La vie des musées pendant la guerre – entretien avec Olga Apenko

Comment un musée vit-il pendant la guerre? Que faire des collections et des fonds à l’approche de l’armée ennemie? Comment un musée se réinvente-il au lieu de fermer ses portes aux visiteurs? Nous rencontrons Olga Apenko, chargée de documentation au musée Khanenko à Kyiv. Olga Apenko a été chargée de mission au musée de Louvre en 2022-2024, où elle s’occupait de l’exposition des icônes byzantines de la collection Khanenko.

Bonjour Olga, vous êtes chargée de documentation au musée Khanenko à Kyiv. C’est l’un des musées les plus importants de la capitale ukrainienne. 

Vous avez aussi été, par le passé, chargée de mission au musée du Louvre, du printemps 2022 jusqu’au début de 2024. Vous connaissez donc la vie des musées et vous pouvez comparer la vie d’un musée tel que le Louvre à Paris avec celle du musée Khanenko ici, à Kyiv, à quelques kilomètres à peine de l’endroit où nous parlons aujourd’hui.

Ma première question: comment un musée peut-il fonctionner quand il y a la guerre, quand il y a des bombardements, quand il y a des alertes aériennes ? Comment le musée continue-t-il à vivre?

La question du musée pendant la guerre est immense, c’est une question qu’on se pose tous les jours quand on travaille ici.

Il faut dire qu’au tout début de la guerre de grande échelle en 2022, je n’étais pas ici avec mon équipe au musée. J’avais un enfant très petit et nous avons décidé de partir à l’étranger. C’est pour cela que je me suis retrouvée en France à ce moment-là.

Mais mes collègues, dès les premiers jours, se sont bien sûr chargés d’évacuer la collection et de la conserver dans un endroit plus sûr. Au bout d’environ sept semaines, l’ensemble des 25 000 œuvres était caché, grâce à un effort énorme de l’équipe.

Après cela, on a commencé à se poser des questions: il n’y a plus d’œuvres sur les murs du musée, comment est-ce qu’on fonctionne? Et je crois que nous répondons encore à cette question tous les jours, jusqu’à maintenant, en trouvant toujours des réponses différentes.

Au début, la vie du musée s’est arrêtée pendant un certain temps. Il n’y avait pas grand-chose, peut-être pendant un mois ou deux. Mais ensuite, c’était l’été, et notre équipe s’est rendu compte que le public continuait à venir. C’était incroyable, parce que le musée était vide, mais les personnes qui avaient l’habitude de venir au musée ont continué à venir.

Les collègues ont d’abord ouvert le jardin intérieur du musée et ont commencé à y organiser une programmation pour les enfants et les familles. C’était très populaire, les gens venaient et revenaient.

Ensuite, nous avons commencé à réfléchir à la programmation du musée à partir de projets d’art contemporain. C’est-à-dire que, puisque nous avions des œuvres d’artistes contemporains, ainsi que les commissaires responsables de ces œuvres, nous pouvions travailler avec eux.

Nous ne pouvons pas sortir les œuvres de la collection nationale. Nous avons pris cette décision parce que nous sommes responsables de cette collection nationale et qu’il nous est impossible de la mettre davantage en danger. Mais si des artistes et des responsables de collections privées sont prêts à nous prêter leurs œuvres, même en temps de guerre, nous sommes ouverts à des projets avec eux.

Finalement, nous nous sommes retrouvés avec beaucoup de projets issus de cette dimension privée et de l’art contemporain. Depuis  la fin de 2022, le musée n’a jamais été vide. Nous avons toujours des expositions, très différentes de ce que nous avions avant.

Avant, notre spécialisation était l’art ancien, classique. L’exposition permanente était constituée d’œuvres allant jusqu’à la fin du XIXᵉ siècle, tout début du XXᵉ siècle. À l’origine, le musée reposait sur une collection privée, celle de la famille Khanenko, qui a collectionné des œuvres partout en Europe, en Italie, en France, en Allemagne, en Autriche. Ils ont beaucoup voyagé, et c’est grâce à ces voyages que cette collection a été constituée.

Aujourd’hui, nous nous trouvons face à quelque chose de complètement différent. Et nous avons presque la même fréquentation, presque le même public qu’avant l’invasion russe.

Quand vous parlez de l’exposition permanente qui a été cachée, évacuée, évidemment, c’était une pratique adoptée par la majorité des musées nationaux, sauf quelques tristes exceptions.

Rappelons peut-être à nos auditeurs le triste sort du musée des Beaux-Arts de Kherson, qui n’a pas pu être évacué pour des raisons évidentes, puisque les troupes russes sont arrivées très tôt. À la fin de leur occupation, avant la libération ukrainienne, ils ont pillé entièrement le musée. Plusieurs dizaines de milliers d’œuvres ont été mises dans des sacs noirs en plastique, emportées quelque part en Crimée, et depuis, on a perdu leur trace.

Je vais vous poser cette question, même si je sais que vous allez me dire que c’est un secret. Où se trouve la collection permanente? 

Tout le monde nous pose cette question depuis 2022. C’est une question à laquelle on ne répond jamais. Disons qu’une partie est en Ukraine et qu’une autre partie est à l’étranger. Il y a en réalité une grande partie de notre collection qui voyage en ce moment. C’était aussi une décision consciente de la directrice et de l’équipe de ne pas simplement cacher le patrimoine. Quand on parle de notre musée, il ne s’agit pas seulement du patrimoine ukrainien, mais du patrimoine mondial.

L’idée n’était pas de cacher ce patrimoine, mais de le faire parler de ce que nous vivons en ce moment. Parce que chaque fois que nous organisons une exposition à l’étranger, elle raconte aussi les conditions dans lesquelles elle a été organisée.

Je n’ai plus les chiffres exacts, mais ce sont des dizaines d’expositions à l’étranger que nous avons organisées depuis le début de l’invasion. Il y a bien sûr un objectif de conservation: on envoie les œuvres pour des expositions, mais on sait que là-bas, elles seront conservées dans de bonnes conditions, hors danger et en toute sécurité.

On peut dire que les œuvres les plus rares et les plus importantes ne se trouvent pas en Ukraine à l’heure actuelle, notamment les icônes byzantines. Nous les avons envoyées au Louvre. Elles représentent environ 50 % de ce que nous conservons de ce groupe-là.

Dans le monde entier, il n’existe qu’une dizaine d’icônes des VIᵉ et VIIᵉ siècles, créées avant l’époque iconoclaste, qui ont survécu à l’iconoclasme. Quatre de ces icônes du mont Sinaï se sont retrouvées dans une collection à Kyiv, dans des circonstances historiques très complexes.

Aujourd’hui, nous sommes responsables de cette partie du patrimoine d’une importance vraiment mondiale. Nous ne pouvions pas nous permettre de les laisser dans les conditions de la guerre. C’est pourquoi la décision a été prise de les envoyer en France, notamment au Louvre, où était en train de se créer le nouveau département des Arts de Byzance et des chrétiens d’Orient.

Ce département, avec Maximilien Durand à sa tête, a joué un rôle décisif. Ils ont décidé immédiatement de nous aider à sauvegarder ces objets, ainsi que quelques autres. Ces œuvres ont été exposées au Louvre en 2023, dans une petite salle, non loin de la Joconde.

Parlons de cette exposition. Comment a-t-elle été reçue au Louvre, qui est évidemment un très grand musée?

D’abord, c’était exceptionnel parce que nous avons préparé cette exposition en six ou sept mois, alors que normalement, au Louvre, les expositions sont planifiées cinq ou six ans à l’avance. Mais là, comme il s’agissait d’un projet très important, à la fois en raison de la valeur du patrimoine présenté et du message que nous devions transmettre, nous avons tous travaillé jour et nuit, des deux côtés, pour la réaliser très rapidement.

J’ai beaucoup aimé la scénographie. Elle était bleue, sombre, un peu cosmique. Nous avons pu présenter ces quatre icônes des VIᵉ et VIIᵉ siècles, réalisées en encaustique, une technique extrêmement rare qui a survécu depuis cette époque, ainsi qu’une icône byzantine en micromosaïque du XIVᵉ siècle. C’est quelque chose d’extrêmement rare.

Nous avons bénéficié d’une très large couverture de la presse française et internationale. Il y a eu des centaines de publications sur cette exposition, même si elle était très petite, une seule salle.

Ce qui était très important pour nous, c’est que c’était la première fois dans l’histoire du Louvre que des textes en ukrainien étaient affichés sur les murs du musée. Rien que d’en parler me touche encore aujourd’hui. C’était extrêmement important et très émouvant.

C’était une initiative du Louvre. Bien sûr, nous aurions pu le proposer, mais ce sont les collègues du Louvre qui ont suggéré d’avoir des textes en français, en anglais et en ukrainien. Il y avait déjà eu une exposition ukrainienne en 2012, consacrée aux sculptures de Pinzel, mais à l’époque, il n’y avait pas de textes en ukrainien.

Là, nous avons pu faire entendre la langue ukrainienne. C’était quelque chose de très, très important.

Cette tradition s’est poursuivie au Louvre-Lens, qui a présenté une autre partie de ce groupe d’œuvres envoyées en France à l’époque. Cette exposition est toujours en cours et durera jusqu’à la fin de l’année. Elle porte sur des icônes un peu plus modernes, du XVIIᵉ siècle, issues de l’école crétoise, notamment celles de Theodoros Poulakis.

Là aussi, les textes sont en français, en anglais et en ukrainien. Le Louvre-Lens a également décidé d’approfondir la question de la sauvegarde du patrimoine pendant la guerre. Le musée a été fortement touché pendant la Seconde Guerre mondiale et sait très bien ce que signifie une évacuation rapide et ce que la guerre peut détruire.

Il y a tout un mur consacré au patrimoine pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale, avec une attention particulière portée à la Convention de La Haye de 1954, qui est aujourd’hui totalement violée par la Russie. On parle clairement de l’absence de respect du droit international et de la protection du patrimoine culturel en temps de guerre.

Cette convention est aujourd’hui complètement bafouée. Le musée évoque aussi la guerre actuelle en Ukraine. Tous ces discours, tout ce travail autour de ces thèmes, nous les considérons comme faisant partie d’un immense effort de diplomatie culturelle mené en ce moment.

Pour nous, il est très important que ces messages aient été formulés avec nos collègues en France. Cela montre qu’il y a une vraie compréhension de leur part de ce que nous vivons en ce moment, ainsi qu’un grand soutien et une grande solidarité dans cet effort commun.

Ces deux expositions ont été pour nous des événements vraiment exceptionnels. Le Louvre-Lens nous a demandé à deux reprises de prolonger l’exposition. Elle dure donc très longtemps. Elle est gratuite, ce qui est remarquable, car normalement les expositions au Louvre-Lens ne sont pas gratuites. Celle-ci est accessible à tout le monde, et la scénographie est elle aussi exceptionnelle.

Il faut aussi garder à l’esprit que ce n’est pas uniquement une exposition, mais un geste de solidarité de la part du Louvre, qui conserve et protège cet art. Ce sont des œuvres uniques, protégées pendant la guerre, tant que nous, malheureusement, ne pouvons pas les protéger à Kyiv, puisque la capitale est aujourd’hui sous des bombardements permanents.

Nous parlons ici d’un danger bien réel et actif. On peut facilement imaginer combien de musées, des dizaines de musées, ont été touchés, détruits ou endommagés dans les régions de Louhansk, Zaporijjia, Kherson ou Mykolaïv. Ce sont toutes des régions où les musées ont beaucoup de mal à survivre physiquement.

Vous avez évoqué cette nouvelle vie du musée, cette sorte de page blanche, ces murs vides à partir desquels il a fallu réinventer un musée, réinventer quelque chose. Vous dites qu’aujourd’hui, il y a autant de visiteurs qu’avant la grande invasion.

Actuellement, il y a une exposition particulièrement intéressante au musée Khanenko. Elle est consacrée à l’Afrique et aux questions postcoloniales. Pouvez-vous nous expliquer le concept?

Il s’agit en fait d’une nouvelle collaboration avec des collectionneurs privés, qui nous ont en partie prêté et en partie offert leur collection. C’est un couple de collectionneurs qui a travaillé pendant près de trente ans dans le domaine de la santé publique dans plusieurs pays d’Afrique. Ils ont constitué une collection d’objets provenant de différents pays et ont décidé qu’ils souhaitaient la présenter dans un musée.

Pour nous, c’était un grand honneur qu’ils choisissent de travailler avec notre institution. Les collègues qui sont commissaires de cette exposition se sont posé une question plus large, qui dépasse une approche purement esthétique ou simplement informative, d’où vient cet objet, à quoi sert-il, est-ce beau ou pas.

Ils ont développé toute une réflexion autour de la provenance de nos connaissances sur l’Afrique. Comment ces connaissances se sont-elles formées ? Elles se sont rarement construites à partir de contacts directs avec les pays concernés. Ces objets arrivaient presque toujours via des pays européens.

En Ukraine, à l’époque soviétique, ce n’était même pas directement l’Europe occidentale: tout passait par la Russie. C’était une autre forme d’impérialisme du savoir.

Pour nous, il était important d’entrer en contact avec des représentants de différentes cultures et de différents pays afin de comprendre plus directement de quoi il s’agit, ce que ces objets signifient pour chaque pays, pour chaque communauté.

Je crois que les collègues ont accompli un travail énorme. Ils ont aussi été soutenus, en termes de contacts et de connaissances, par Bénédicte Savoy, qui est une figure majeure en Europe sur ces questions et qui a profondément fait évoluer les débats.

Les collègues ont beaucoup consulté son travail, échangé avec elle sur les objets et sur leur contexte. Elle est également venue personnellement pour le vernissage et a donné une conférence remarquable. Il y avait beaucoup de monde, même si c’était en pleine journée, en semaine. Il y avait des étudiants de l’université voisine, mais aussi notre public habituel.

C’était très intéressant et très enrichissant. Pour le vernissage, nous avons aussi accueilli des représentants des ambassades de pays africains ainsi que des membres des communautés africaines en Ukraine.

Il faut souligner qu’il s’agit de la première exposition depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991 consacrée au patrimoine africain. Là encore, à cause de cet impérialisme du savoir, ce sujet était considéré comme secondaire au centre de l’Union soviétique, puis il est resté marginal par la suite.

Nous n’avions même pas de bons ouvrages récents dans notre bibliothèque, pourtant très riche. Il n’y avait que quelques livres anciens. Les collègues ont dû chercher, acheter de nouveaux ouvrages, acquérir de nouvelles connaissances.

C’est donc un véritable événement. C’est la première exposition de ce type, et elle nous est très chère aujourd’hui, parce qu’elle ouvre aussi de nouvelles voies de communication et de diplomatie culturelle.

Nous souhaitions aussi créer un lien avec ce que l’on appelle aujourd’hui le «Sud global». Nous espérons que le Sud global puisse nous comprendre, et nous essayons aussi de le comprendre. Finalement, nous partageons des expériences très similaires. Les personnes présentes au vernissage ont toutes souligné cette proximité entre nos vécus.

Il y a toujours une métropole qui tente d’imposer sa vision, d’«éduquer», de «civiliser», selon ses propres termes, sans tenir compte de la culture existante. Pour nous, cette exposition a été un moment de compréhension des richesses, de la pluralité des visions du monde, des esthétiques différentes, des croyances différentes.

Je pense sincèrement que cette exposition est une grande réussite. Je suis très heureuse qu’elle ait aussi un effet miroir, car nous y avons vu des éléments qui nous relient directement à cette expérience. Et il est frappant de constater que, tant d’années après l’indépendance de l’Ukraine, c’est la première fois que nous accueillons une exposition consacrée à l’art africain.

Quand nous parlons aujourd’hui du musée «vide» pendant la guerre, il y a souvent un accent mis sur le présent, sur l’art contemporain, les collections modernes, comme si elles étaient moins précieuses que l’art ancien. C’est un peu la réalité à laquelle nous sommes confrontés. D’où cette nécessité, pour le musée, de se réinventer.

Vous dites que le public est toujours présent. Comment expliquez-vous ce soutien constant du public pendant la guerre, alors que les gens vivent dans un état de stress permanent, avec les bombardements, les alertes aériennes, les coupures d’électricité qui sont malheureusement revenues?

C’est quelque chose de très touchant. Je crois qu’avant l’invasion, nous ne réalisions pas vraiment l’importance du musée pour le public. C’était presque automatique, les gens venaient au musée, cela semblait normal.

Mais quand le musée s’est retrouvé vide, nous avons commencé à nous poser des questions. Et peu à peu, nous avons compris que nous étions devenus un lieu sûr pour beaucoup de personnes. Déjà, le bâtiment lui-même, construit au XIXe siècle, a traversé les deux guerres mondiales du XXe siècle. Il est toujours là. Il est au centre-ville. On peut toujours y revenir.

Il y a ce sentiment de stabilité, de continuité. «Ce lieu existe toujours. Je l’ai visité il y a vingt ans, je peux encore y venir aujourd’hui». Pour nous, il est très important de donner cette impression de normalité, même au cœur d’une réalité profondément anormale.

Avant l’exposition africaine, nous avions présenté une exposition consacrée aux artistes ukrainiens de l’École de Paris. Des collectionneurs privés nous avaient prêté des œuvres magnifiques. Ces œuvres rappelaient ce que l’on voyait autrefois dans le musée. Les visiteurs disaient : «Les cadres dorés, c’est comme avant, on reconnaît cela».

Avec cette exposition, nous avons ressenti un véritable retour à une forme de normalité muséale. Nous avons vu des visages apaisés, presque soulagés, comme si quelque chose de familier revenait.

Pour cette exposition, il était aussi important de créer un espace thérapeutique. Nous avions aménagé une salle où était projeté un film de 1928 sur Montparnasse. Il y avait de petites tables, comme dans un café parisien, avec des lampes. Les visiteurs pouvaient dessiner, rester aussi longtemps qu’ils le souhaitaient.

C’était une démarche consciente. Après des nuits passées dans les salles de bain à cause des bombardements, à suivre des nouvelles terribles, les gens pouvaient venir au musée le matin et voir des peintures dans des cadres dorés, comme avant. Regarder un film tourné avant la Seconde Guerre mondiale, ressentir cette joie de vivre transmise par ces images, par ces petites lampes dorées sur des tables rappelant une terrasse parisienne.

C’était aussi une manière d’offrir un sentiment de voyage. À ce moment-là, beaucoup de personnes ne peuvent pas voyager, notamment les hommes, en raison de la loi martiale, mais aussi pour des raisons financières ou de sécurité. Nous voulions permettre aux visiteurs de «voyager» sans quitter Kyiv.

Aujourd’hui, chaque exposition n’est pas seulement une question d’accrochage des œuvres. Nous réfléchissons aussi à la manière de réconforter les visiteurs, de les soutenir. Cela nous aide aussi nous-mêmes, car nous faisons partie de ce public.

Le musée est, par nature, un espace hors du temps. Il propose un dialogue avec le passé et avec le présent. On a souvent l’impression que le temps s’y arrête. Cela permet une sortie temporaire de l’actualité, qui est particulièrement lourde et douloureuse pour les Ukrainiens.

C’est en cela que l’art et le musée ont une dimension thérapeutique. Nous avons conservé tous les dessins réalisés par les visiteurs pendant cette exposition. Ils constituent déjà un document important de cette période de guerre.

Il y a des dessins réalisés par des soldats en permission, avec des messages de leur brigade, par des enfants qui dessinent le drapeau, la paix. Dans vingt ans, les chercheurs qui viendront étudier l’histoire du musée pendant la guerre y trouveront un témoignage précieux de l’état d’esprit de nos visiteurs. Ces dessins sont déjà dans les archives du musée et seront peut-être un jour exposés, qui sait, même au Louvre.

Merci beaucoup, Olga, pour cet entretien et pour votre travail au musée, qui soutient le moral des visiteurs et joue un rôle psychologique essentiel pour les habitants de Kyiv, alors que l’Ukraine entre bientôt dans sa cinquième année de guerre.