{"id":350569,"date":"2025-12-16T16:15:46","date_gmt":"2025-12-16T14:15:46","guid":{"rendered":"https:\/\/uacrisis.org\/?p=350569"},"modified":"2025-12-16T16:17:45","modified_gmt":"2025-12-16T14:17:45","slug":"ukraine-en-flammes-91","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-91","title":{"rendered":"\u00catre une infirmi\u00e8re de combat sur le front ukrainien &#8211; avec Anastasia Fomitchova"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p><em>Que sait-on du travail des param\u00e9dics sur la ligne du front? Comment prend-on la d\u00e9cision de quitter la vie en France pour se retrouver dans l\u2019enfer des combats sur le front ukrainien?&nbsp; Dans ce podcast nous en parlons avec Anastasia Fomitchova, docteure en science politique, qui s\u2019est engag\u00e9e comme infirmi\u00e8re de combat dans un bataillon volontaire. Anastasia vient de publier son premier livre \u201cVolia\u201d, chez Grasset. Le livre a re\u00e7u le prix Andr\u00e9 Malraux pour la fiction engag\u00e9e.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Le livre s\u2019intitule <\/strong><strong><em>Volia<\/em><\/strong><strong>. Qu\u2019est-ce que cela veut dire exactement ? On devine \u00e9videmment que c\u2019est un mot ukrainien. Quel est le concept derri\u00e8re ce titre et sur quoi porte ce livre?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p><em>Volia<\/em> est un mot ukrainien qui signifie \u00e0 la fois \u00ab volont\u00e9 \u00bb et \u00ab libert\u00e9 \u00bb. Ce que j\u2019aime avec ce mot, c\u2019est qu\u2019il est intraduisible, il est propre \u00e0 la langue ukrainienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce titre s\u2019est impos\u00e9 de lui-m\u00eame puisque ce livre parle de mon engagement dans la guerre depuis 2017, depuis le moment o\u00f9 j\u2019ai choisi de rejoindre le bataillon des hospitaliers. Mais au-del\u00e0 de mon propre engagement, ce que je souhaitais, c\u2019\u00e9tait \u00e9crire un livre sur la r\u00e9sistance ukrainienne, sur l\u2019engagement de toute une soci\u00e9t\u00e9 depuis 2014 et, \u00e0 plus forte raison, depuis 2022 face \u00e0 l\u2019agression russe.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Volia<\/em> est donc le titre que j\u2019ai choisi pour rendre hommage \u00e0 cet engagement collectif, \u00e0 cette volont\u00e9 de vivre libre et de r\u00e9sister pour que l\u2019Ukraine soit libre et ind\u00e9pendante.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Tu parles beaucoup de l\u2019engagement dans cette premi\u00e8re explication. Il faut aussi dire que ton livre a re\u00e7u le prix Andr\u00e9 Malraux pour la litt\u00e9rature engag\u00e9e. Le livre est paru en septembre 2025 et le prix vient d\u2019\u00eatre attribu\u00e9 au mois de novembre 2025.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Quand on lit ton livre, la premi\u00e8re question que l\u2019on se pose est la suivante : est-ce que tu es fran\u00e7aise ? Est-ce que le livre est \u00e9crit en fran\u00e7ais par une Fran\u00e7aise ? Est-ce que tu es ukrainienne ? Tu racontes l\u2019histoire de ta famille dans ce livre. Est-ce que tu pourrais nous dire bri\u00e8vement quelle est cette histoire ?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Je suis n\u00e9e en Ukraine en 1993. Je suis partie en France avec ma m\u00e8re en 1995. Les raisons qui l\u2019ont pouss\u00e9e \u00e0 quitter l\u2019Ukraine tenaient au fait qu\u2019elle ne voyait pas vraiment d\u2019avenir \u00e0 cette \u00e9poque, notamment pour moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Je reviens au d\u00e9but du livre sur les ann\u00e9es noires, cette d\u00e9cennie des ann\u00e9es 1990 marqu\u00e9e par la corruption, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et la pauvret\u00e9. Ma m\u00e8re, quand elle avait 14 ans, a aussi v\u00e9cu l\u2019explosion du r\u00e9acteur de la centrale de Tchernobyl, un \u00e9v\u00e9nement qui l\u2019a profond\u00e9ment marqu\u00e9e, comme beaucoup d\u2019Ukrainiens.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle s\u2019est aussi inqui\u00e9t\u00e9e pour ma sant\u00e9 quand j\u2019\u00e9tais b\u00e9b\u00e9. C\u2019est ce qui l\u2019a pouss\u00e9e \u00e0 partir avec moi, pour m\u2019offrir un avenir europ\u00e9en, pour que je grandisse en France.<\/p>\n\n\n\n<p>Je raconte aussi dans le livre qu\u2019elle \u00e9tait fascin\u00e9e par la France. Ma grand-m\u00e8re \u00e9tait ouvreuse dans un cin\u00e9ma, dans le quartier d\u2019Obolon \u00e0 Kyiv, et ma m\u00e8re a grandi entour\u00e9e de films, de cette culture fran\u00e7aise qui l\u2019a beaucoup marqu\u00e9e et fascin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de mon p\u00e8re, c\u2019est une autre histoire. Mon p\u00e8re est rest\u00e9 vivre \u00e0 Kyiv apr\u00e8s notre d\u00e9part. Mes grands-parents paternels avaient travaill\u00e9 pour le syst\u00e8me sovi\u00e9tique. Mon grand-p\u00e8re, \u00e0 vrai dire, n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9 \u00e0 Kyiv, il \u00e9tait n\u00e9 en Russie, puis il a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 dans un orphelinat alors qu\u2019il \u00e9tait encore tr\u00e8s jeune.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a grandi dans un orphelinat, puis il a rejoint l\u2019arm\u00e9e sovi\u00e9tique avant d\u2019\u00eatre recrut\u00e9 par le NKVD, devenu ensuite le KGB. Il a fait carri\u00e8re dans les institutions de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat sovi\u00e9tique. Il \u00e9tait notamment en charge de la s\u00e9curit\u00e9 de Nikita Khrouchtchev lorsqu\u2019il \u00e9tait encore \u00e0 Kyiv.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1962, mon grand-p\u00e8re et ma grand-m\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s chez eux, \u00e0 Kyiv, \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de l\u2019endroit o\u00f9 nous parlons aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon p\u00e8re n\u2019a d\u00e9couvert cette histoire familiale que tr\u00e8s tardivement. C\u2019est ma tante, qui avait 16 ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque, qui l\u2019a ensuite adopt\u00e9 pour pouvoir s\u2019occuper de lui. Cette histoire, dans les ann\u00e9es 1960\u20131970, est lourde, mais elle montre toute la violence du syst\u00e8me sovi\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque je parle des diff\u00e9rentes branches de ma famille et de mon histoire familiale dans ce livre, on voit \u00e0 quel point cette violence \u00e9tait intrins\u00e8que au syst\u00e8me. Les raisons pour lesquelles mon grand-p\u00e8re et ma grand-m\u00e8re paternels ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s restent encore aujourd\u2019hui opaques. J\u2019ai fait des recherches dans les archives, notamment ici \u00e0 Kyiv, dans les archives du KGB d\u00e9classifi\u00e9es \u00e0 partir de 2018, mais il n\u2019y a pas d\u2019informations sur cet assassinat.<\/p>\n\n\n\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de la famille de ma m\u00e8re, je reviens sur l\u2019histoire de mon arri\u00e8re-grand-m\u00e8re, qui a perdu ses deux premiers enfants pendant le Holodomor, la famine organis\u00e9e par Staline dans les ann\u00e9es 1930. Je reviens aussi sur cette histoire pour montrer toute la dimension de la violence du syst\u00e8me sovi\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a donc une histoire familiale absolument cruelle, mais aussi typique, pour une famille ukrainienne du XX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>On peut imaginer que tu ne d\u00e9couvres pas tout cela en grandissant en France. Tu es une petite fille fran\u00e7aise, tu avais deux ans quand ta m\u00e8re est partie en France. \u00c0 quel moment cet int\u00e9r\u00eat pour ton histoire familiale et pour l\u2019Ukraine en tant que telle est-il apparu?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Oui, c\u2019est vrai. Je pense que c\u2019est aussi assez caract\u00e9ristique des traumatismes intrafamiliaux: dans mon enfance, on ne parlait pas du Holodomor, on ne parlait pas non plus de l\u2019histoire de mes grands-parents.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 cette histoire \u00e0 partir de l\u2019adolescence. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 faire des allers-retours r\u00e9guliers vers l\u2019Ukraine. Je revenais aussi forc\u00e9ment durant mon enfance.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Tu avais quel \u00e2ge quand tu es venue en Ukraine pour la premi\u00e8re fois apr\u00e8s votre d\u00e9part?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Je suis revenue \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 6 ans, puis \u00e0 7, 8, 10 ans. J\u2019ai donc conserv\u00e9 un lien avec l\u2019Ukraine, mais j\u2019ai grandi en France. J\u2019y ai fait toute ma scolarit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a eu plusieurs moments de bascule. \u00c0 l\u2019adolescence, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 m\u2019int\u00e9resser \u00e0 mon histoire familiale, \u00e0 mes racines. Puis il y a eu \u00e9videmment le Ma\u00efdan. Cela a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois un r\u00e9veil collectif pour la nation ukrainienne et quelque chose que j\u2019ai ressenti extr\u00eamement fortement.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors des premi\u00e8res manifestations, j\u2019ai pris conscience que c\u2019\u00e9taient des \u00e9tudiants de mon \u00e2ge qui descendaient dans la rue pour demander le droit de vivre avec les m\u00eames droits, les m\u00eames libert\u00e9s, la m\u00eame s\u00e9curit\u00e9 que celle dans laquelle moi, j\u2019avais pu grandir en France.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 mon \u00e9chelle individuelle, il y a eu cette prise de conscience de la volont\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 ukrainienne, et en particulier de ma g\u00e9n\u00e9ration, de cr\u00e9er un avenir europ\u00e9en en Ukraine. C\u2019est la raison pour laquelle, d\u00e8s le Ma\u00efdan, j\u2019ai souhait\u00e9 m\u2019investir dans des projets de la diaspora, revenir le plus souvent possible en Ukraine, et aussi d\u00e9finir ce pays comme sujet de recherche.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>C\u2019est \u00e0 partir de cette \u00e9poque que tu t\u2019int\u00e9resses \u00e0 l\u2019Ukraine dans le cadre de tes \u00e9tudes en sciences politiques, que tu faisais \u00e0 la Sorbonne \u00e0 l\u2019\u00e9poque, n\u2019est-ce pas?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Au moment du Ma\u00efdan, j\u2019\u00e9tais \u00e9tudiante en droit. Tr\u00e8s rapidement, des discours contradictoires ont commenc\u00e9 \u00e0 se superposer, notamment dans la sph\u00e8re publique, autour de l\u2019annexion de la Crim\u00e9e. Il y a eu un discours qui s\u2019est impos\u00e9, issu de la propagande russe, de la ligne narrative de Moscou sur la pr\u00e9tendue l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019annexion de la Crim\u00e9e. Je me suis alors adress\u00e9e \u00e0 un professeur de droit international \u00e0 la Sorbonne pour lui poser des questions sur l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 de cette annexion.<\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019a r\u00e9pondu : \u00ab On touche \u00e0 une zone de non-droit\u00bb.&nbsp; \u00c0 ce moment-l\u00e0, j\u2019ai perdu foi, je dois le dire, dans le droit international et dans les \u00e9tudes de droit international. Je me suis tourn\u00e9e vers les sciences politiques, parce qu\u2019il m\u2019a sembl\u00e9 essentiel d\u2019analyser, de d\u00e9crypter, de faire des recherches sur ce qui se passait, notamment pour d\u00e9m\u00ealer le narratif russe qui prenait d\u00e9j\u00e0 beaucoup d\u2019ampleur en France, en particulier sur ce qui se passait \u00e0 l\u2019Est de l\u2019Ukraine et sur la r\u00e9alit\u00e9 du terrain.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Puis tu reviens r\u00e9guli\u00e8rement en Ukraine en 2015, 2016. Il y a l\u00e0 un moment important dans ton parcours ukrainien, puisque tu t\u2019engages aupr\u00e8s du bataillon des Hospitaliers en 2017. Ce sont des missions param\u00e9dicales, dans ce qui restait largement invisible pour le public international, cette guerre d\u00e9j\u00e0 en cours dans le Donbas.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Pourquoi cette d\u00e9cision ? Partir ainsi, jeune \u00e9tudiante, sans exp\u00e9rience m\u00e9dicale, sans formation m\u00e9dicale, pourquoi \u00e9tait-ce important pour toi \u00e0 cette \u00e9poque?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>C\u2019est un passage que je raconte aussi dans le livre, ce moment o\u00f9 je d\u00e9cide de m\u2019engager dans le bataillon des Hospitaliers.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re fois que je pars sur le front, c\u2019est en 2016. J\u2019accompagne des groupes de volontaires qui continuent d\u2019\u00e9quiper les unit\u00e9s, pour apporter du mat\u00e9riel de base: des gilets pare-balles, renouveler l\u2019\u00e9quipement, des pulls chauds, des provisions, de l\u2019eau, des boissons \u00e9nergisantes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce moment-l\u00e0, au contact de ceux qui sont sur le front depuis bient\u00f4t deux ans, je comprends la n\u00e9cessit\u00e9 de les aider. Jusqu\u2019alors, depuis la R\u00e9volution de la dignit\u00e9, j\u2019\u00e9tais impliqu\u00e9e dans des projets de la diaspora. J\u2019essayais de faire entendre ce qui se passait ici, \u00e0 un moment o\u00f9 les pays europ\u00e9ens, et notamment la France, n\u2019\u00e9taient absolument pas pr\u00eats \u00e0 reconna\u00eetre qu\u2019il s\u2019agissait d\u00e9j\u00e0 d\u2019une agression, d\u2019une invasion.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de l\u2019\u00e9t\u00e9 2016, j\u2019ai voulu \u00eatre plus utile encore. J\u2019ai senti qu\u2019il fallait continuer \u00e0 aider ceux qui se battaient, souvent dans l\u2019indiff\u00e9rence la plus totale du monde, pour prot\u00e9ger l\u2019Ukraine.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9but 2017, lors d\u2019un voyage sur le front o\u00f9 j\u2019accompagnais toujours des volontaires, je rencontre un ambulancier qui me parle des Hospitaliers. \u00c0 ce moment-l\u00e0, je cherchais mon utilit\u00e9, une mani\u00e8re concr\u00e8te d\u2019aider les militaires, d\u2019apporter un v\u00e9ritable soutien.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est au fil des rencontres sur le front, notamment avec cet ambulancier, que je d\u00e9cide de suivre la formation des Hospitaliers. J\u2019y trouve une forme de famille dans la guerre. Je rencontre aussi beaucoup de personnes, souvent de mon \u00e2ge, qui, comme moi, ne veulent pas rester les bras crois\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2017, l\u2019\u00e9lan collectif de 2014 \u00e9tait retomb\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, mais nous \u00e9tions encore nombreux \u00e0 vouloir faire quelque chose malgr\u00e9 tout. Ma premi\u00e8re mission en tant que param\u00e9dique se d\u00e9roule dans la r\u00e9gion de Donetsk, \u00e0 Avdi\u00efvka, en d\u00e9cembre 2017.<\/p>\n\n\n\n<p>Je prends alors pleinement conscience du d\u00e9calage entre les discours et la r\u00e9alit\u00e9. La guerre \u00e9tait omnipr\u00e9sente. Malgr\u00e9 les accords de Minsk, malgr\u00e9 le cessez-le-feu officiellement surveill\u00e9 par les observateurs de l\u2019OSCE, il y avait encore des morts, des bless\u00e9s, et des personnes qui consacraient toute leur vie \u00e0 tenir le front.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma trajectoire, celle que je d\u00e9cris dans le livre, est assez repr\u00e9sentative de celle de nombreux Ukrainiens qui, \u00e0 un moment donn\u00e9, choisissent de s\u2019engager. Souvent, c\u2019est par des rencontres que l\u2019on trouve sa place dans cet engagement collectif.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Apr\u00e8s ces missions ponctuelles entre 2017 et 2022, une autre histoire commence: celle de la guerre \u00e0 grande \u00e9chelle. Ce sont des chapitres absolument bouleversants de ton livre.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Tu racontes o\u00f9 tu te trouves en France lorsque tu d\u00e9couvres que le pays est attaqu\u00e9 \u00e0 grande \u00e9chelle. M\u00eame si on s\u2019y attendait, ce fut un choc immense. Nous nous souvenons tous de ce 24 f\u00e9vrier 2022.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Tu prends alors une d\u00e9cision que personne n\u2019aurait pu imaginer: quitter Paris pour aller \u00e0 Kyiv, dans un pays en guerre, alors que les civils font exactement le chemin inverse, en particulier les femmes et les m\u00e8res avec enfants. Tu arrives dans une ville presque d\u00e9serte \u00e0 la fin f\u00e9vrier, pour essayer d\u2019y trouver ta place. Au d\u00e9part, c\u2019\u00e9tait pour \u00e9vacuer ta famille, ton p\u00e8re.&nbsp; Puis les plans changent.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Le 24 f\u00e9vrier, \u00e0 vrai dire, cela faisait plusieurs semaines, voire plusieurs mois, que circulaient des rumeurs d\u2019invasion totale. Mais cela me semblait compl\u00e8tement fou, irr\u00e9el, impossible.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame s\u2019il y avait des signes \u00e9vidents \u2014 l\u2019encerclement de l\u2019Ukraine par des dizaines de milliers de troupes russes au printemps 2021, les d\u00e9clarations extr\u00eamement inqui\u00e9tantes de Vladimir Poutine \u2014 je faisais partie de ceux qui n\u2019y croyaient pas. Je me disais :&nbsp; Ce n\u2019est pas possible que Vladimir Poutine d\u00e9cide de lancer une invasion \u00e0 grande \u00e9chelle\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Paris dans la nuit du 23 au 24 f\u00e9vrier. J\u2019\u00e9tais \u00e0 quelques mois de rendre ma th\u00e8se. Pendant la nuit, je re\u00e7ois des notifications m\u2019indiquant que la guerre a commenc\u00e9, la guerre \u00e0 grande \u00e9chelle, celle \u00e0 laquelle je ne voulais pas croire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les choses sont floues. La journ\u00e9e du lendemain me para\u00eet compl\u00e8tement irr\u00e9elle. J\u2019ai du mal \u00e0 r\u00e9aliser. Mais une chose est s\u00fbre : il faut que je revienne en Ukraine. Comme tu l\u2019as dit, pour \u00e9vacuer ma famille. Je les avais eus au t\u00e9l\u00e9phone, je savais qu\u2019ils \u00e9taient compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9s, terroris\u00e9s. Il y avait aussi beaucoup d\u2019informations contradictoires \u00e0 ce moment-l\u00e0: o\u00f9 se trouvent les troupes russes dans la r\u00e9gion ? Vont-elles r\u00e9ussir \u00e0 entrer \u00e0 Kyiv ? Par quelle route passer ? Que faire ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 distance, je me suis dit que j\u2019\u00e9tais incapable de leur venir en aide. Ma priorit\u00e9 est donc de revenir \u00e0 Kyiv le plus rapidement possible. D\u00e8s le 26 f\u00e9vrier au matin, je suis dans un bus. J\u2019arrive le 27 ou le 28, et je suis d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Kyiv.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma famille refuse de partir. Je comprends qu\u2019ils vont rester dans la ville, alors qu\u2019on ne sait pas ce qui va se passer, si les Russes vont r\u00e9ussir \u00e0 entrer. Je choisis alors de rejoindre le bataillon des Hospitaliers, parce que je sais qu\u2019il va y avoir des bless\u00e9s, des combats. \u00c0 mon \u00e9chelle, si je ne d\u00e9cide pas de participer, cela signifie que peut-\u00eatre les Russes r\u00e9ussiront \u00e0 s\u2019emparer de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le prolongement de mon engagement depuis 2017. Il y a aussi la conscience d\u2019avoir acquis des comp\u00e9tences qui allaient s\u2019av\u00e9rer utiles \u00e0 ce moment-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Tu restes donc au monast\u00e8re, \u00e0 la cath\u00e9drale Saint-Michel, ici au centre de Kyiv, avec les Hospitaliers qui sont log\u00e9s dans les sous-sols. Ce monast\u00e8re a toujours jou\u00e9 un r\u00f4le important, d\u00e9j\u00e0 pendant le Ma\u00efdan et apr\u00e8s.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Vous commencez \u00e0 vous organiser et \u00e0 partir en mission. Tu d\u00e9cris dans ton livre des missions absolument bouleversantes, notamment vers le nord de la r\u00e9gion de Kyiv, \u00e0 Boutcha,&nbsp; Hostomel.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>C\u2019est une exp\u00e9rience de la guerre tr\u00e8s diff\u00e9rente de ce que tu avais vu \u00e0 Avdi\u00efvka. \u00c0 Avdi\u00efvka, il y avait des bless\u00e9s, mais c\u2019\u00e9tait une guerre de positions, relativement pr\u00e9visible. L\u00e0, vous vous retrouvez avec une ambulance immobilis\u00e9e, une roue bloqu\u00e9e, et vous \u00eates litt\u00e9ralement sous le feu: chars, drones, artillerie.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Avant m\u00eame d\u2019\u00eatre confront\u00e9s directement \u00e0 la violence du feu ennemi, il y a eu des situations extr\u00eamement dangereuses. Dans une for\u00eat autour de Kyiv, d\u00e9j\u00e0 infiltr\u00e9e par les Russes, notre ambulance a \u00e9t\u00e9 vis\u00e9e deux fois.<\/p>\n\n\n\n<p>Une nuit, nous avons cru que nous ne pouvions pas repartir. Il neigeait, c\u2019\u00e9tait une pluie vergla\u00e7ante, et nos pneus se sont enlis\u00e9s dans la for\u00eat. Nous avons r\u00e9ussi \u00e0 partir avant d\u2019entendre les impacts.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur place, on s\u2019adapte. \u00c0 ce moment-l\u00e0, quand on est pris pour cible, tout ce qu\u2019on peut faire, c\u2019est se r\u00e9jouir d\u2019\u00eatre encore en vie et continuer. Bien s\u00fbr, en plus de la formation aux soins, au secourisme, \u00e0 la stabilisation des bless\u00e9s, ce que je d\u00e9couvre en 2022 est d\u2019une intensit\u00e9 et d\u2019une violence bien sup\u00e9rieures \u00e0 tout ce que j\u2019avais connu auparavant.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Tout cela se termine par le d\u00e9part des troupes russes de la r\u00e9gion de Kyiv, fin mars 2022. Mais pour toi, c\u2019est aussi la d\u00e9couverte des cons\u00e9quences \u00e0 Boutcha, d\u2019autant plus que c\u2019\u00e9tait la ville o\u00f9 se trouvait la maison de ton p\u00e8re.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Tu fais partie des premi\u00e8res personnes \u00e0 entrer \u00e0 Boutcha, parmi les journalistes, les param\u00e9dics. On peut imaginer le choc de ce que tu d\u00e9couvres.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Le jour o\u00f9 nous avons \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 entrer dans la ville, les journalistes ont aussi \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 passer pour documenter ce que l\u2019arm\u00e9e russe avait laiss\u00e9 derri\u00e8re elle. Cela a \u00e9t\u00e9 un choc total.<\/p>\n\n\n\n<p>Voir la ville dans cet \u00e9tat, parler aux survivants, voir les corps de civils\u2026 Nous \u00e9tions tous en \u00e9tat de choc, m\u00eame si cela faisait des semaines que nous avions conscience de ce qui se passait dans les territoires occup\u00e9s. \u00c0 Kyiv, tout le monde avait des amis, de la famille, des connaissances \u00e0 Boutcha, \u00e0 Irpin, dans les villes alentour. C\u2019est une banlieue proche.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon p\u00e8re n\u2019y \u00e9tait pas, ni ma belle-m\u00e8re. Ma famille \u00e9tait \u00e0 Kyiv le 24 f\u00e9vrier. Mais ils avaient des voisins rest\u00e9s \u00e0 Boutcha, certains qui avaient r\u00e9ussi \u00e0 partir, d\u2019autres non.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s rapidement, d\u00e8s les premiers jours de l\u2019invasion, nous avons su que les Russes confisquaient les t\u00e9l\u00e9phones portables, coupaient tous les moyens de communication. Nous avons aussi eu connaissance d\u2019ex\u00e9cutions, y compris dans le sud de l\u2019Ukraine. C\u2019\u00e9tait partout.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9couverte des exactions commises par les Russes dans les villes occup\u00e9es a constitu\u00e9 un tournant pour moi. Je pensais rester le temps de prot\u00e9ger Kyiv, de prot\u00e9ger ma famille. Mais quand j\u2019ai vu ce que faisaient les Russes, m\u00eame si on s\u2019y attendait en partie, le choc a \u00e9t\u00e9 immense.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai compris que je n\u2019avais pas d\u2019autre choix que de rester et de continuer. Tant que les Russes occupaient une partie du pays, il m\u2019\u00e9tait impossible d\u2019envisager de revenir en France, de reprendre ma th\u00e8se, de continuer une vie normale.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>C\u2019est exactement ce que tu fais apr\u00e8s la bataille de Kyiv, apr\u00e8s le retrait des troupes russes de la r\u00e9gion de Kyiv, de Tchernihiv et de Soumy. Les combats se d\u00e9placent alors vers le Donbas.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Tu pars avec tes camarades en mission \u00e0 Lysytchansk et Sievierodonetsk. Ce sont deux villes qui tombent parmi les premi\u00e8res dans le Donbas. Dans ces pages d\u2019une extr\u00eame duret\u00e9, tu d\u00e9cris ce que repr\u00e9sente un champ de bataille: les corps mutil\u00e9s, les membres arrach\u00e9s, l\u2019afflux massif de bless\u00e9s.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Tu te retrouves litt\u00e9ralement dans la machine de guerre, \u00e0 soigner des bless\u00e9s en grand nombre, alors que votre point de stabilisation est lui-m\u00eame constamment vis\u00e9 par l\u2019ennemi.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Autant dans la r\u00e9gion de Kyiv nous faisions principalement des \u00e9vacuations, autant, \u00e0 partir du printemps 2022, je suis envoy\u00e9e en renfort sur un point de stabilisation \u00e0 Lysytchansk, ainsi que pour des \u00e9vacuations depuis Sievierodonetsk, au moment o\u00f9 les villes sont sur le point de tomber.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9fense des villes dure encore plusieurs semaines, mais les Russes sont aux portes. Nous sommes tr\u00e8s peu nombreux, en termes d\u2019unit\u00e9s m\u00e9dicales, \u00e0 rester dans l\u2019une ou l\u2019autre ville pour pouvoir r\u00e9ceptionner, stabiliser et \u00e9vacuer les bless\u00e9s, que nous recevons par centaines. Des militaires et des civils.<\/p>\n\n\n\n<p>Des civils aussi, qui refusaient de partir, et que nous essayions de convaincre d\u2019\u00e9vacuer en leur expliquant la gravit\u00e9 de la situation. C\u2019\u00e9tait un cauchemar. Un cauchemar.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>C\u2019est ce qui ressort tr\u00e8s fortement dans ces pages. Comment as-tu tenu ? Tu avais de l\u2019exp\u00e9rience depuis 2017, mais l\u00e0, ce n\u2019\u00e9tait plus du tout le m\u00eame rythme. Tu d\u00e9cris un afflux massif de bless\u00e9s, presque comme une usine \u00e0 bless\u00e9s.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Je pense qu\u2019il y a deux choses qui permettent de tenir dans ce contexte. La premi\u00e8re, c\u2019est l\u2019amiti\u00e9 et la solidarit\u00e9. Je n\u2019\u00e9tais pas seule, j\u2019\u00e9tais avec des camarades. Nous vivions ce cauchemar ensemble, pour sauver des vies.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me, c\u2019est le protocole de soins. Le fait de savoir quoi faire quand on est face \u00e0 un bless\u00e9. qu\u2019on travaille avec les m\u00e9decins. Ce sont ces deux choses qui permettent de tenir.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Il y a un \u00e9l\u00e9ment tr\u00e8s frappant dans ta description de la bataille de Lysytchansk et Sievierodonetsk: la diff\u00e9rence entre les militaires et les civils. Les militaires, m\u00eame gri\u00e8vement bless\u00e9s, arrivent \u00e0 se battre pour leur vie, peut-\u00eatre sous l\u2019effet de l\u2019adr\u00e9naline, alors que des civils, parfois avec des blessures plus l\u00e9g\u00e8res, meurent. La question de la vie et de la mort rejoint-elle ici celle de <\/strong><strong><em>Volia<\/em><\/strong><strong>, le titre de ton livre?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>C\u2019est une discussion que j\u2019ai eue avec un m\u00e9decin. Les militaires ont tendance \u00e0 s\u2019accrocher \u00e0 la vie, \u00e0 se battre, m\u00eame avec des blessures extr\u00eamement graves.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un de mes r\u00f4les en tant que param\u00e9dique \u00e9tait aussi de les faire tenir, de les faire parler, de leur dire : \u00abOn va t\u2019\u00e9vacuer, tu vas retrouver ta famille, les gens que tu aimes\u00bb. Cela fait partie de notre mission.<\/p>\n\n\n\n<p>Un anesth\u00e9siste me disait que le probl\u00e8me avec les civils bless\u00e9s, \u00e9puis\u00e9s par les bombardements, c\u2019est que leur corps a moins de ressources. J\u2019en parle dans le livre. Je n\u2019ai pas les connaissances m\u00e9dicales pour v\u00e9rifier cela scientifiquement, mais c\u2019\u00e9tait extr\u00eamement dur, notamment de perdre des civils. Et aussi des enfants.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Apr\u00e8s cette rotation dans la r\u00e9gion de Lysytchansk, qui finit par tomber, votre unit\u00e9 se replie sur Kyiv. Une nouvelle question se pose alors: tu n\u2019\u00e9tais pas oblig\u00e9e de rester. Tu n\u2019es pas int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 l\u2019arm\u00e9e, tu es volontaire. Pourtant, tu choisis de ne pas rentrer en France, mais de repartir au combat.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Cette fois-ci, c\u2019est au sud, lors de la lib\u00e9ration des r\u00e9gions autour de Kherson. Tu participes au d\u00e9but de cette campagne, autour du fleuve Inhoulets, dans le nord de la r\u00e9gion de Kherson. L\u00e0, c\u2019est encore une autre \u00e9tape: tu te retrouves directement dans les tranch\u00e9es, aux c\u00f4t\u00e9s des militaires, devenant une cible l\u00e9gitime pour l\u2019arm\u00e9e russe.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Des amis \u00e0 nous avaient rejoint une brigade d\u2019assaut, qui faisait partie du bataillon des Hospitaliers. \u00c0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9, ils demandent \u00e0 des membres de mon unit\u00e9, dont moi, de venir en renfort pour la contre-offensive.<\/p>\n\n\n\n<p>Une contre-offensive est, par d\u00e9finition, extr\u00eamement co\u00fbteuse en vies humaines, puisqu\u2019il faut avancer sur des positions ennemies en \u00e9tant compl\u00e8tement expos\u00e9. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, il n\u2019y avait pas encore de drones \u00e0 grande \u00e9chelle, en tout cas pas comme aujourd\u2019hui avec les drones FPV. Il s\u2019agissait surtout de drones d\u2019observation.<\/p>\n\n\n\n<p>Les op\u00e9rations se d\u00e9roulaient \u00e0 pied, \u00e0 d\u00e9couvert, pour aller prendre les positions russes. Nous savions que nous allions \u00eatre directement dans les tranch\u00e9es, car les militaires avaient besoin d\u2019aide pour stabiliser les bless\u00e9s de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rivi\u00e8re Inhoulets. Les temps d\u2019\u00e9vacuation \u00e9taient trop longs. Il fallait des param\u00e9dics sur place pour maintenir les bless\u00e9s en vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand je m\u2019engage, je sais que le risque de mourir est extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9. Plusieurs param\u00e9dics de l\u2019unit\u00e9 avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s. Ce sont des op\u00e9rations o\u00f9 tout est al\u00e9atoire. Parfois, rester en vie tient simplement du miracle, de quelques centim\u00e8tres, de quelques m\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Et c\u2019est l\u00e0 que tu es bless\u00e9e.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Oui. \u00c0 un moment, je sors d\u2019une tranch\u00e9e pour aller chercher de l\u2019eau dans mon sac. La situation semblait calme sur notre position. Un tankiste russe m\u2019a rep\u00e9r\u00e9e et a attaqu\u00e9 la tranch\u00e9e. C\u2019est en tout cas comme cela que je le comprends. Nous avons d\u00fb quitter la position.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Tu reviens assez rapidement apr\u00e8s un passage \u00e0 Mykola\u00efv. C\u2019est un moment extr\u00eamement dramatique du livre, une sorte de point culminant. Tu choisis de revenir vers tes camarades et de terminer l\u2019op\u00e9ration.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Qu\u2019est-ce qui permet \u00e0 un \u00eatre humain de vaincre la peur ? Tu n\u2019es pas militaire, tu n\u2019es m\u00eame pas m\u00e9decin. \u00c0 chaque \u00e9tape \u2014 revenir \u00e0 Kyiv, aller \u00e0 Boutcha, partir \u00e0 Lysytchansk, puis participer \u00e0 la contre-offensive \u2014 tu \u00e9tais parfaitement consciente des risques r\u00e9els de ne pas revenir. Qu\u2019est-ce qui t\u2019a permis de faire face \u00e0 la peur ?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Je pense que je n\u2019ai jamais vaincu la peur. Mais j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de ne pas la laisser dicter mes choix.<\/p>\n\n\n\n<p>La peur, on la ressent tous. C\u2019est impossible de ne pas avoir peur quand on sait qu\u2019on risque de mourir. Mais pourquoi serait-ce aux autres de prendre ces risques-l\u00e0, et d\u2019attendre d\u2019eux quelque chose que moi-m\u00eame je ne serais pas pr\u00eate \u00e0 faire ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui sont sur le front, ceux qui se battent, ceux qui, depuis bient\u00f4t cinq ans \u2014 puisque nous entrons dans la cinqui\u00e8me ann\u00e9e de la guerre totale \u2014 n\u2019ont pas la possibilit\u00e9 de rentrer chez eux, tant que la Russie continue d\u2019occuper notre pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019ai v\u00e9cu comme un devoir moral. La conscience des besoins a toujours d\u00e9pass\u00e9 mes r\u00e9flexions sur ma propre vuln\u00e9rabilit\u00e9 face au feu russe.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense que tout est dans le mot <em>Volia<\/em>. C\u2019est l\u2019engagement pour la libert\u00e9 de l\u2019Ukraine, pour la libert\u00e9 des Ukrainiens, pour notre identit\u00e9. Si nous ne faisions pas ce choix-l\u00e0, cela voudrait dire que tout ce que nous connaissons, tout ce pour quoi nous nous battons depuis le Ma\u00efdan, pourrait dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Tu termines ton livre par une th\u00e8se tr\u00e8s forte, par un message adress\u00e9 \u00e0 nos partenaires europ\u00e9ens, y compris fran\u00e7ais. Le livre est \u00e9crit en fran\u00e7ais. Tout au long de l\u2019ouvrage, tu constates les faiblesses, les d\u00e9faillances, les moments o\u00f9 l\u2019arm\u00e9e ukrainienne manque de munitions, o\u00f9 l\u2019indiff\u00e9rence du monde tue litt\u00e9ralement.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4><strong>Le livre se termine par cet appel. Penses-tu que cet appel, que nous sommes nombreux Ukrainiens \u00e0 lancer, commence \u00e0 \u00eatre entendu?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>J\u2019ai l\u2019impression que depuis quelques mois, et m\u00eame depuis quelques semaines, un basculement commence peut-\u00eatre \u00e0 s\u2019op\u00e9rer dans l\u2019esprit des Europ\u00e9ens. Notamment depuis les incursions de drones en Pologne, dans les pays baltes, en Roumanie, si je ne me trompe pas. Il y a eu aussi r\u00e9cemment le sabotage d\u2019une ligne ferroviaire en Pologne.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre que les Europ\u00e9ens commencent \u00e0 prendre conscience que la Russie les vise eux aussi. Jusqu\u2019ici, depuis 2022, il y avait cette id\u00e9e qu\u2019il fallait aider l\u2019Ukraine. Aujourd\u2019hui, peut-\u00eatre aussi \u00e0 travers certaines d\u00e9clarations de hauts grad\u00e9s, je pense notamment au chef d\u2019\u00e9tat-major fran\u00e7ais qui \u00e9voquait un choc auquel les Fran\u00e7ais devraient se pr\u00e9parer face \u00e0 la Russie d\u2019ici trois \u00e0 cinq ans.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019esp\u00e8re que ce message est entendu. Mais il existe encore des barri\u00e8res morales et psychologiques qui entravent cette compr\u00e9hension globale de la situation. Cette guerre n\u2019a jamais concern\u00e9 uniquement l\u2019Ukraine.<\/p>\n\n\n\n<p>La prise de conscience est douloureuse pour les Europ\u00e9ens, elle est difficile. Et finalement, les actions de la Russie parlent d\u2019elles-m\u00eames. La Russie s\u2019est aujourd\u2019hui engag\u00e9e dans une \u00e9conomie de guerre, elle relance enti\u00e8rement son complexe militaro-industriel pour tenir sur le long terme.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019aujourd\u2019hui, les opinions publiques europ\u00e9ennes commencent \u00e0 se pr\u00e9parer \u00e0 l\u2019id\u00e9e que cela ne s\u2019arr\u00eatera pas simplement avec l\u2019Ukraine, et que cette guerre risque de devenir bien plus large que l\u2019invasion \u00e0 grande \u00e9chelle de l\u2019Ukraine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Que sait-on du travail des param\u00e9dics sur la ligne du front? Comment prend-on la d\u00e9cision de quitter la vie en France pour se retrouver dans l\u2019enfer des combats sur le front ukrainien?&nbsp; Dans ce podcast nous en parlons avec Anastasia Fomitchova, docteure en science politique, qui s\u2019est engag\u00e9e comme infirmi\u00e8re de combat dans un bataillon [&hellip;] <a class=\"g1-link g1-link-more\" href=\"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-91\">Plus<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":350572,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"video","meta":[],"categories":[5889],"tags":[33051,32703,8912,32785,7136,32781,32782,32783,33044,7352,33081],"section":[744],"form":[31959],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v17.4 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>\u00catre une infirmi\u00e8re de combat sur le front ukrainien - avec Anastasia Fomitchova | UACRISIS.ORG<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=XH94Xo2ExU0 Que sait-on du travail des param\u00e9dics sur la ligne du front? Comment prend-on la d\u00e9cision de quitter la vie en | Uacrisis.org\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-91\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"\u00catre une infirmi\u00e8re de combat sur le front ukrainien - avec Anastasia Fomitchova | UACRISIS.ORG\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=XH94Xo2ExU0 Que sait-on du travail des param\u00e9dics sur la ligne du front? Comment prend-on la d\u00e9cision de quitter la vie en | Uacrisis.org\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-91\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Uacrisis.org\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/uacrisis\/\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2025-12-16T14:15:46+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2025-12-16T14:17:45+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/uacrisis.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/maxresdefault.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1280\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"720\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:creator\" content=\"@uacrisis\" \/>\n<meta name=\"twitter:site\" content=\"@uacrisis\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"\u0414\u043c\u0438\u0442\u0440\u043e \u0412\u0430\u0441\u0438\u043b\u044c\u0454\u0432\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture est.\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"20 minutes\" \/>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"\u00catre une infirmi\u00e8re de combat sur le front ukrainien - avec Anastasia Fomitchova | UACRISIS.ORG","description":"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=XH94Xo2ExU0 Que sait-on du travail des param\u00e9dics sur la ligne du front? Comment prend-on la d\u00e9cision de quitter la vie en | Uacrisis.org","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-91","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"\u00catre une infirmi\u00e8re de combat sur le front ukrainien - avec Anastasia Fomitchova | UACRISIS.ORG","og_description":"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=XH94Xo2ExU0 Que sait-on du travail des param\u00e9dics sur la ligne du front? Comment prend-on la d\u00e9cision de quitter la vie en | Uacrisis.org","og_url":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-91","og_site_name":"Uacrisis.org","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/uacrisis\/","article_published_time":"2025-12-16T14:15:46+00:00","article_modified_time":"2025-12-16T14:17:45+00:00","og_image":[{"width":1280,"height":720,"url":"https:\/\/uacrisis.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/maxresdefault.jpg","type":"image\/jpeg"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_creator":"@uacrisis","twitter_site":"@uacrisis","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"\u0414\u043c\u0438\u0442\u0440\u043e \u0412\u0430\u0441\u0438\u043b\u044c\u0454\u0432","Dur\u00e9e de lecture est.":"20 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Organization","@id":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/#organization","name":"Ukraine crisis media center","url":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/","sameAs":["https:\/\/www.facebook.com\/uacrisis\/","http:\/\/youtube.com\/UACrisisMediaCenter","https:\/\/twitter.com\/uacrisis"],"logo":{"@type":"ImageObject","@id":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/#logo","inLanguage":"fr-FR","url":"https:\/\/uacrisis.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/header_logo-1.png","contentUrl":"https:\/\/uacrisis.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/header_logo-1.png","width":250,"height":90,"caption":"Ukraine crisis media center"},"image":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/#logo"}},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/#website","url":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/","name":"Uacrisis.org","description":"Ukraine crisis media center","publisher":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/#organization"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/?s={search_term_string}"},"query-input":"required name=search_term_string"}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"ImageObject","@id":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-91#primaryimage","inLanguage":"fr-FR","url":"https:\/\/uacrisis.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/maxresdefault.jpg","contentUrl":"https:\/\/uacrisis.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/maxresdefault.jpg","width":1280,"height":720},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-91#webpage","url":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-91","name":"\u00catre une infirmi\u00e8re de combat sur le front ukrainien - avec Anastasia Fomitchova | UACRISIS.ORG","isPartOf":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-91#primaryimage"},"datePublished":"2025-12-16T14:15:46+00:00","dateModified":"2025-12-16T14:17:45+00:00","description":"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=XH94Xo2ExU0 Que sait-on du travail des param\u00e9dics sur la ligne du front? Comment prend-on la d\u00e9cision de quitter la vie en | Uacrisis.org","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-91#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-91"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-91#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"\u0413\u043b\u0430\u0432\u043d\u0430\u044f \u0441\u0442\u0440\u0430\u043d\u0438\u0446\u0430","item":"https:\/\/uacrisis.org\/fr"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"\u00catre une infirmi\u00e8re de combat sur le front ukrainien &#8211; avec Anastasia Fomitchova"}]},{"@type":"Article","@id":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-91#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-91#webpage"},"author":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/#\/schema\/person\/1a3a3a8e26023caf8adb4e015be5b695"},"headline":"\u00catre une infirmi\u00e8re de combat sur le front ukrainien &#8211; avec Anastasia Fomitchova","datePublished":"2025-12-16T14:15:46+00:00","dateModified":"2025-12-16T14:17:45+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-91#webpage"},"wordCount":4918,"publisher":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/#organization"},"image":{"@id":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/ukraine-en-flammes-91#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/uacrisis.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/maxresdefault.jpg","keywords":["ArmUkraineNow","\u00eatre r\u00e9silient","Forces arm\u00e9es ukrainiennes","guerre","Russie","Stand with Ukraine","stop Putin","stop Russia","UCMC","Ukraine","Ukraine en flammes"],"articleSection":["La soci\u00e9t\u00e9"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/uacrisis.org\/uk\/#\/schema\/person\/1a3a3a8e26023caf8adb4e015be5b695","name":"\u0414\u043c\u0438\u0442\u0440\u043e \u0412\u0430\u0441\u0438\u043b\u044c\u0454\u0432"}]}},"wps_subtitle":"","amp_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/350569"}],"collection":[{"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=350569"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/350569\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":350571,"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/350569\/revisions\/350571"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/350572"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=350569"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=350569"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=350569"},{"taxonomy":"section","embeddable":true,"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/section?post=350569"},{"taxonomy":"form","embeddable":true,"href":"https:\/\/uacrisis.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/form?post=350569"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}