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Rêver de l’Europe et « cultiver son jardin »: ce qu’il faut retenir du sommet Ukraine-UE

Rêver de l’Europe et « cultiver son jardin »:  ce qu’il faut retenir du sommet Ukraine-UE
Kiew, le 13 juillet 2018.

Le 20ème sommet Ukraine-Union européenne a eu lieu à Bruxelles le 9 juillet. Les entretiens du président Porochenko avec des responsables européens n’ont pas apporté de résultats sensationnels. Mais ce sommet, à la différence des deux années précédentes, s’est terminé par la signature d’une déclaration commune, qui contient de nombreuses thèses importantes pour l’Ukraine. En outre, une discussion sur « l’intégration sectorielle » a eu lieu, ce qui pourrait constituer une étape importante après la mise en œuvre de l’Accord d’association. Porochenko a exprimé sa gratitude aux leaders européens pour l’évaluation positive des réalisations de l’Ukraine, et l’UE lui a rappelé une fois de plus qu’il était nécessaire de continuer à lutter contre la corruption. Quoi d’autre à savoir sur la réunion à Bruxelles ?  Lisez donc le compte-rendu de l’UCMC.

À première vue : les grandes lignes.La partie publique du sommet Ukraine-UE, à savoir la conférence de presse conjointe des trois présidents de l’Ukraine, du Conseil de l’UE et de la Commission européenne, était empreinte de sympathie mutuelle et de gestes amicaux. Le président du Conseil de l’UE Donald Tusk parlait en ukrainien et en polonais, Porochenko s’exprimait en anglais, le président de la Commission européenne Juncker faisait des blagues. Les trois discours se sont complétés l’un l’autre. Ce fut un très bon geste pour ce sommet du jubilé, ou peut-être le désir de montrer que les relations de l’Ukraine avec l’UE sont basées sur beaucoup de choses positives, pas seulement sur des revendications et des critiques mutuelles. À la veille de la campagne électorale, pour Porochenko, ce sommet est la clé pour le succès.

Sympathie sans détails.L’atmosphère sympathique a soulevé la suspicion de certains observateurs. Rikard Jozwiak, correspondant de Radio Svoboda à Bruxelles depuis 10 ans, a surtout observé des échanges de gentillesses entre les hommes politiques lors du sommet et leur désir de se concentrer sur le passé, destiné à masquer l’absence de projets communs pour l’avenir: « Ce sommet n’a pas résolu quoi que ce soit. Nous avons vu trois présidents Porochenko, Tusk et Juncker discuter de ce qui a été fait dans le passé. Et ils n’ont pas mentionné le futur. Il n’y a pas de mouvement vers l’avant dans de nombreux domaines », selon son commentaire pour  Hromadske. « Ce fut une réunion à laquelle Tusk et Juncker pouvaient remercier leur bon ami Porochenko, car c’était probablement leur dernière réunion à leurs postes respectifs. C’était le ‘chant du cygne’ du président ukrainien, qui était le meilleur dans les relations entre l’Ukraine et l’UE (…) Ils ont remercié Porochenko et lui ont souhaité le meilleur pour après son départ ».

L’inflation du rêve européen : les points négatifs du sommet pour l’Ukraine.L’absence de décisions majeures du sommet est, tout d’abord, une autre preuve de l’absence de perspective d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Après tout, les politiciens ukrainiens, dirigés par le président Porochenko, insistent constamment sur cet objectif des relations avec l’UE. L’Ukraine en tant que membre de l’UE est un choix de civilisation, un modèle pour le développement et, enfin, a une dimension sécuritaire. Par conséquent, la société ukrainienne attends beaucoup de choses des sommets entre l’Ukraine et l’UE . Si la déclaration du sommet ne mentionne pas la perspective de l’adhésion de l’Ukraine à l’UE, une grande partie de la société estime que rien ne s’est passé.

Comment les Ukrainiens comprennent-ils l’intégration européenne ? Toutefois, il serait exagéré de supposer que l’intégration européenne est vue par les Ukrainiens uniquement comme une future adhésion à l’UE. Selon le centre d’enquêtes « Nouvelle Europe », 40 % des Ukrainiens estiment que l’intégration européenne ukrainienne sera réussie s’ils voient de meilleurs services dans les hôpitaux, les écoles et les jardins d’enfants, 33 % considèrent que l’intégration européenne s’exprime par la modernisation des routes modernisées dans leurs localités. Seuls 30 % des citoyens considèrent l’adhésion de l’Ukraine à l’UE comme un succès de l’intégration européenne. Par conséquent, l’adhésion à l’UE n’est pas fondamentale pour la plupart des citoyens.

Contenu de la déclaration finale : agression russe, prisonniers politiques et MH17. La déclaration contient 11 points. Quatre des onze points de la déclaration commune sont dédiés au conflit armé provoqué par l’agression de la Russie. Le document déclare que la Russie est un agresseur ; l’assaut des forces armées russes a commencé en février 2014 ; les sanctions contre la Russie doivent être maintenues jusqu’à l’application entière des accords de Minsk. Il est également important que le document évoque le cas des citoyens ukrainiens illégalement emprisonnés en Crimée et la Russie, y compris Oleg Sentsov, Volodymyr Balukh, Olexandre Koltchenko, Stanislav Klykh, Olexandre Choumkov et Roman Souchtchenko. Le document évoque également la construction illégale du pont sur le détroit de Kertch sans le consentement de l’Ukraine et la militarisation de la péninsule, de la mer Noire et de la mer d’Azov.

Les réformes et la lutte contre la corruption.Dans ce document, l’Union européenne reconnaît qu’en ce qui concerne la situation interne, les réformes en Ukraine avancent bien et réussissent. Dans le même temps, des changements sont nécessaires dans la lutte contre la corruption. Après tout, l’adhésion de notre pays à l’UE est liée au succès de la transformation de l’Ukraine elle-même. Par conséquent, une grande attention est accordée au succès des réformes dans tous les discours au sujet de l’Ukraine.

L’accord d’association – et après ? À l’heure actuelle, les relations entre l’Ukraine et l’UE sont inscrites dans l’Accordd’association. Dans le même temps, un important débat est en cours depuis un an, et il va se poursuivre, après la mise en œuvre de cet accord, surtout dans des circonstances où l’adhésion à part entière n’est pas très réaliste à court terme. L’année dernière, le président ukrainien a annoncé de nouvelles priorités pour l’intégration européenne : l’adhésion de l’Ukraine à l’espace douanier, numérique, énergétique et à l’espace Schengen. Les objectifs bien ambitieux suivis d’actions concrètes. Tout au long de l’année, le gouvernement ukrainien a transformé les idées des syndicats en une intégration « sectorielle » orientée vers le marché avec l’UE. Une branche de l’économie ukrainienne s’intègre dans le marché européen.

  • « Douanes sans visas ». Il s’agit de la reconnaissance mutuelle du statut des opérateurs économiques agréés et de l’adhésion de l’Ukraine au système NTCS en matière douanière. Un tel « régime sans visa douanier » dissoudra la frontière douanière avec l’UE, tout en éliminant la contrebande.
  • L’intégration dans le marché numérique devrait pleinement exploiter les possibilités de l’annexe 17 de l’Accord d’association, qui prévoit l’établissement d’un régime de marché intérieur à part entière pour l’Ukraine.
  • En outre, la mise en place d’un tel régime sur le marché de l’énergie permettra de jurede compléter la transition de l’Ukraine vers des règles européennes et de consolider les nouvelles conditions de travail sur les marchés du gaz et de l’électricité.

« En fait, cela signifie la mise en place du « modèle norvégien » dans la relation puisque l’adhésion à l’UE est inaccessible », estime Taras Katchka, conseiller stratégique de la Fondation Renaissance.
L’Union européenne est très prudente à propos de ces projets, car elle est consciente de la complexité et du sérieux de l’octroi des mêmes droits à l’Ukraine dans certains secteurs. Il était donc important que l’Ukraine parvienne à un accord politique au plus haut niveau. C’est cette conversation qui a eu lieu pendant le sommet.

La question de la mise en œuvre de ces accords politiques lors du Conseil d’association prévu pour le mois de décembre 2018 reste ouverte. Mais le fait que le mandat politique pour la mise en œuvre de projets aussi ambitieux soit posé est une réalisation majeure de politique internationale.

« L’Ukraine se comporte toujours comme les Ukrainiens avec les potagers : s’il est possible de labourer un bout de terre et d’y planter des tomates, cela sera fait. Et ainsi, année après année et étape par étape, un petit potager devient un latifundium »,résume Taras Katchka pour décrire la stratégie d’intégration européenne de l’Ukraine dans le « Dzerkalo tyzhdnya ».

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