Des «Shahed» russes transportent désormais des drones FPV, une première confirmation vidéo est apparue. Les Ukrainiens ont-ils déjà perdu Pokrovsk et Myrnohrad et quel est le plan B, récit d’un officier qui y combat. Les négociations à Genève ont été difficiles, pour l’instant des progrès ne sont constatés que sur le volet militaire, a déclaré Zelenskyi
Les Ukrainiens ont-ils déjà perdu Pokrovsk et Myrnohrad et quel est le plan B, récit d’un officier qui y combat
Un officier ukrainien, dont l’unité défend Pokrovsk, a expliqué au média ukrainien NV à quoi ressemblent actuellement les combats sur cet axe. Il a précisé ce que les russes ont réussi à obtenir, et à quel prix, et a expliqué pourquoi la perte de la ville ne serait plus une catastrophe.
Des dizaines d’assauts russes en moins d’un mois, la direction de Pokrovsk, dans le nord de l’oblast de Donetsk, reste à la mi-février 2026 ce que l’état-major ukrainien qualifie dans ses rapports de « secteur le plus chaud ». L’ennemi attaque près d’Oudatchne, Rodynske, Novooleksandrivka, Chevtchenko, Kotlyne, Molodetske et Pokrovsk même. L’agence Reuters, citant la partie ukrainienne, écrit que la partie nord de Pokrovsk est tenue, bien que certaines sources évaluent le contrôle russe comme significatif. Le portail OSINT DeepState enregistre des avancées tactiques de l’ennemi dans la ville, tandis que les analystes de l’Institute for the Study of War se montrent plus prudents et confirment surtout des actions offensives.
Selon des observateurs militaires, les russes contrôlent la majeure partie de Pokrovsk et de la ville voisine de Myrnohrad, mais «patinent» sur certains secteurs, notamment autour de Rodynske, l’un des principaux nœuds logistiques de la région.
D’après l’officier interrogé, il n’existe pas de ligne de front stable et clairement définie sur l’axe de Pokrovsk. «On peut seulement parler de zones de démarcation conditionnelles. Nos positions se trouvent dans la partie nord de Pokrovsk. Il y a un mois encore, la ligne passait approximativement le long de la voie ferrée, maintenant elle s’est déplacée vers le nord», explique-t-il.
Les russes ont installé leurs états-majors au sud et au centre de Pokrovsk, d’où ils opèrent avec des drones et ont élargi leur «kill zone». Des unités ukrainiennes sont présentes à Myrnohrad, certaines ont même pénétré dans le centre-ville. Mais aucun camp n’exerce un contrôle total. Ce que l’on appelle en Occident une contested zone, et en Ukraine une « zone grise », couvre une grande partie des deux villes.
L’officier souligne en particulier la situation à Rodynske. C’est par cette localité que passe la logistique vers Myrnohrad et plus à l’ouest. Les russes y sont signalés, dans la localité même et au-delà. Sur les cartes, cela apparaît comme une vaste zone grise, et ce n’est pas une simple convention, l’ennemi s’y infiltre réellement en petits groupes. « Beaucoup dépend de Rodynske. C’est le problème aujourd’hui », reconnaît-il.
Les russes mènent très peu d’assauts mécanisés massifs dans la région de Pokrovsk, toutes leurs tentatives de ces deux derniers mois et demi se sont soldées par la destruction de leurs blindés. Récemment, selon l’officier, l’ennemi a tenté une percée avec plusieurs véhicules blindés, l’un a été détruit immédiatement, deux autres ont fait demi-tour et se sont réfugiés dans un bosquet, où ils ont été neutralisés séparément. Il y a eu des tentatives de contournement de Myrnohrad via Novoekonomitchne, Mykolaïvka et Myrolioubivka, stoppées aux abords de Rodynske. En pratique, les blindés sont utilisés comme un «taxi à usage unique», amener l’infanterie au point de débarquement, et ensuite, advienne que pourra.
En revanche, la tactique d’infiltration fonctionne relativement bien pour l’ennemi, les fantassins s’infiltrent un par un ou par deux, se cachent dans les bâtiments et s’accumulent. Sur les cartes, cela peut donner l’impression que rien ne change, puis soudain apparaît une nouvelle zone de contrôle russe. «Ils sont simplement nombreux. Il était question d’environ 150 000 hommes. Je pense que c’est à peu près cela. Ils s’infiltrent, pénètrent, certains se cachent, et peu à peu ils s’accumulent, puis avancent», explique-t-il.
Selon lui, cette tactique comporte deux aspects, elle permet une progression lente mais réelle, tout en entraînant des pertes énormes.
Dans le ciel au-dessus de Pokrovsk, des « carrousels » de drones des deux côtés sont présents en permanence. « Par beau temps, l’ennemi utilise davantage les drones. Par mauvais temps, il passe aux bombes aériennes guidées. Nous n’en avons pas, donc par mauvais temps nous sommes immédiatement désavantagés », précise-t-il.
L’hiver ajoute un autre problème, toute source de chaleur dévoile une position, visuellement ou aux caméras thermiques. Les soldats ukrainiens utilisent massivement des chaufferettes chimiques, mais encore faut-il les acheminer.
Acheminer quoi que ce soit est une tâche à part entière. Pour effectuer une rotation, évacuer un blessé ou livrer des munitions, il faut mobiliser le renseignement, intercepter les communications ennemies, planifier l’itinéraire et le timing. Les routes sont minées à distance, et le long des axes se trouvent des drones « en attente » posés au sol, prêts à frapper une cible.
Le minage à distance fonctionne aussi dans l’autre sens, la partie ukrainienne analyse en permanence les itinéraires de progression de l’ennemi à partir des vidéos de reconnaissance aérienne et les mine à l’aide de drones. Début décembre, les russes ont lancé un assaut en quad, et certains ont sauté sur ce type de mines.
À l’automne, il restait environ un millier de civils à Pokrovsk, vivant de facto sous occupation. Selon les informations disponibles, une partie a été évacuée par les russes. Combien restent aujourd’hui, cela demeure « extrêmement flou ». Une chose est certaine, au centre de Pokrovsk et de Myrnohrad, les russes ont aménagé des positions dans des églises et d’autres bâtiments, et se déplaçaient en gardant des habitants à proximité comme boucliers humains.
Et ensuite ? La perte éventuelle de Pokrovsk serait-elle une catastrophe, comme on le prédisait à l’automne ? L’officier répond que le retrait de Pokrovsk est une question de temps. Mais cela ne signifiera pas une percée opérationnelle de l’ennemi. « À Pokrovsk, la défense ne s’arrête pas. Il n’y a pas de percée, pas de brèche. La défense se poursuivra », assure-t-il.
Le temps gagné n’a pas servi uniquement à détruire les forces ennemies. Ces derniers mois, les unités à l’arrière ont pu se réorganiser, aménager de nouvelles positions et préparer la ligne suivante. Les russes, durant la même période, n’ont obtenu ni espace opérationnel ni rupture du front, seulement dix kilomètres de terrain arrachés au prix de milliers de vies.
«Tout le monde a un plan A et un plan B. Tous réfléchissent et planifient en fonction de ce qui se passe réellement sur le champ de bataille», conclut l’officier.
Les négociations à Genève ont été difficiles, pour l’instant des progrès ne sont constatés que sur le volet militaire, a déclaré Zelenskyi
À l’issue de deux jours de négociations à Genève entre l’Ukraine, les États-Unis et la russie sur un règlement pacifique, les principales avancées ont concerné le volet militaire.
C’est ce qu’a déclaré mercredi 18 février le président ukrainien Volodymyr Zelenskyi, rapporte l’agence Interfax-Ukraine.
Selon Zelenskyi, certains progrès ont également été réalisés sur le plan politique, mais ils ne sont pas comparables à ceux obtenus sur le volet militaire, et les positions des parties restent divergentes.
«En ce qui concerne la composante politique, il s’agit de toutes les questions sensibles que vous connaissez, l’est, la centrale [Zaporijjia]. Il y aura également un rapport plus détaillé sur les retours. Nous voyons qu’il existe des avancées, mais pour l’instant les positions diffèrent, car les négociations ont été difficiles», a déclaré Zelenskyi aux journalistes.
Il a ajouté que la partie ukrainienne prendra contact avec ses partenaires européens après le rapport de la délégation à son retour en Ukraine.
«Je serais heureux qu’il y ait une participation plus large de l’Europe cette fois-ci. Pour nous, la présence de l’Europe est très importante», a souligné le président ukrainien.
Le chef de la délégation russe, Vladimir Medinsky, a qualifié les pourparlers trilatéraux entre l’Ukraine, les États-Unis et la russie à Genève de «difficiles, mais constructifs».
Les négociations, entamées le 17 février dans la ville suisse de Genève, se sont achevées le 18 février. Les délégations devaient y aborder des questions humanitaires et sécuritaires, notamment les différends territoriaux.
Selon le média Axios, les discussions « ont atteint une impasse » en raison de la position de la partie russe. À l’inverse, l’émissaire spécial du président américain, Steve Witkoff, a affirmé que les rencontres « ont conduit à des progrès substantiels ».
Zelenskyi avait auparavant indiqué qu’à l’issue des pourparlers trilatéraux, la question du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu en Ukraine avait été réglée, celui-ci devant être mis en œuvre avec la participation des États-Unis.
D’après Axios, les négociations «ont atteint une impasse» en raison de la position russe. De son côté, Steve Witkoff a estimé qu’elles avaient abouti à des «progrès significatifs ». Vladimir Medinsky, pour sa part, a qualifié les discussions de «professionnelles».
Des «Shahed» russes transportent désormais des drones FPV : il existe une première confirmation vidéo
Les militaires russes ont commencé à utiliser des «Shahed» pour transporter des drones FPV.
C’est ce qu’a indiqué mardi 17 février le blogueur technique et spécialiste des radiotechnologies militaires, conseiller du ministre ukrainien de la Défense pour les domaines technologiques, Serhii Beskrestnov, connu sous le pseudonyme «Flash».
«J’ai récemment écrit que la fixation industrielle permettant de transporter des FPV sur les “Molniya” et les “Gerbera” était un mauvais signe. Aujourd’hui, je dispose de la première confirmation vidéo du transport de FPV sur un “Shahed”. Je sais déjà qu’un “Shahed” transporte deux FPV », a écrit Beskrestnov en publiant la vidéo correspondante.
Il a appelé tous les équipages de drones antiaériens à prêter attention à la possible présence de FPV sur les «Shahed», et toutes les unités des forces armées ukrainiennes à prendre en compte ces nouveaux risques.
