qu\u2019on appelle la ligne de combat. Donc ils ont une grosse capacit\u00e9 d\u2019achat par rapport au reste de la population.<\/p>\n\n\n\n<p>La population locale pr\u00e8s des lignes de front a aussi perdu beaucoup d\u2019emplois et de moyens de g\u00e9n\u00e9rer des revenus, donc il y a un peu de cod\u00e9pendance. On peut leur demander de l\u2019argent, mais certaines femmes refusent aussi de voir des militaires, puisqu\u2019elles ne sont pas pr\u00eates \u00e0 vivre un danger potentiel.<\/p>\n\n\n\n<p>Notamment, on l\u2019entend souvent quand il s\u2019agit des fantassins, des soldats qui participent \u00e0 l\u2019assaut, puisque ce sont ceux dont la mortalit\u00e9 est plus \u00e9lev\u00e9e que dans d\u2019autres sp\u00e9cialit\u00e9s de l\u2019arm\u00e9e. Mais c\u2019est aussi faux, puisque beaucoup de femmes ont au contraire une sensibilit\u00e9 envers un homme engag\u00e9 dans le destin de son pays.<\/p>\n\n\n\n<p>On le voit dans le livre avec l\u2019histoire de la militaire Svitlana, qui a quitt\u00e9 son mari. \u00c0 la question un peu existentielle\u202f: &#8220;Qui d\u2019entre nous deux va dans l\u2019arm\u00e9e\u202f?&#8221; \u2014 puisque l\u2019un devait y aller. Son mari a refus\u00e9, alors qu\u2019il \u00e9tait officier, avec sa sp\u00e9cialit\u00e9 en t\u00e9l\u00e9communications. Elle s\u2019est engag\u00e9e, et elle l\u2019a quitt\u00e9. Il est le tuteur l\u00e9gal de leur fille, donc il n\u2019ira jamais dans l\u2019arm\u00e9e maintenant, sauf s\u2019il le d\u00e9cide volontairement.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle me dit\u202f: &#8220;Moi, c\u2019est hors de question. Je n\u2019imagine pas ma vie avec une autre personne qu\u2019un militaire.&#8221; D\u2019ailleurs, c\u2019est un militaire qui me l\u2019a pr\u00e9sent\u00e9e. Avec qui elle a une histoire, il m\u2019a dit qu\u2019il m\u2019appellerait apr\u00e8s l\u2019entretien pour savoir si elle voulait toujours une relation avec lui, ce qui m\u2019a beaucoup fait rire.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>C\u2019est cette dame qui aimait les hommes tatou\u00e9s.&nbsp;<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Oui, c\u2019est elle. Elle m\u2019a montr\u00e9 leurs tatouages qu\u2019ils ont faits ensemble et m\u2019a \u00e9crit quelques jours plus tard, en disant\u202f: &#8220;Quelque chose s\u2019est pass\u00e9, nous sommes \u00e0 nouveau ensemble&#8221;, et elle continue \u00e0 m\u2019envoyer leurs photos. Voil\u00e0. C\u2019est une personne qui ne s\u2019imagine pas avec un autre homme qu\u2019un militaire, puisque pour elle, cet engagement est important.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre personne, qui vient du territoire occup\u00e9, a racont\u00e9 la m\u00eame chose apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir tent\u00e9 plusieurs histoires avec quelqu\u2019un revenu de captivit\u00e9, ensuite quelqu\u2019un qui se cachait de la mobilisation, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 dans notre contexte de guerre, elle a fini par rencontrer, pr\u00e8s de Kyiv, un militaire avec lequel elle vit aujourd\u2019hui \u00e0 Kyiv. Elle fait cette r\u00e9flexion\u202f: elle ne s\u2019imagine pas avec quelqu\u2019un qui se sent d\u00e9tach\u00e9 du destin du pays. Et j\u2019avoue que je partage tout \u00e0 fait son point de vue. Je l\u2019ai constat\u00e9 moi-m\u00eame\u202f: il est difficile de ne pas poser, sans le vouloir, des filtres de lecture sur un homme en Ukraine\u2026 celui qui est en arri\u00e8re-pays, pourquoi\u202f?<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a donc beaucoup de femmes qui choisissent des hommes engag\u00e9s dans le destin de leur pays. Cette image de quelqu\u2019un qui n\u2019est pas indiff\u00e9rent parle naturellement plus aux femmes, on pourrait l\u2019imaginer, mais on peut aussi imaginer la situation inverse\u202f: quand par exemple, la femme adopte une attitude d\u2019\u00e9vitement. Il est logique que certaines femmes ne soient pas pr\u00eates \u00e0 s\u2019engager dans une relation longue, car elles comprennent qu\u2019elles pourraient \u00eatre seules, \u00e9ventuellement avec des enfants.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Dans ce tableau tr\u00e8s divers que tu dresses, il y a \u00e9galement le th\u00e8me de l\u2019homosexualit\u00e9. C\u2019est un sujet, je dirais, pas totalement tabou, mais encore sensible, surtout dans l\u2019arm\u00e9e. J\u2019ai d\u00e9couvert dans ton livre l\u2019histoire de ce gar\u00e7on dans l\u2019arm\u00e9e qui avait une histoire d\u2019amour avec un autre homme, ce dernier \u00e9tant bien en arri\u00e8re. Quelle place pour l\u2019homosexualit\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e ukrainienne\u202f?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>&nbsp;C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne en pleine mutation, que ce soit dans la soci\u00e9t\u00e9 ukrainienne ou dans l\u2019arm\u00e9e. Il y a deux ans, un projet de loi a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 pour l\u00e9galiser l\u2019union civile, \u00e9quivalent du PACS fran\u00e7ais, notamment \u00e0 cause de la pr\u00e9sence importante de personnes homosexuelles dans l\u2019arm\u00e9e, port\u00e9 par Inna Sovsun, partenaire d\u2019un militaire au front. Elle d\u00e9fend les droits des personnes LGBTQI et porte aussi d\u2019autres lois progressistes en Ukraine.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a environ 1 500 militaires homosexuels ayant fait leur coming out, mais beaucoup n\u2019en ont pas parl\u00e9. Igor, que j\u2019ai interview\u00e9, en fait partie\u202f: il n\u2019est absolument pas ouvert dans son unit\u00e9 et m\u2019a confi\u00e9 qu\u2019il est convaincu que si son homosexualit\u00e9 \u00e9tait connue, on l\u2019enverrait en assaut. Il est persuad\u00e9 que l\u2019arm\u00e9e envoie parfois des gens en mission pour bien moins que cela.<\/p>\n\n\n\n<p>En m\u00eame temps, une amie r\u00e9alise un film sur deux homosexuels dans l\u2019arm\u00e9e. C\u2019est donc une r\u00e9alit\u00e9 qui \u00e9volue, avec des expressions tr\u00e8s diff\u00e9rentes selon les unit\u00e9s et les groupes\u202f: dans les brigades plus jeunes et modernes, cela ne pose pas de probl\u00e8me, tandis que dans d\u2019autres, cela peut donner lieu \u00e0 de l\u2019homophobie ouverte.<\/p>\n\n\n\n<p>On retrouve une situation similaire avec la pr\u00e9sence des femmes\u202f: certaines unit\u00e9s ont des femmes commandantes et dans des postes de combat, d\u2019autres restreignent leur r\u00f4le \u00e0 des m\u00e9tiers logistiques ou m\u00e9dicaux.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>La derni\u00e8re question. Quel \u00e9tait ton sentiment apr\u00e8s avoir parcouru autant d\u2019histoires et de destins\u202f? Plus de 60 histoires\u2026 On peut imaginer que tu restes en contact avec certaines de ces personnes, qui t\u2019ont ouvert leur \u00e2me.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Je suis tr\u00e8s reconnaissante \u00e0 toutes ces personnes qui se sont ouvertes \u00e0 moi. Ce sont des histoires tr\u00e8s personnelles, parfois tr\u00e8s douloureuses. Je me sens tr\u00e8s enrichie de les avoir entendues. Beaucoup de ces personnes sont devenues des proches, avec qui on garde contact, malheureusement pas toujours pour de bonnes nouvelles.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enfant de Maria grandit, elle m\u2019envoie des photos et nous programmons des journ\u00e9es ensemble. Victoria m\u2019a annonc\u00e9 il y a quelques jours que Sacha, avec qui elle s\u2019est mari\u00e9e \u00e0 peine un mois apr\u00e8s le d\u00e9but de leur relation, vient d\u2019\u00eatre port\u00e9 disparu. Je me sens d\u00e9sormais impliqu\u00e9e dans la vie de ces personnes. Quand Olena \u00e0 Lviv c\u00e9l\u00e8bre l\u2019installation d\u2019une plaque en m\u00e9moire de son fianc\u00e9 d\u00e9c\u00e9d\u00e9, je suis all\u00e9e voir sa tombe au Champ de Mars et je la soutiens. Je fais pareil avec Victoria et Veronica, qui attend un enfant, et me tient au courant de sa grossesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Les vies de ces gens ne disparaissent pas de la mienne. C\u2019est ce lien qui se cr\u00e9e et qui est plus fort que tout, m\u00eame que la mort, m\u00eame si l\u2019on aimerait que la guerre se termine pour pouvoir retourner \u00e0 une vie plus ordinaire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Merci beaucoup, Maryna, pour cet \u00e9change et pour le livre, qui ouvre un visage m\u00e9connu de l\u2019Ukraine pendant la guerre. Il y a la vie\u202f: il y a tristesse, pertes, morts, mais il y a aussi des retrouvailles et l\u2019amour, et la vie continue malgr\u00e9 tout.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelle est la place de l\u2019amour pendant la guerre? Comment la guerre change-t-elle les relations entre les sexes? 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