L’Eurovision : réactions de l’Ukraine, de l’Occident et de la Russie à l’interdiction d’entrée à la chanteuse russe

L’Eurovision : réactions de l’Ukraine, de l’Occident et de la Russie à l’interdiction d’entrée à la chanteuse russe

Le 22 mars, le Service de sécurité de l’Ukraine a officiellement interdit l’entrée sur le territoire ukrainien à Yulia Samoylova, candidate russe au concours de l’Eurovision. Le motif de cette interdiction : Samoylova est allée en Crimée en violant la loi ukrainienne lors de ce voyage. Cette décision était attendue et parfaitement légale. Cependant, la Russie crie au scandale, menace l’Ukraine et l’Eurovision, alors que les Ukrainiens félicitent le SBU pour leur décision.

L’UCMC a sélectionné pour vous certaines réactions.

LUkraine : une décision incontestable

Vyatcheslav Kirilenko, Vice-Premier de l’Ukraine, a déclaré que l’Union Européenne de Radio-Télévision ne pourrait pas convaincre l’Ukraine de changer sa décision concernant Samoylova. Il vaut mieux convaincre la Russie de présenter une candidature d’une personne qui n’a pas violé les lois ukrainiennes », a noté Kirilenko sur son Twitter.

La Compagnie nationale de radio et télé ukrainienne a également confirmé que la décision du Service de sécurité de l’Ukraine sera exécutée : « La Compagnie nationale de radio et de télé ukrainienne comme organisateur de l’Eurovision 2017 exécute et exécutera la décision des institutions de l’État ukrainien, y compris la décision du SBU concernant l’interdiction de l’entrée sur le territoire ukrainien à Yulia Samoylova, citoyenne de la Fédération de Russie.

Andrii Olefirov, Ambassadeur d’Ukraine en Finlande a noté sur son Twitter : «Ce n’est pas l’Ukraine qui a  handicapé cette chanteuse russe, mais c’est son pays qui handicape des milliers d’Ukrainiens dans le Donbass. Qu’elle chante au Kremlin ».

La Russie scandalisée: le boycott, la guerre, les sanctions…..

La Russie mise sur le handicap de Yulia Samoylova. En 2016, le Bureau du Procureur de la Fédération de Russie a découvert 110 000 cas de violations des droits des personnes handicapées en Russie. Celles-ci  n’ont pas d’accès aux soins médicaux; de plus les espaces publics ne sont pas aménagés pour elles et leur droit au travail est constamment violé….À titre d’exemple, à Tcheboksary, un champion paralympique a dû trouver un moyen de descendre seul de l’avion, faute d’escalier adapté.  Des employés de l’aéroport ont proposé de le descendre comme «un bagage », mais le sportif a refusé, trouvant cela humiliant.

L’UCMC a déjà parlé du cas survenu quelques jours avant l’élection de Samoylova lorsqu’un jeune homme handicapé, Evgeni Smirnov, s’est présenté au concours de télé réalité «Instant de la gloire ». La réaction des membres du jury sur sa prestation a été loin d’être correcte : Renata Litvinova, réalisatrice russe, l’a nommé «homme amputé» et lui a proposé de lui attacher une jambe artificielle, alors que Vladimir Pozner, journaliste bien connu, a déclaré que sa prestation ne pouvait pas être évaluée de manière objective.

Cependant, après que l’Ukraine a déclaré que Samoylova était interdite d’entrée sur le sol ukrainien, précisant bien que c’était pour avoir violé la loi ukrainienne, le public russe a crié au scandale, affirmant que l’Ukraine «opprimait des personnes handicapées ».

Philip Kirkorov, chanteur bulgare célèbre en Russie, bien connu dans les années 80-90, a déclaré, avec son avocat qu’il préparait un appel aux candidats de l’Eurovision pour leur demander avant leur prestation de prononcer la phrase suivante: « Cette chanson est réalisée en l’honneur de Yulya Samoylovoy, la femme dont on a peur ici ».  C’est très étonnant d’entendre cet appel de la part d’un représentant de la Russie, pays qui accuse constamment les organisateurs de l’Eurovision de vouloir «politiser » le concours. Philip Kirkorov, qui est une grande star en Russie, s’est fait connaître grâce à ses chansons lyriques, mais aussi à son mariage raté avec une vieille bourgeoise de la musique soviétique, Alla Pougatcheva et à sa manière de s’approprier des chansons d’auteurs connus tels que Didier Marouani (vidéo en français de la conférence de presse de Marouani où il accusait Kirkorov de plagiat), Dalida, mais aussi le chanteur turc Tarkan. D’ailleurs, monsieur Kirkorov, qui se veut un expert de l’Eurovision, a déjà participé à ce concours en 1995 avec une chanson «Berceuse pour un volcan » qui lui a valu 17e place.

Philip Kirkorov,Photo: Дни.ру

Yana Roudkovska, starlette russe, s’insurge : « Comment peut-on ne pas laisser passer un candidat, d’autant plus qu’il est handicapé et représente le plus puissant des pays ».

Les politiciens déchaînés : le boycott et les sanctions. Joseph Kobzon, maître de la chanson soviétique (né en 1937 qui a démarré sa carrière en 1958 au Cirque Nikouline de Moscou) devenu désormais député du parti poutinien «Russie unie », a déclaré que l’idée d’envoyer Samoylova à Kyiv était une erreur depuis le début et qu’il «crachait 300 fois sur les organisateurs du concours ».

Joseph Kobzon Photo: Joinfo

Vitali Milonov, collègue de Kobzon dans la Chambre basse de la Douma, a annoncé qu’il composerait une liste de sanctions pour tous les organisateurs du concours de l’Eurovision à Kyiv.  «Avec l’Eurovision nous avons commencé à  jouer selon les règles du diable et nous avons reçu le mensonge et la tromperie, ce qui est tout à fait logique. Laissons les débiles chanter dans une autre rue ».

 Frantz Klintzevitch, chef adjoint du Comité du Conseil de la Fédération de la défense et de la sécurité, a déclaré que la Russie devrait boycotter l’Eurovision cette année, mais aussi dans les années à venir. Il a déclaré que «les organisateurs du concours cèdent aux caprices des autorités ukrainiennes, dans leur folle frénésie nazie ».

Cependant, certains ont traité le sujet de manière plutôt positive. Vladimir Aristarchov, ministre adjoint de la Culture de la Russie, estime que l’Eurovision est une honte : « C’est un événement politisé au maximum qui promeut des valeurs qui nous sont étrangères ou plutôt une absence de toute valeur. Et la participation à ce concours est une honte », a-t-il déclaré.

Le sujet  1 dans les médias russes. Les attentats à Londres, la Syrie, toutes les infos s’éteignent face à cette nouvelle. Désormais, la décision du SBU devient le sujet  №1 dans les médias russes, les tables rondes et les discussions des experts sont immédiatement engagées.

Tout de suite, après l’annonce du SBU, les médias russes ont publié imprudemment  l’information qu’aucune chaîne russe ne diffuserait l’Eurovision en signe de protestation contre la décision des autorités ukrainiennes.  Probablement, ne savent-ils pas qu’un pays qui refuse de diffuser le concours, ne pouvait pas envoyer son candidat l’année suivante…

Sur la chaîne la plus importante du pays, «1 Première chaîne », un talk-show est organisé le soir même. On discute de la décision du SBU, de l’Europe, des États-Unis, de la discrimination… Des invités ukrainiens essaient de dire que la Russie rallume la guerre. En direct, sur la chaîne principale russe, le présentateur Artem Cheygune, interrompt les invités : «Et quand l’Ukraine interdit à notre chanteuse de participer à l’Eurovision, n’est-elle pas en train de rallumer la guerre? ». Cela fait peur, on a vraiment l’impression que certains Russes sont capables de détruire des pays entiers avec l’arme nucléaire, uniquement parce que leur candidate n’ira pas à l’Eurovision….

L’Occident : la décision revient à l’Ukraine

Thomas Rymer, attaché de presse du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’Homme de la mission spéciale de suivi de l’OSCE,  a déclaré : «  En vertu du droit international, les États ont le droit de décider d’accepter ou de refuser l’entrée dans leur pays à qui que ce soit, et il n’y a aucune obligation de la part de l’OSCE, que je connais bien, d’identifier un pareil cas comme une violation des droits de l’Homme ».

L’Union Européenne de Radio-Télévision se dit «profondément déçue par la décision de l’Ukraine concernant l’interdiction de l’entrée en Ukraine à la candidate russe », mais affirme qu’il faut respecter les lois des pays qui accueillent l’Eurovision.

Yulia Samoylova a rapidement réagi à la décision du SBU, mais apparemment, elle ne l’a pas bien lue ou elle n’a pas compris qu’elle était sanctionnée pour avoir violé la loi ukrainienne. Ainsi, elle trouve la décision du SBU «très drôle » : «C’est très drôle à regarder, car je ne comprends pas ce qu’ils ont trouvé en moi. En moi, petite fille que je suis, ils ont vu une menace quelconque. En fait, je ne suis pas triste. Je continue à travailler, je pense que ça va s’arranger ».  Même si cela ne s’arrange pas cette fois-ci, la chanteuse russe a toujours ses chances de participer à l’Eurovision, car la Société nationale de radio et télé russe a annoncé que Samoylova représenterait la Russie à l’Eurovision 2018, à moins que l’Ukraine ne gagne une deuxième fois…

 

 

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