La guerre, ce sont des noms propres – avec Ariane Chemin

Pourquoi la guerre, ce sont des noms propres? Comment raconter la guerre à la hauteur des écrivains? Nous en discutons avec Ariane Chemin, grand reporter et écrivaine. Ariane Chemin vient de publier son ouvrage “La guerre, ce sont les noms propres” aux Editions du Sous-sol. À travers son récit poignant, Ariane Chemin explore le destin tragique de deux figures de la littérature ukrainienne contemporaine, Volodymyr Vakulenko et Viktoria Amelina, victimes de l’invasion russe.

Pourquoi, dans cette guerre où il y a tant de victimes, de blessés, de morts, tu as choisi cette histoire, évidemment très tragique, mais cette histoire particulière de Victoria et de Volodymyr?

Alors, c’est une très bonne question, parce que je me suis demandé moi-même si, en m’attachant à cette histoire, il faut bien dire tragique et spectaculaire, mais aussi à des personnes que l’Ukraine connaît, je ne tombais pas un peu dans la facilité. Est-ce que je n’aurais pas pu choisir au fond des héros vraiment totalement anonymes ? Je me suis interrogée là-dessus. Je me suis dit : est-ce que c’est un peu facile ? Et en fait, je me suis dit: puisque la guerre que mène la Russie à l’Ukraine, c’est une guerre qui veut détruire tout ce qui est ukrainien, et qu’est-ce qu’il y a de plus ukrainien qu’évidemment la culture, et dans la culture la littérature ? Et donc je me suis autorisée à raconter cette histoire tragique qu’une partie des Ukrainiens connaissent, et qui s’incarne effectivement dans des gens de lettres, des gens qui aiment les livres, des gens qui les publient, des gens qui les gardent, des gens qui les feuillettent, des gens qui les écrivent.

Au centre de ce livre, l’histoire de Victoria et de Volodymyr. Raconte-nous ce premier voyage, qui t’a donné le prétexte pour plusieurs publications

Alors, j’arrive en Ukraine, je ne connais rien à l’Ukraine, je ne connais rien à la guerre. Et d’ailleurs j’ai voulu essayer de garder ce point de vue dans le livre. Je suis un peu comme les personnages de Montesquieu qui écarquillent les yeux et qui ne connaissent rien. Je voulais garder cette forme de naïveté pour garder la révolte. Et je débarque dans la région de Kharkiv effectivement, à la fin de l’automne, début du mois de décembre, et j’apprends que va être enterré dans une église un écrivain d’un village qui se trouve effectivement près d’Izioum, à 4 ou 5 km. Et je suis accompagnée d’une jeune femme qui est devenue une amie, Anna Koriagina, et de Guillaume Herbaut, qui est un formidable photographe avec qui je travaille. Et on rentre dans cette église de Kharkiv — il neige, je me souviens — et tout est bizarre dans l’église pour moi, qui ne connais rien à cette histoire et à l’Ukraine. Tout est bizarre. Pourquoi il y a une espèce de désordre ? Parce qu’il y a beaucoup de journalistes locaux avec des perches, ils font du bruit. D’ailleurs, Victoria Amelina le note elle-même dans son journal inachevé. Il y a des cris, une sorte de lamentation tragique. En fait, ce sont les cris du fils de Volodymyr Vakulenko qui est là, qui est autiste et qui hurle à la mort. Et moi je ne sais pas qu’il est autiste, donc je ne comprends pas très bien ce qui se passe. Et je vois aussi les parents de Volodymyr Vakulenko, qui sont évidemment épouvantés, consternés, mais qui sont presque trop fatigués et usés pour pleurer, parce qu’au fond ça a été tellement compliqué, l’histoire de leur fils. Il a disparu au mois de mars 2022, ils le cherchent pendant tout l’été, on finit par se dire : tiens, il est peut-être enterré dans la fosse commune, on le déterre. On pense que ce n’est pas lui parce que Volodymyr Vakulenko avait une coiffure de Kozaque et donc il avait une queue de cheval. Donc on s’est dit : c’est une fille. Et c’est finalement grâce aux recherches ADN qu’on comprend que c’est lui. Et c’est comme s’ils n’avaient plus la force de pleurer. Et là il y a cette jeune femme que je ne connais pas, au teint pâle, diaphane, ravissante il faut bien le dire. Je crois que Guillaume Herbaut a pris la seule photo où se trouvent à la fois Volodymyr Vakulenko dans son cercueil et Victoria Amelina qui tient une bougie au-dessus du cercueil. Ça a d’ailleurs inspiré le dessin de la couverture du livre, et c’est la seule fois au fond où ils sont réunis sur une photo.

Elle n’a pas du tout été publiée. Mais c’était le cercueil fermé, n’est-ce pas?

Le cercueil est fermé. Et je les vois, et on me dit : «Tu sais, c’est elle qui a déterré le journal d’occupation de cet écrivain qu’on enterre». Et là j’écoute ça, et évidemment ça me glace, mais ça me fascine et ça me passionne aussi.

Cela te passionne parce qu’il s’agit justement de littérature. Dans ton parcours de journaliste et d’écrivaine, tu t’intéresses toujours aux écrivains. Et donc là tu as ce secret-là. Donc évidemment, c’est toute notre histoire en fait, une histoire de Victoria et de Volodymyr, qui se connaissaient à peine avant la grande guerre. Tu décris dans ton livre ce court échange de messages électroniques, quand elle a refusé sa participation au festival dans la ville de New York. Raconte-nous.

Oui, je pense qu’il rêverait d’être un grand écrivain reconnu, ce qui n’est pas le cas. Et donc il rêve de ça, et d’ailleurs je trouve ça extrêmement touchant. Je me souviens chez sa mère, j’avais lu la dédicace qu’il lui avait faite. Il avait dit : « Ton fils écrivain. » Et on voit que son plus grand rêve, c’est que ses parents le reconnaissent comme un écrivain. Alors que sa mère peut-être se dit que c’est pas forcément un métier — c’est pas un métier en fait. Et il n’arrive pas vraiment à percer, il faut bien le dire. D’ailleurs, j’ai regardé plein de vidéos et souvent quand il faisait des lectures, il disait : «Vous avez de la chance, vous êtes connu, j’espère qu’un jour je serai connu». Ça revenait beaucoup dans son discours. Et donc il adorerait évidemment aller à ce festival de New York — cette petite ville du Donbas où, quelques mois avant, Victoria Amelina avait décidé d’organiser un festival, comme une sorte de pied de nez à tous ceux d’abord qui habitent à l’ouest, et puis évidemment avec ce nom extraordinaire qui l’amuse beaucoup. Et il reçoit un message via Messenger, par Facebook. Il lui demande très gentiment : «Est-ce que je pourrais venir au festival?» Je ne sais pas très bien si elle se dit que c’est déjà programmé, qu’il y a trop de monde. En tout cas, c’est la réponse qu’elle lui donne. Et il est d’ailleurs charmant — il lui répond extrêmement gentiment. Il dit: «Je comprends très bien, peut-être à une prochaine fois, et si vous avez besoin de quoi que ce soit, je serai là». Et je trouve cet échange assez touchant.

Assez touchant parce qu’ils ne s’étaient jamais rencontrés en vrai, en personne. Et cet attachement de Victoria Amelina — on peut facilement imaginer à l’intérieur d’elle ce sentiment, la culpabilité de ne pas avoir rencontré Vakulenko. Tu as raison de dire qu’il avait du mal à percer, mais je dirais quand même — là j’ai envie de contredire un petit peu — parce que justement je me rappelle très bien de son livre, le livre vert, Livre de papa, qui était un peu connu quand même dans les années 2014-2015 et il était présenté à l’Arsenal. C’est un livre que moi j’avais à la maison. Ce sont des vers, des poèmes en fait que Volodymyr a écrits pour son fils Vitaliy — que tu viens d’évoquer, autiste. Donc il était quand même connu, l’auteur de ce livre.

C’est ça. Alors, il y a ce livre effectivement, et d’ailleurs je me souviens que tu m’en avais parlé parce que tu m’avais dit que tu l’avais acheté et lu à tes enfants. Je m’en souviens. Mais il aimerait être un romancier ou un poète un peu reconnu, et je vois bien que ça lui manque et ça le ronge quand même. Il a 49 ans, il aimerait bien qu’un jour il appartienne à ce cercle des écrivains ukrainiens, je pense. Et effectivement, tu as raison de parler de culpabilité, parce que je pense qu’elle le porte un peu comme un poids. Et quand je la vois penchée sur ce cercueil, je ne sais pas ce qu’elle se dit, mais j’imagine qu’elle se dit : « Écoute, on ne s’est pas rencontré, mais je vais faire tout pour publier ton journal et pour que tu acquières à titre posthume une forme de notoriété. Avec ma notoriété à moi, Victoria Amelina, je vais t’aider à devenir quelqu’un qu’on va reconnaître en Ukraine». Et ce sera le cas.

Et au moment où tu retrouves cette scène dans cette église dans la ville de Kharkiv — on est à Kharkiv, on n’est pas à Kapitolivka ou là où Volodymyr Vakulenko habitait avec ses parents, avec son fils — à ce moment-là, le manuscrit est déjà déterré, le manuscrit est déjà au musée littéraire, il y a déjà, comme tu le décris dans ton livre, toute l’équipe qui travaille dessus. Et Victoria Amelina, elle est en train de songer — elle n’est peut-être pas encore en train d’écrire –  à cette belle préface, n’est-ce pas? Une préface où elle dit: voilà, elle est optimiste.

Peut-être qu’elle est plus optimiste que moi d’ailleurs. Elle dit: la littérature ça peut sauver. Ça peut sauver, les mots sont peut-être plus forts que les armes, et en lisant un poète, eh bien vous le faites vivre et vous le ressuscitez d’une certaine manière.

Oui, elle dit aussi que Volodymyr Vakulenko a vaincu. C’est-à-dire que si vous lisez ces lignes, alors Volodymyr Vakulenko est vainqueur, il a vaincu la mort, parce qu’on découvre toute cette histoire. On peut imaginer que tu te diriges assez rapidement dans le village de Kapitolivka, Izioum, pour découvrir justement la famille — le père Vassyl et la mère Olena de Volodymyr — et Vitaliy, un adolescent à l’époque, il avait 14-15 ans.

Raconte-nous comment, qu’est-ce que tu as découvert d’ailleurs dans cette histoire-ci ? Parce qu’il fallait tout lire pour écrire ce livre. Ce qui est absolument incroyable dans ton livre, c’est que tu te donnes cette description très minutieuse en fait des événements, qui a demandé un travail presque policier pour découvrir tous les détails.

Alors, c’est ma manière d’enquêter quand je travaille au Monde. C’est évidemment plus compliqué pour moi en Ukraine puisque je ne parle pas ukrainien et que j’avais toujours une merveilleuse traductrice, un merveilleux traducteur. Mais parfois je sais que ça me ronge, parce que j’entends une petite intonation, un petit détail, et que je n’arrive pas à l’attraper parce que je ne parle pas l’ukrainien. Donc je ne cessais de poser des questions. Quand j’arrive, je rencontre d’abord l’oncle de Volodymyr Vakulenko. Je crois que la chose qui me frappe le plus, c’est la disposition de la maison dans le village. La maison de Volodymyr, elle est à l’entrée du village. Et les chars russes quand ils sont arrivés début mars pour occuper le village — à l’époque, ils pensaient qu’ils allaient juste passer, pas s’arrêter —, ils s’arrêtent devant sa maison et devant la fenêtre où lui-même il écrivait. C’est fascinant géographiquement de voir ça. Il y a à l’entrée du village ce petit jardinet qu’il essayait de faire vivre, non sans mal. C’est comme s’ils le désignaient déjà, comme si sa table d’écriture était déjà la cible de l’occupant russe. Ça, c’est la première chose qui m’a frappée. Et l’autre chose qui m’a frappée, c’est que je vais très vite dans la bibliothèque. Et là, la bibliothèque, elle n’est pas encore remise sur pied. Elle a été occupée par les soldats russes. Quand j’y arrive, la bibliothécaire est là. Yulia est là, un peu désemparée — je me souviens, les bras ballants. Et là je prends je ne sais pas 200 photos de tous les détails. C’est là qu’évidemment après, plongée dans mes photos, j’ai trouvé le livre de Kourkov, j’ai vu ce préservatif complètement incroyable — Faire l’amour à la russe — qui était par terre, et qui au fond est un symbole, parce qu’on a l’impression que la bibliothèque de Yulia a été violée. Et voilà, donc là je travaille un peu comme la journaliste que je suis, sur un crime, littéralement.

Exactement. Tu photographies tout. Et Yulia te dit — tu l’avais oublié — qu’en partant de la bibliothèque, tu lui dis : «Ne vous inquiétez pas, Yulia, je suis sûre que vous allez la remettre sur pied, vous allez faire une belle bibliothèque, vous allez reconstruire».

J’avais complètement oublié que je lui avais dit ça, mais elle me l’a rappelé il n’y a pas longtemps. Et évidemment, beaucoup de gens d’autres personnes ont dû lui dire la même chose, mais je me dis peut-être que j’ai apporté ma petite pierre pour lui redonner un peu le moral, parce qu’elle a été d’un courage exemplaire — bibliothécaire qui avait un mari militaire, donc qui était une cible potentielle, et qui tient tête à ces soldats qui occupent et qui souillent littéralement sa bibliothèque. Et d’ailleurs, elle leur dit : «Vous vous comportez comme des cochons». Elle n’hésite pas à leur dire ça, à ces jeunes soldats russes.

Rappelons aussi aux gens qui nous écoutent, nous regardent, que Yulia Kakulia-Danilyuk, c’est exactement la personne à qui tu dédicaces ton livre. C’est une amie, une copine très proche de Volodymyr Vakulenko. Ils étaient vraiment très amis. Elle a toujours soutenu ce qu’il écrivait parce qu’il fréquentait cette bibliothèque. C’est jamais évident d’avoir une bibliothèque dans un village où la moitié de la population n’a aucun intérêt pour la littérature, ni pour la langue ukrainienne. Donc Yulia était pour Volodymyr quelqu’un d’important, même si leurs chemins se sont séparés un peu sous l’occupation, parce que lui était surtout responsable de son fils. Et je crois que tu décris d’une manière très détaillée qu’elle a perdu la trace de Volodymyr assez rapidement et ne savait même pas, pendant de longs mois, quel était son sort.

Je me souviens qu’elle me racontait qu’avant la grande invasion, l’après-midi, il venait souvent avec son fils, il installait son fils devant des livres, et puis eux ils papotaient — politique, et cetera. Il était d’ailleurs beaucoup plus virulent qu’elle. Il ne pardonnait rien aux Russes, et parfois elle me disait : «J’étais obligée de lui dire: “Non mais là, Volodymyr, calme-toi». Et quand elle m’a raconté ces scènes, elle m’a dit: «Mais en fait, il avait raison. » Et ce que je trouve incroyable, c’est qu’en fait ils sont deux amis, deux amis qui aiment les livres, qui à partir du moment où l’occupant s’installe dans le village et où les checkpoints sont installés, ne peuvent plus se voir. Ils ne savent même pas l’un et l’autre qu’ils tiennent tous les deux un journal. Et ces deux personnes qui vivaient dans les livres — et c’est ça que je trouve extraordinaire — ont été peut-être les plus lucides, beaucoup plus que des politiques, aussi bien ukrainiens qu’européens. Volodymyr, il a compris que la guerre c’était une question de jours, et ça faisait des mois qu’il le savait. Il sait que la Russie va envahir l’Ukraine et tout le monde le prend pour un guignol. Et ce n’est pas parce qu’on vit dans les livres qu’on ne voit pas la réalité. Au contraire, c’est peut-être ça que ça nous enseigne.

Lui, il est très lucide. Tu décris aussi dans ton livre comment il a pris conscience de l’importance historique du moment que nous avons traversé lors du Maïdan de 2013-2014. Donc le moment auquel il a participé, il a été blessé, et cetera. Lui qui habitait — pendant une certaine période — à Lviv, parce qu’il y avait cette… tu racontes aussi sa vie personnelle. Tu as rencontré son ex-femme en fait, la mère de son fils Vitaliy. Donc peut-être quelques mots, raconte-nous.

Eh bien, il se rend compte — par des sites de poésie, c’est quand même assez merveilleux quand on y pense — que ça n’arriverait jamais en France parce qu’il n’y a pas de sites de poésie comme ça. C’est quand même un sport national en Ukraine, la poésie. Ils se rencontrent comme ça, c’est pas forcément évident. Lui, il hésite à quitter — ils habitent quand même à 1000 km de distance, complètement à l’est de l’Ukraine. Elle habite près de Lviv. Et c’est par la littérature au fond — elle était rédactrice ou quelque chose comme ça, correctrice — voilà, ils se rencontrent comme ça. Et puis bon, ça ne marche pas très bien, mais c’est quand même une histoire d’amour bien sûr, parce que c’est une histoire d’amour qui s’est tissée sur la poésie. C’est quand même magnifique. Et d’ailleurs, même s’il y a eu des choses compliquées, jamais jamais jamais son ex-compagne ne m’a dit un mot désagréable sur Volodymyr, et j’ai trouvé ça très touchant. Donc ils se rendent compte assez vite que leur enfant ne parle pas, est étrange, comme enfermé dans une bulle. Ils comprennent que c’est l’autisme. Et elle tombe malade, elle commence à avoir des difficultés à marcher. Elle a une maladie génétique qui la rattrape. Et je voulais raconter ça aussi en détail parce qu’on n’imagine pas que la guerre ça peut être ça aussi. C’est-à-dire qu’elle suit un traitement, elle doit aller dans un sanatorium, et puis tout d’un coup la grande invasion, et ben ça a terminé le traitement.

Et aujourd’hui elle est paralysée parce que le sanatorium est en Crimée. C’est ça.

Absolument, parce que la Crimée est occupée. Donc du coup elle est paralysée. La guerre l’a immobilisée au sens propre, et elle ne peut plus vivre avec son enfant. Elle est coupée de son enfant. Et c’est comme ça que Volodymyr s’occupe de son fils qu’il adore, et réciproquement — son fils le suit partout. Et il écrit ses livres pour son fils aussi, parce que son fils ne comprenait pas bien les livres qu’il lui achetait ou lui donnait. Il écrit des livres pour que son fils comprenne. Donc je trouve que c’est assez magnifique. Et s’il reste à Kapitolivka, c’est parce qu’il ne veut pas laisser son fils. Et si la bibliothécaire reste à Kapitolivka, c’est je pense qu’elle ne veut pas laisser ses livres. Voilà, donc les choses auxquelles on s’attache — les livres, l’enfant, l’enfant malade aussi, l’enfant que Volodymyr mentionne dans les pages de son journal.

Donc disons aussi que grâce à Victoria Amelina et toute l’équipe qui est derrière — les autres, Sophie Chelyak et Tetyana Teren qui ont beaucoup aidé pour déchiffrer le manuscrit — il a été édité en ukrainien, n’est-ce pas, avec la préface de Victoria Amelina. Il a aussi paru dans la traduction française au Québec, et dans la traduction allemande et polonaise dans d’autres maisons d’édition. Et donc ça devient un document. Et Victoria signe sa préface, début juin 2023… Qu’est-ce qui se passe après?

Eh bien, elle présente ce livre en avant-première d’une certaine manière à l’Arsenal, et après l’Arsenal se termine, elle va dîner à Kyiv avec à la fois un écrivain colombien très connu qui s’appelle Héctor Abad, qui a écrit des livres magnifiques, et puis un diplomate colombien qui est là aussi. Et le diplomate dit : «Bon, écoutez, c’est gentil tout ça, mais nous là on est restés à Kyiv — à l’époque en 2023, c’est assez tranquille, il n’y a pas les bombardements qu’on connaît aujourd’hui. Moi, je n’imagine pas retourner en Amérique latine alors qu’on est venu ici pour mobiliser l’Amérique latine, qui n’est pas très concernée par ce conflit, qui fait partie du Sud global, qui franchement n’a pas tellement d’intérêt particulier pour l’Ukraine et encore moins pour l’Ukraine victime». Il dit : «Il faudrait quand même qu’on aille quelque part. Par exemple, on pourrait aller visiter un village qui a été libéré après l’occupation russe de mars 2022». Et c’est comme ça que — alors qu’Héctor Abad, l’écrivain qui a le courage et l’humour de se décrire comme un trouillard, il l’écrit lui-même, il n’a aucune envie d’aller à l’est parce que sa femme s’inquiète — finalement, il est convaincu, et Victoria Amelina va partir les accompagner pour une sorte de petit voyage de deux jours où ils s’arrêtent à Kharkiv, un petit passage à Kapitolivka, elle leur montre le cerisier, ils vont rendre visite à la bibliothécaire, et ils dorment une première nuit à Kramatorsk, puis une seconde. Et avant de passer cette seconde nuit, ils décident d’aller manger dans une pizzeria que toi tu connais, et que connaissent tous les gens qui bougent, qui vont transporter des voitures pour les soldats, des médicaments, qui apportent beaucoup de choses sur le front. Cette pizzeria qui est une espèce d’endroit où on retrouve une population très variée de journalistes, de membres d’organisations humanitaires. Et ils s’installent là, ils commandent très vite parce qu’il y a le couvre-feu, ils dînent et ils s’apprêtent à trinquer, ils lèvent leur verre à la fin de ce séjour, quand tout d’un coup il y a une ombre noire qui arrive et un missile balistique tombe sur la pizzeria. Et j’ai voulu m’attacher à ce moment. Ça peut paraître sordide, mais au fond ce que ça voulait dire, c’est : qu’est-ce que ça veut dire qu’une guerre qui vous tombe sur la tête, au sens propre et au sens figuré ? Pour moi c’est invraisemblable. Je ne sais pas ce que c’est qu’une guerre qui me tombe sur la tête. Et on raconte assez rarement — parce que souvent les gens sont morts — ce que ça fait de se prendre un missile sur la tête. Et là, ce qui m’a semblé intéressant, c’est qu’il y a deux photographes, un écrivain, et à leur manière, mais pas tout de suite, ils vont raconter cette frappe mortelle qui va faire des dizaines de morts, dont, hélas, trois jours après, Victoria Amelina — la seule de la table, hein.

Donc ils étaient quatre et seule elle est morte.

Exactement. Après une sorte de jeu de translation et de chaise musicale où elle prend la place de quelqu’un d’autre. Enfin, tout ça c’est…

Cela m’a frappée vraiment, cet épisode, parce que justement pour comprendre ce qui se passait, tu as dû aller jusqu’au livre d’Abad pour voir comment ça se passait 

Alors, j’ai été en fait à Bruxelles rencontrer le diplomate colombien. Je voulais qu’il m’explique comment ça se passait. Ils étaient trois — ils étaient quatre, et seule Victoria… On a passé un long moment et c’est lui qui m’a expliqué qu’ils avaient acheté des bouteilles de whisky, les deux Colombiens, à l’aéroport, et qu’ils étaient en train de se servir du whisky sous la table. Donc là ils ont été protégés de cette manière, et cetera. Et Héctor Abad est un peu sourd d’une oreille. Donc il demande à Victoria Amelina : « Est-ce que tu ne veux pas changer de place avec moi ? Est-ce que tu ne veux pas te mettre à la gauche du diplomate ? » Et inversement. Et c’était une manière aussi de raconter le rôle du hasard. Certains diront la malédiction. Et ça fait écho à un poème très connu de Victoria Amelina qu’on voit ressurgir en Ukraine lorsqu’il y a des frappes, sur les comptes Facebook, et cetera : Cette fois-ci ce n’était pas moi.

Fin de l’alerte. Un poème documentaire de Victoria Amelina qui est extrêmement connu. Et d’ailleurs la dernière vidéo de Victoria vivante — en tout cas la dernière vidéo de Victoria en public — c’était justement quelques jours avant sa mort. Le 23 juin 2023, elle était à l’Arsenal. Nous étions tous là, les amis de PEN, elle était sur scène, elle lisait ce poème en particulier et deux ou trois autres poèmes, accompagnés de piano, avec Volodymyr Yermolenko. Et évidemment on n’avait aucune idée que ça serait la dernière fois qu’on la voyait. Elle n’était pas du tout censée aller à Kramatorsk, ni d’ailleurs à l’est. Elle devait aller — nous en parlions longuement — elle devait aller à Paris parce qu’elle venait de gagner une bourse de Columbia University à Paris pour passer toute l’année là-bas, pour justement terminer son livre, qui n’a paru maintenant en français que de façon incomplète. Donc on parlait de son balcon, de l’appartement que notre ami à Paris lui avait déjà trouvé. Elle parlait de l’école, comment mettre son enfant adolescent dans telle ou autre école — des choses comme ça quand on se prépare à quitter le pays. Et c’était un peu la décision de la dernière minute, autour d’une table avec les Colombiens, que de partir là-bas à l’est. Et puis après évidemment le jeu du hasard — c’est extrêmement dramatique, ces pages-là où tu décris avec autant de détails tous ces moments-là. Un autre moment très important dans ton livre, quand tu décris pourquoi cette femme, romancière, qui est devenue un peu poète au début de la grande invasion russe, pourquoi elle est devenue documentariste de crimes de guerre. Pourquoi ? Raconte-nous comment elle aurait pu rester là-bas et ne pas partir à Kapitolivka pour documenter des crimes de guerre ?

Elle est romancière effectivement, elle a écrit des essais, et tout d’un coup elle est empêchée, elle n’arrive plus à écrire de la fiction. Elle se dit : «Je n’y arriverai pas». Je crois que c’est toi qui citais dans un article — qui m’avait beaucoup intéressée — où tu réfléchissais sur ce que la guerre pouvait faire aux écrivains, et tu récitais ce texte très connu d’Adorno: « Peut-on écrire encore de la poésie après Auschwitz?» Elle ne peut plus écrire de fiction parce qu’au fond ce qu’elle a sous les yeux est tellement inimaginable et indicible qu’elle n’y arrive pas. Et donc au début, elle s’engage dans une association humanitaire, elle fait des colis et tout ça. Je pense qu’elle se dit elle-même : « Je pourrais quand même peut-être faire un peu mieux », mais elle est modeste, elle ne le dit pas ouvertement. Puis finalement, elle s’enrôle dans cette ONG qui s’appelle Truth Hounds, et elle fait une formation active pour apprendre à documenter, parce que c’est très difficile de documenter des crimes de guerre. C’est tout un métier. Il suffit qu’il manque une appréciation, une question, et cetera, pour ne pas pouvoir remonter l’affaire après à un tribunal pénal en cas de paix juste, si je puis dire. Donc c’est tout un processus. C’est un peu comme quand on apprend le journalisme — il y a des questions qu’il faut absolument poser. Et elle apprend tout ça. Et quand sur le groupe WhatsApp de Truth Hounds s’annonce cette question : « Qui voudrait aller documenter des crimes de guerre dans la région d’Izioum qui vient d’être libérée?», tout de suite elle veut y aller, parce que tout de suite elle pense à Volodymyr Vakulenko, cet écrivain qu’elle n’a pas invité à son festival, et dont elle a des nouvelles par le groupe de PEN Ukraine. Donc elle connaît l’existence de cet écrivain disparu. Elle ne sait pas encore qu’il avait écrit un journal d’occupation. Et tout de suite elle veut y aller, et elle fait partie de l’équipée qui se dirige vers Izioum, où elle découvre des choses épouvantables. Alors c’est vrai que j’avais parfois l’impression — à quelques mois de distance évidemment, je fais une pause, à quelques mois de distance et sans évidemment le savoir — qu’elle a appris à documenter des crimes de guerre, mais parfois elle fait des découvertes à Izioum: elle manque de marcher sur une biographie de Staline qu’elle trouve dans les décombres d’une salle qui servait à emprisonner les Ukrainiens. Et moi, dans la komandatura — comme on appelait ce grand local d’Izioum où ne cessait de se rendre la mère de Volodymyr pour avoir des nouvelles de son fils —, eh bien je tombe sur des dessins qu’avaient écrits de jeunes écoliers de Rostov-sur-le-Don et qu’ils envoyaient, des dessins de propagande absolument sidérants, aux soldats sur le front. Et c’est un sentiment étrange de fouler le sol comme ça. C’est comme si on marchait sur un matériau historique et qu’on était les premiers, comme quand on marche les premiers sur la Lune. Je ne sais pas comment dire, mais on marche sur des archives vivantes d’une certaine manière. Et j’avais ce sentiment-là, à quelques semaines de décalage en fait.

Et elle décrit — Victoria dans la préface — je me rappelle très bien le moment du dépouillement, quand les gens creusent les tombes de ce cimetière improvisé dans la forêt d’Izioum. Mais elle, en même temps, elle creuse le jardin du père de Volodymyr pour essayer de trouver le manuscrit, parce que son père lui a dit que Volodymyr avait laissé enterrer le journal. Et évidemment, je vois très bien que toi, tu es allée tout de suite aussi au cimetière pour voir cette fameuse tombe numéro 319.

Ouais. D’abord, j’ai été voir le cerisier, tout de suite, pour voir l’arbre en fait où tout a commencé — ou voilà, tout avait un peu changé. D’ailleurs, quand elle arrive, il y a des fougères qui ont poussé. Elle a du mal à retrouver le manuscrit, et elle y met beaucoup d’acharnement. Et elle a la franchise d’écrire dans ce livre inachevé — tout d’un coup elle dit: «Je m’en fous des crimes de guerre, ce que je veux, c’est le cahier». Elle le dit comme ça. Je trouve ça très franc. Elle dit: ça m’obsède, je veux retrouver ce livre, parce que derrière ce cahier à petits carreaux, au fond il y a toute la littérature qui a été enfouie, massacrée pendant tout un siècle, le 20ème siècle. Donc ça pouvait avoir une valeur symbolique. Et puis évidemment, je vais dans ce cimetière — eh bien, je n’oublierai jamais ce spectacle de ces tombes ouvertes avec leurs croix en bois de fortune posées là, dans des tombes vides, parce qu’on avait dû exhumer les corps entassés un peu vite. C’est avec ce pin immense qui domine le ciel quasiment.

Jamais tu n’oublieras ça. Et dans cette histoire, il y a encore un quatrième personnage que nous n’avons pas encore évoqué, mais qui joue aussi un rôle très important. Donc à côté de Victoria Amelina, Volodymyr Vakulenko et Yulia Kakulia-Danilyuk, la bibliothécaire de Kapitolivka, il y a Tetiana Pylypchuk, directrice du musée littéraire à Kharkiv — on peut dire une des cœurs du fil que toi tu décris, et qui, pendant les premières heures de la grande invasion russe, avait cinq missions particulières. En quoi consistaient ces missions?

Alors, d’abord, quand les premiers obus tombent sur Kharkiv le 24 février, elle ne comprend rien. Elle se dit: «Mais je ne sais pas à quoi ça ressemble, la guerre». Moi, la guerre, je l’ai vue dans des films, je l’ai lue dans les livres. Elle me cite d’ailleurs toute sa littérature familière où elle a entendu parler de la guerre ou l’a vue, et elle ose à peine ouvrir sa porte parce qu’elle se dit peut-être que tout va être rasé, effondré. Elle se rend compte que non. Et sa première obsession, comme justement elle s’occupe d’un musée qui tente de sauver les archives de la fameuse Renaissance fusillée de 1930 — où beaucoup d’écrivains ont été exécutés —, elle veut sauver ses archives. Et c’est son obsession. Elle veut les emmener ailleurs, dans un endroit qu’elle veut tenir secret, parce qu’on ne sait jamais. Et là, tout le musée — alors qu’ils n’ont pas trop le droit de sortir — se mobilise pour venir faire les cartons. Ils mettent tout ça dans les cartons de la Nova Poshta. Elle se rend à la gare de Kharkiv pour prendre le train vers l’ouest. Elle a réservé un compartiment. Elle met voilà sa collection dans ce compartiment. Elle s’en fiche de ne pas pouvoir dormir. Ce qui compte, ce sont les cartons. Et il y a quelque chose qui m’avait frappée, c’est qu’elle me racontait que pendant le trajet — évidemment c’est un train de réfugiés, à l’époque on est en mars 2022, il est bondé —, il y a dans le couloir une famille avec un petit enfant qui pleure et un chien. Et elle a un peu pitié d’eux. Elle leur dit : « Bon ben, regardez, prenez le compartiment, il y a des cartons partout, mais peut-être que vous pourrez quand même vous reposer un peu davantage». Et ce qui m’avait frappée, c’était ce chien qui sautait sur ses cartons d’archives, qui posait ses pattes au fond sur ce qui représentait sa vie — un peu comme les livres de la bibliothécaire de Kapitolivka, c’était sa vie. Et quand elle me racontait la scène, je ne sais pas pourquoi je voyais une scène qu’aurait pu raconter Kundera, tellement c’était absurde et poétique en même temps.

Et humain aussi en même temps. Parce qu’elle a pris ce parti-là — à la fois pour elle, évidemment, les manuscrits arrachés à l’oubli, littéralement, parce que c’étaient des écrits des écrivains qui avaient été massacrés, tués, et cetera. Donc elle les sauvait comme des êtres vivants — ses pages, ses cartons. Et d’ailleurs elle était de retour très vite à Kharkiv, qui était à l’époque vraiment littéralement sur la ligne de front, parce que l’armée russe était à 10 km de la ville, et ce jusqu’à septembre 2022, c’est-à-dire au moment de la contre-offensive ukrainienne. Donc c’était une ville où il y avait une pluie de missiles, de grenades et d’artillerie russes. Donc elle était là, elle était de retour après avoir sauvé ses archives.

Mais tu as raison de dire que ce sont comme des êtres vivants, parce que moi je me souviens très bien quand on m’a montré pour la première fois le journal de Volodymyr Vakulenko, qui était encore presque humide, puisque je suis arrivée fin 2022. Cette manière d’enfiler des gants en plastique, comme le font les chirurgiens au fond pour des corps vivants — ça m’avait beaucoup fascinée.

Donc voilà ces quatre personnes — Victoria Amelina, Volodymyr Vakulenko, les morts, et puis deux autres qui sont en vie: Tetiana Pylypchuk et Yulia Kakulia-Danilyuk de Kapitolivka, qui sont aussi les héroïnes de ton livre. Quand tu mets le point final dans cette histoire, et évidemment c’est très poétique parce que pour toi, j’imagine, c’est toujours l’histoire de la littérature, c’est toujours l’histoire de pages qui sont là malgré la mort, n’est-ce pas ? C’est l’histoire de l’amitié, du sentiment aussi, entre deux êtres qui ne se sont jamais rencontrés.

Oui. Et je me disais parfois : c’est terrible, c’est comme si au fond une sorte de pacte faustien s’était noué entre eux, parce qu’elle le tire de l’oubli, et lui d’une certaine manière l’attire aussi vers la mort. Enfin, c’est un peu trop résumé de dire ça, mais je pensais à cette espèce de pacte faustien. Alors, ce que je voulais — ce que je ne voulais pas faire —, c’est que je ne voulais pas en faire des héros. Je ne voulais pas tomber dans le pathos. Je voulais qu’on s’en souvienne. Je me suis dit : si on se souvient de ces deux-là, et bien si des lecteurs peuvent s’en souvenir, peut-être qu’ils penseront aussi à l’Ukraine. C’était l’idée d’incarner quelque chose. Mais je ne voulais pas non plus refaire une sorte de manifeste en disant : regardez, la littérature c’est plus fort que la mort. Parce que la vérité c’est que, quand je me suis rendue au cimetière de Lviv et que j’ai vu cette tombe — d’ailleurs très joliment fleurie avec des fleurs très simples — de Victoria Amelina, j’ai vu ce verre à vin, parce qu’elle adorait le vin et le champagne, rempli de crayons et de feutres. J’ai trouvé ça à la fois magnifique, mais je me suis dit : en même temps, elle n’est plus là.

Elle n’a pas terminé son livre. Et tu as raison de dire que voilà, lui est attiré vers la mort, parce que même le jour de la mort de Victoria Amelina — après trois jours de coma suite à la frappe de Kramatorsk que tu décris —, c’est le 27 juin 2023, la date de sa mort c’est le 1er juillet 2023, et c’est le jour d’anniversaire de Vakulenko — encore un jeu de coïncidences. Et ce qui est le plus important dans cette histoire, c’est que ce livre — La Guerre, ce sont les noms propres — est d’ailleurs une citation d’un autre poète ukrainien, Maksym Kryvtsov, qui est mort au front. Et donc c’est aussi une histoire … c’est comme si tu prenais le relève, on peut dire comme ça, et que tu continues à parler d’eux. 

Alors, modestement, mais c’était aussi une manière de dire: la guerre, ce sont les noms propres. Il y a d’autres noms que j’ai souhaité donner. Ce sont les noms de ceux qui ont donné l’ordre — pour l’un — de tuer Volodymyr Vakulenko, parce qu’on ne le tue pas par hasard. C’est ça qu’on voit très bien dans les documents des ONG qui ont largement exploré ce crime. On voit que les Russes qui occupent le village l’appellent celui de Maïdan, ils lui en veulent pour ça. Ils savent très bien où il habitait à Lviv, c’est quand même fascinant. Et j’ai voulu donner aussi le nom de ce gradé russe qui a décidé de frapper la pizzeria de Kramatorsk. Donc la guerre, ce sont les noms des coupables qu’on voudra retrouver, et ce sont les noms des victimes qu’il ne faut pas oublier.

Merci beaucoup Ariane pour tes réponses, et surtout pour ce livre, La Guerre, ce sont les noms propres, qui est là comme une évidence et qui continue en fait ce que Victoria a fait, ce que Volodymyr Vakulenko a fait, et qui rend cette histoire lucide et transparente.