Le journalisme indépendant en Ukraine: pourquoi faut-il un Prix Gongadzé

Le journalisme indépendant en Ukraine: pourquoi faut-il un Prix  Gongadzé
le 17 mai 2019.

Le journalisme indépendant en Ukraine: pourquoi faut-il un Prix Gueorgui Gongadzé?

En 2019, un nouveau concept de distinction honorifique dans le domaine du journalisme est apparu en Ukraine. Il s’agit du Prix Gueorgui Gongadzé. Son fondateur est Le PEN Club d’Ukraine, en partenariat avec l’Association des diplômés de la Kyiv-Mohyla Business School et le journal en ligne «Ukrainska pravda». L’UCMC est partenaire du prix dans le secteur de l’information.

Le prix vise à soutenir les journalistes qui suivent les principes et les valeurs du journalisme indépendant, font preuve de professionnalisme, de compétence, d’innovation, créent des supports permettant de résoudre ou de comprendre certains problèmes et changements de société dans le pays, et apportent également une contribution importante au développement de l’environnement médiatique.

Qui était Gueorgui Gongadzé?

Gueorgui Gongadzé (1969-2000) est un journaliste ukrainien, fondateur du journal en ligne «Ukrainska pravda». L’assassinat de ce journaliste en 2000 a été l’un des événements les plus importants de l’Ukraine indépendante et a eu un impact considérable sur le cours de l’histoire.

Le père de Gueorgui, Ruslan Gongadzé, est né en Géorgie. Il était médecin hygiéniste en chef du district et sa mère, à moitié française, à moitié allemande, est née à Paris. Diplômé de la faculté d’architecture de l’Université de Tbilissi, Ruslan Gongadze a trouvé sa vocation dans le cinéma en devenant un réalisateur de documentaires géorgien très connu.

La mère de Gueorgui, Lesya Gongadzé (née Korchak), médecin spécialiste, s’est mariée avec Ruslan Gongadzé en 1968. Jusqu’au milieu des années 1990, elle vivait à Tbilissi.

Gueorgui Gongadzé est né à Tbilissi, a grandi, étudié et est arrivé en Ukraine en 1989 à Lviv. Il a fait des études de cinéma, rencontré une étudiante de la faculté de droit, Myroslava Petryshyn, qui est devenue en 1995 son épouse et la mère de ses filles jumelles, Nonna et Solomiya (nées en 1997).

En 1995, Gueorgui et Myroslava se sont installés à Kyiv et ont commencé à travailler à la télévision.
En 2000, Gueorgui a créé un site d’actualités en ligne «Ukrainska Pravda» sur lequel ont été publiés, entre autres, des documents sur le président sortant Leonid Kutchma et son entourage.

Son adjointe à l’époque était Olena Prytula, rédactrice en chef du journal en ligne et actuellement veuve du journaliste Pavlo Cheremet, assassiné en 2016.

Le meurtre de Gongadzé: un crime sans condamnation

Gongadzé a disparu à Kyiv le 16 septembre 2000. En novembre de la même année, un corps décapité a été découvert dans une forêt de la région de Kyiv, qui, selon les experts, aurait pu appartenir à Gongadzé. Les restes ont été entreposés à la morgue de Kyiv.

Il a été enterré en mars 2016 à Kyiv. À l’époque, la famille du journaliste a souligné que l’affaire ne devait pas être close avec l’enterrement du journaliste et qu’il faudrait trouver les commanditaires du meurtre.

L’enquête, qui a débuté au début de l’année 2000, a abouti à la condamnation en 2013 de l’ex-général du ministère de l’Intérieur, Oleksiy Pukach, à la prison à vie. Le tribunal a reconnu Pukach comme l’exécuteur du meurtre de Gongadzé, les commanditaires du meurtre n’ont pas été identifiés.
À l’automne 2000, en Ukraine, des enregistrements audio impliquant le président Koutchma, ainsi que l’adjoint du président Volodymyr Lytvyn et le ministre de l’Intérieur Iouri Kravtchenko sont publiés, ce qui sera appelé le «Scandale des cassettes». Leur authenticité est cependant mise en cause.

La disparition et le meurtre de Gueorgui Gongadzé ont provoqué une large résonance en Ukraine et à l’étranger. Ainsi, en Ukraine, des actions de protestation à grande échelle connues sous le nom de «l’Ukraine sans Koutchma» ont été engagées pour protester contre la disparition et le meurtre du journaliste. Les manifestants ont accusé le président d’alors, Leonid Koutchma et son entourage immédiat, de la disparition du journaliste et ont exigé la démission de Koutchma et de ses proches collaborateurs.

Pour qui le Prix Gueorgui Gongadzé a-t-il été créé?
Gueorgui Gongadzé était un homme qui refusait de reconnaître la défaite, n’a jamais abandonné et n’a jamais dévié de son chemin. La décision de Gueorgui Gongadzé de fonder en 2000 le journal en ligne «Ukrainska Pravda» a été une étape révolutionnaire, et en même temps novatrice, qui a influencé la création d’un journalisme indépendant en Ukraine.

Le Prix Gueorgui Gongadzé est destiné à soutenir les journalistes qui ne craignent pas les défis, qui sont capables de trouver des moyens innovants de communiquer des informations, de promouvoir la mise en œuvre de réformes libérales en Ukraine, d’ouvrir de nouvelles opportunités pour l’environnement médiatique dans son ensemble, capables de créer de la cohérence dans leurs activités, et de rester fidèles aux principes et valeurs professionnels.

La composition du jury décernant le Prix Gueorgui Gongadzé
La composition du jury de cette année inclus des Ukrainiens connus: Myroslava Gongadze, épouse de Gueorgui Gongadzé, journaliste, rédactrice en chef et responsable du service ukrainien de« Voice of America », le Président du PEN club ukrainien l’ écrivain Andreï Kourkov, la journaliste, co-fondatrice et propriétaire de l’édition « Ukrainska pravda» Olena Prytula, Mykola Demtchenko, président de l’Association des diplômés de l’École du business auprès de l’Académie Mohyla de Kyiv, Yevhen Hlibovutskyi, expert en stratégie, chef de la société d’experts pro.mova, Alla Lazareva, journaliste, traductrice, correspondante de l’édition «Tyzhden» en France, Olexandre Savrouk, doyen de l’École du business auprès l’Académie Mohyla de Kyiv, Larysa Denysenko, journaliste, écrivaine et militante des droits de l’homme, Serhii Plokhiy, professeur d’histoire, directeur de l’Institut ukrainien de recherche de Harvard.
Les candidats au prix: Trois gagnants potentiels
Cette semaine, le jury du prix Gueorgui Gongadzé a annoncé une liste restreinte de candidats pour le prix. Il comprenait les journalistes Vakhtang Kipiani, Taras Prokopychyn et Serhii Rachmanin.

Vakhtang Kipiani (1971) – journaliste, publiciste, historien. Rédacteur en chef de la publication Internet «La Vérité historique» et du journal du même nom sur la chaîne ZIK. Fondateur du Musée-archives de la presse.

Taras Prokopychyn (1991) – directeur général et l’un des fondateurs du projet médiatique The Ukrainians. Le fondateur du projet Creatives, qui est le magazine en ligne des leaders des industries de la création.

Serhii Rakhmanin (1969) – Premier rédacteur en chef adjoint du journal «Dzerkalo Tyzhnia», auteur des émissions «Apocryphe» à la radio «NV» et «Jeu des classiques» sur la chaîne de télévision ZIK.

Cette année, 21 journalistes ukrainiens avaient été inscrits sur la liste longue des nominés pour le Prix Gueorgui Gongadzé. Seuls les journalistes qui travaillent en Ukraine et qui sont dans la profession depuis 5 ans peuvent poser leur candidature pour le prix. La récompense pour le lauréat est de 3 000 $.

Le nom du lauréat sera connu lors de la cérémonie solennelle du 21 mai. Ce jour-là, Gueorgui Gongadzé aurait eu 50 ans.

Partager sur les réseaux sociaux

Twitter