Jour 1366 de résistance : 28 points en échange de « rien » – le plan de paix de Witkoff duplique celui de la Russie

Les importations de l’Union européenne en provenance de la Russie dépassent l’aide à l’Ukraine de 124 milliards d’euros, a déclaré le ministre des Affaires étrangères de la Suède. 28 points en échange de « rien ». Le plan de paix proposé par Witkoff préparerait la Russie à une nouvelle attaque et duplique ses exigences de 2022, analyse de l’ISW. «La paix ne peut pas être une capitulation». L’UE s’est opposée au plan des États-Unis, qui prévoit des concessions de l’Ukraine pour régler la guerre, selon Reuters.

28 points en échange de « rien », le plan de paix proposé par Witkoff préparerait la Russie à une nouvelle attaque et duplique ses exigences de 2022, analyse de l’ISW

Le prétendu « plan de paix » en 28 points, élaboré selon les médias par des responsables américains et russes, équivaudrait à une capitulation totale de l’Ukraine, préparerait les conditions pour une nouvelle agression russe et priverait l’Ukraine de positions et de capacités critiques nécessaires à sa défense contre de futures attaques de la Russie, en échange, de toute évidence, « de rien ». C’est la conclusion rendue par l’Institut pour l’étude de la guerre dans son nouveau rapport.

Les analystes rappellent que, selon la majorité des rapports dans les médias occidentaux, l’« accord de paix » proposé par Steve Witkoff exigerait de l’Ukraine
• le retrait de ses forces des parties non occupées des régions de Donetsk et de Louhansk,
• la réduction des Forces armées ukrainiennes à 50 % de leur effectif actuel,
• l’abandon de « catégories clés d’armement ».

En outre, certains médias occidentaux précisent que l’accord pourrait également
• interdire le déploiement de troupes étrangères en Ukraine,
• interdire à Kyiv de recevoir de ses partenaires des armes à longue portée capables de frapper en profondeur le territoire russe,
• forcer l’Ukraine à rendre la langue russe officielle,
• obliger l’Ukraine à accorder un statut officiel à l’Église orthodoxe russe du Patriarcat de Moscou, « une organisation contrôlée par le Kremlin et un instrument bien connu de la guerre hybride menée par la Russie », rappelle l’ISW.

En commentant ces « propositions », l’ISW souligne que la cession à la Russie des territoires de Donetsk encore non occupés et le gel de la ligne de front dans le sud de l’Ukraine joueraient « de manière disproportionnée » en faveur de la Russie. Les analystes rappellent que la partie de la région de Donetsk contrôlée par l’Ukraine comprend des zones vitales pour son économie ainsi qu’une «ceinture de forteresses» dans le Donbass [Droujkivka, Kostiantynivka, Kramatorsk, Sloviansk], des villes qui forment depuis 2014 la principale ligne de défense du pays et qui sont des centres industriels, logistiques et militaires cruciaux, souligne l’ISW. L’Institut ajoute que la Russie tente en vain de s’emparer de cette «ceinture de forteresses» depuis plus de dix ans et aurait besoin de plusieurs années supplémentaires pour y parvenir au rythme actuel de son avancée.

«Le plan de paix annoncé transférerait à la Russie ces terres stratégiques, de toute évidence sans aucune concession concrète en retour, épargnant à la Russie le temps, les efforts et les ressources humaines qu’elle pourrait utiliser ailleurs en Ukraine lors de la reprise de son agression », avertit l’ISW. Les experts rappellent que les responsables du Kremlin ont déjà affirmé que le retrait des Forces de défense ukrainiennes du Donbas serait simplement « un point de départ » et non le résultat d’un cessez le feu ou d’un accord de paix. Autrement dit, Moscou n’offrirait aucune garantie de paix si l’Ukraine acceptait un tel retrait. Le Kremlin n’a par ailleurs montré aucun signe qu’il envisagerait de véritables négociations avant un retrait total de l’Ukraine du territoire non occupé du Donbas, souligne l’ISW.

De plus, un retrait ukrainien de la région de Donetsk offrirait aux forces russes de meilleures positions pour lancer de nouvelles offensives vers le sud de la région de Kharkiv et plus loin dans l’est des régions de Zaporijjia et de Dnipropetrovsk. Un tel retrait ouvrirait également la voie à une progression russe au delà de la rivière Oskil dans la région de Kharkiv. Par la suite, les forces russes tenteraient probablement de menacer Kharkiv en l’encerclant depuis plusieurs directions simultanément.

Le gel de la ligne de front dans le sud offrirait également aux forces russes l’occasion de se reposer et de se réorganiser pour de futures offensives vers Kherson ou Zaporijjia, deux villes que le Kremlin a déjà désignées comme des objectifs, rappelle l’ISW. Ainsi, la Russie disposerait de plusieurs options offensives complémentaires si l’Ukraine cédait la région de Donetsk et acceptait de geler la ligne de front dans le sud, en particulier si cela se produisait sans mécanismes de sécurité efficaces pour prévenir une nouvelle agression et si l’Ukraine acceptait la réduction de la taille et des capacités de ses Forces armées.

Le «plan de paix» proposé est par essence identique aux exigences que la Russie avait formulées à Istanbul au début de l’invasion, au printemps 2022, lorsque la situation sur le terrain lui était beaucoup plus favorable. La Russie avait posé les mêmes conditions au cours des deux premiers mois de la guerre, à un moment où ses troupes menaçaient Kyiv depuis le nord et le nord-ouest. Or, la situation militaire a profondément changé depuis, même si les exigences russes, elles, n’ont pas évolué, souligne l’Institut pour l’étude de la guerre. Il rappelle que depuis lors l’Ukraine a repoussé les forces russes du nord et libéré de vastes territoires dans les régions de Kharkiv et de Kherson. Au total, les Forces de défense ukrainiennes ont libéré plus de 50 % des territoires conquis par la Russie depuis 2022 et ont forcé les troupes russes à mener des offensives coûteuses et à avancer à un rythme ne dépassant pas celui d’une marche à pied, observe l’ISW.

Les spécialistes de l’Institut pour l’étude de la guerre rappellent que les exigences d’Istanbul formulées par la Russie en 2022 auraient tout autant signifié une capitulation totale de l’Ukraine, auraient interdit à jamais son adhésion à l’OTAN, auraient imposé de sévères restrictions à l’armée ukrainienne et auraient empêché l’Ukraine de recevoir une aide militaire occidentale, sans imposer aucune limite aux effectifs ou aux capacités des forces russes, et toutes ces exigences se retrouvent désormais dans les conditions du « plan de paix » en 28 points.
Le Kremlin a constamment montré, et affirmé explicitement, qu’il restait déterminé à atteindre ses objectifs militaires initiaux. Les récits russes diffusés après l’apparition de ce nouveau « plan de paix » continuent de répéter les mêmes thèses concernant l’engagement de la Russie à ses objectifs initiaux.

Les analystes de l’ISW soulignent que ces anciennes exigences reposent sur une idée fausse, à savoir que la victoire russe sur le champ de bataille serait inévitable. Le dictateur russe Vladimir Poutine a maintes fois exposé sa « théorie de la victoire », fondée sur l’hypothèse que l’armée et l’économie russes seraient capables d’attendre et de surmonter le soutien occidental à l’Ukraine, ainsi que la capacité de l’Ukraine à poursuivre sa défense. Et bien que les forces russes réalisent actuellement certains progrès tactico-opératifs importants dans la direction de Pokrovsk et intensifient leurs opérations sur d’autres secteurs de la ligne de front, elles n’avancent pas rapidement et ne réalisent pas de percées proportionnelles aux lourdes pertes qu’elles subissent, rappelle l’Institut.

Les forces ukrainiennes ont également démontré leur capacité à limiter les tentatives d’avancées mécanisées russes sur l’ensemble du théâtre des opérations, en particulier lorsqu’elles sont bien dotées et bien équipées, souligne l’ISW. Durant les années 2023 et 2024, les Forces de défense de l’Ukraine ont empêché les troupes russes d’obtenir des avancées opérationnellement significatives et ont réduit les zones où l’ennemi pouvait atteindre des succès même tactiques.

Aujourd’hui, les forces ukrainiennes repoussent activement les tentatives russes de progresser en direction de Koupiansk, une première réussite de ce type depuis plusieurs années face à des tentatives d’occupation d’une ville de cette importance.

L’ISW continue donc d’estimer qu’une aide militaire occidentale fournie en temps voulu et en quantité suffisante, ainsi que la vente d’armes à l’Ukraine, combinées à des mesures économiques fermes de la part des États-Unis et d’autres pays occidentaux contre la Russie, pourraient permettre à l’Ukraine d’infliger des pertes encore plus importantes à l’armée russe. Cela remettrait en cause la « théorie de la victoire » de Poutine, concluent les analystes.

«La paix ne peut pas être une capitulation ». L’UE s’oppose au plan des États-Unis qui prévoit des concessions de l’Ukraine pour régler la guerre, selon Reuters

Le jeudi 20 novembre, les États européens ont déclaré qu’ils ne soutenaient pas le « plan de paix » des États-Unis visant à mettre fin à la guerre en Ukraine, un plan que les alliés considèrent comme une capitulation de fait. C’est ce que rapporte Reuters.
Selon deux sources bien informées, Washington a indiqué au président Volodymyr Zelensky que l’Ukraine devait accepter un cadre élaboré par les États-Unis, qui prévoit des concessions territoriales et des restrictions pour l’armée ukrainienne.

Les ministres européens des Affaires étrangères, réunis à Bruxelles, ont commenté le plan américain avec prudence, celui-ci n’ayant pas encore été publié dans son intégralité, mais ils ont clairement fait comprendre qu’ils s’opposaient à des exigences pouvant contraindre l’Ukraine à des concessions humiliantes, écrit l’agence.

«Les Ukrainiens veulent la paix, une paix juste qui respecte la souveraineté de chacun, une paix durable qui ne puisse être remise en cause par une future agression. Mais la paix ne peut pas être une capitulation», a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.

Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radosław Sikorski, a ajouté que l’Ukraine, en tant que victime de l’agression, ne devait pas être limitée dans ses capacités de défense.

La haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas, a précisé que tout accord devait tenir compte de la position de l’Union européenne et de celle de l’Ukraine elle-même.

Auparavant, Axios avait rapporté que l’administration Trump collaborait secrètement avec la Russie à l’élaboration d’un nouveau plan en 28 points pour mettre fin à la guerre en Ukraine. Un responsable américain, souhaitant garder l’anonymat, a affirmé que le plan était dirigé par Steve Witkoff, qui l’a détaillé lors de discussions avec l’envoyé du dictateur russe, Kirill Dmitriev.

Le 19 novembre, Politico a indiqué que la Maison-Blanche pourrait bientôt annoncer un accord visant à mettre fin à la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine. Washington espère que le document-cadre sera approuvé par toutes les parties d’ici la fin du mois, peut-être même « dès cette semaine ».

Reuters a également rapporté, citant des sources, que les États-Unis avaient fait savoir à Zelensky que l’Ukraine devait accepter l’accord-cadre élaboré par Washington pour mettre fin à la guerre avec la Russie. Selon les interlocuteurs, l’accord prévoit que Kyiv renonce à certains territoires et à une partie de ses armements. Les propositions incluent notamment une réduction des effectifs des Forces armées ukrainiennes.

Le 19 novembre, on a appris que la rencontre entre le président ukrainien Volodymyr Zelensky et l’envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff, à Ankara, avait été annulée, le président ukrainien ayant refusé de discuter du plan américain sans la participation des partenaires européens. Selon Axios, des divergences sont apparues entre les parties concernant les accords préalablement conclus et le contenu du plan proposé.

Comme l’avait déjà rapporté The Economist, la soi-disant «paix» proposée par Steve Witkoff, envoyé spécial du président américain, ressemble à une liste de souhaits russes et l’Ukraine ne l’acceptera pas.

L’importation de l’Union européenne en provenance de Russie, qui s’élève à 124 milliards d’euros, dépasse l’aide apportée à l’Ukraine, selon le chef du ministère suédois des Affaires étrangères

Depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, l’Union européenne a payé la Russie pour l’importation de biens et de ressources énergétiques à hauteur de 124 milliards d’euros de plus qu’elle n’a apporté de soutien à l’Ukraine.

C’est ce qu’a déclaré la ministre suédoise des Affaires étrangères, Maria Malmberg Stenergard, lors d’une réunion du Conseil de l’UE des affaires étrangères le 20 novembre, rapporte « European Pravda ».

La Suède a souligné que l’UE dépense davantage pour les importations en provenance de Russie que pour le soutien à l’Ukraine.

«La vérité, c’est que le soutien à l’Ukraine [de la part de l’UE] est insuffisant, tandis que le soutien à la Russie est beaucoup trop important », a déclaré Stenergard.

Elle a précisé que depuis le début de l’invasion, les pays européens et l’Europe ont soutenu l’Ukraine à hauteur de 187 milliards d’euros.

«Pendant la même période, nous avons importé pour 201 milliards d’euros de pétrole et de gaz russes. Si l’on ajoute les autres biens importés, le total atteint 311 milliards d’euros. Cela signifie que nous avons apporté un soutien négatif à l’Ukraine de 124 milliards d’euros », s’est-elle indignée, présentant aux journalistes le graphique correspondant.

« C’est rien d’autre qu’une honte », a-t-elle insisté.

Selon elle, « il ne peut y avoir de négociations de paix raisonnables si nous n’augmentons pas le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie ».

«Un très bon début serait d’utiliser les actifs gelés au profit de l’Ukraine», a souligné Maria Malmberg Stenergard.